La Trinité et le Royaume de Dieu.
Moltmann nous explique comment il est passé de la pensée traditionnelle en terme de substances dans laquelle les objets sont immobiles, isolés et divisés à une pensée en terme de relations. Ainsi, dans la pensée occidentale moderne, l’individu a été privilégié aux dépens de la communauté. La méthode scientifique dominante isole et divise d’abord. Aujourd’hui, par contre, se développe une vision systémique et holistique. « Selon la nouvelle compréhension écologique, on doit considérer chaque être vivant dans son environnement parmi d’autres êtres vivants… Nous sommes nous mêmes partie du monde et nous nous inscrivons dans ses processus… Comme cela devenait plus clair pour moi, je me suis départi de mon analyse en terme de « oui et de non » ou de « ou-ou », et je me suis engagé dans une pensée en terme de relations et de transitions » (p.288).
Dans cette pensée trinitaire, Moltmann se fonde sur l’évangile de Jean, verset 17-21 ; « Qu’ils soient un comme toi Père est en moi et moi en toi de sorte qu’ils puissent aussi être en nous »… Ici, l’unité de Jésus avec Dieu le Père ne se présente pas seulement en terme de relations, mais aussi dans une demeure (indwelling) réciproque : le Fils dans le Père, le Père dans le Fils. Il en résulte que l’unité de Dieu doit être comprise en terme d’unité trinitaire. Cette unité n’est pas une unité qui exclue. C’est une communion si ouverte que la communauté des disciples peut s’inscrire dans le Dieu trinitaire « afin qu’ils puissent être en nous ».
On a parfois reproché à la conception trinitaire de s’être construite sur la pensée grecque et d’être ainsi antijuive. Mais Moltmann se réclame de la doctrine de la « Shekinah » dans l’Ancien Testament. « Le Dieu d’Israël n’est pas seulement un, le seul Dieu et Seigneur de son peuple. Il est aussi le Dieu de l’Alliance avec son peuple, ce qui l’amène à demeurer parmi son peuple » (p.289). La « Shekinah » divine anticipe notre vision de l’incarnation et de l’œuvre du Saint Esprit. Tout cela nous permet de considérer le point ultime : « Voici, Dieu demeurera avec les hommes, et ils seront son peuple et Dieu lui-même sera avec eux » (Apocalypse 21.3).
Cette nouvelle pensée trinitaire a également pour conséquence d’induire une représentation de Dieu en évolution. On dépasse la conception d’un monothéisme monarchique ou Dieu est présenté principalement comme roi et seigneur pour déboucher sur un Dieu communion. Evidemment ce déplacement favorise une évolution dans la conception de l’Eglise.
La vision développée ici par Moltmann éclaire ma prière qui rencontre alors la communion divine à qui s’adresse reconnaissance louange, adoration dans le concert de tous ceux qui aiment et croient. Jésus dit : « Je suis le bon berger. Je connais mes brebis et elles me connaissent comme le Père me connaît et que je connais le Père » (Jean 10. 13-15). Cette vision de Dieu trinitaire s’accorde aussi avec une Eglise en mouvement, une Eglise en réseau, une « Eglise liquide » (3), une Eglise émergente. En effet, cette Eglise émergente se fonde sur des relations, une œuvre de l’Esprit dans la communion d’un Dieu relationnel. Cette vision est très présente chez tous les pionniers de l’Eglise émergente (4).

















