Théologie de l’espérance
Quels en sont les concepts clef ? (p. 101-105)
Moltmann en énonce trois :
1) Le concept de la promesse divine
2) Le concept de la résurrection du Christ crucifié comme la promesse de Dieu pour le monde.
3) Une vision de l’histoire humaine comme le cadre de la mission du Royaume de Dieu.
1. À la suite des travaux de Gerhard von Rad, Moltmann lit l’Ancien Testament comme « l’histoire de la promesse inépuisable de Dieu à Israël pour l’avenir du monde entier ». Dans les promesses de l’Alliance faites à Noé, Abraham, Israël et au Messie, Dieu s’engage. « Je serai votre Dieu et vous serez mon peuple ». La promesse de Dieu ouvre le futur et donne aussi le courage d’aller de l’avant. Cet engagement de Dieu ne concerne pas seulement l’avenir. Il se traduit par sa présence dans le présent. « J’habiterai au milieu des israélites », dit le Seigneur (Exode 29-45). Cette présence, la « Shekinah » conduit Israël dans le désert et l’accompagne dans l’exil. « La présence de Dieu en Christ et dans le Saint Esprit suivant le témoignage du Nouveau Testament poursuit cette vision : la promesse incarnée de Dieu et la présence de Dieu qui vient de l’Esprit » (p.102). 2. « Car toutes les promesses de Dieu trouvent leur oui en Lui », écrit Paul en 2 Corinthiens 1.20. Moltmann s’appuie sur cette affirmation comme le fondement qui lui permet d’interpréter la résurrection de Jésus comme la promesse définitive et universelle de Dieu concernant la nouvelle création de toutes choses (p.102). « Ce « oui » et « amen » divin est l’endossement inconditionné et inconditionnel de la promesse de sa présence qui vient à nous, aussi bien que la mise en œuvre universelle de cette promesse par delà toutes les frontières… (p.102). Dans la résurrection de Jésus, l’accomplissement de la promesse devient universelle : pour les vivants et pour les morts, et pour toute la création en soupir ».
Cette eschatologie à la lumière de la résurrection de Jésus ne se confond pas avec la foi moderne dans le progrès. « Si Dieu a ressuscité Jésus persécuté, abandonné, exécuté par les puissants de ce monde, alors il apporte un avenir à tous les « damnés de la terre ». La résurrection de Christ est la promesse d’un nouvel avenir pour tous ceux qui se croient sans Dieu ou abandonnés par lui, et pas moins pour les morts ». C’est pourquoi, Moltmann écrira son livre suivant sur « Dieu crucifié » (1972). L’espoir ne nous donne pas seulement la force pour briser l’oppression. Il nous amène également à ne pas nous résigner aux injustices du temps présent.
3. « La promesse que l’avenir de Dieu s’ouvre à nous, donne naissance à une mission dans l’histoire, de telle sorte que cet avenir puisse être anticipé dans le contexte des possibilités que nous découvrons. Si le royaume de Dieu est en train de venir, les réalisations qui correspondent à son intention sont des commencements temporels de sa venue et des formes de son arrivée dans le temps » (p.104). « Le Royaume de Dieu eschatologique est l’avenir de l’histoire. Il se manifeste comme puissance du futur dans l’histoire et source de commencements ».
Cette vision inspire nos vies : « La fondation de l’espoir n’est pas une utopie et l’exploration de possibilités inconnues. C’est un nouveau commencement et un commencement du nouveau, ici et maintenant aujourd’hui. Une vie nouvelle commence. Selon la première épitre de Pierre, « Nous sommes nés de nouveau pour une espérance vivante » (p. 105).
La parution de « La théologie de l’espérance » en 1964, puis de ses traductions a eu un grand retentissement.
Elle répond en effet aux interrogations de l’époque. Ainsi, parmi les interlocuteurs avec lesquels Moltmann a beaucoup dialogué, figure Ernst Bloch, un philosophe marxiste, familier avec le prophétisme juif et auteur d’un livre sur « Le principe de l’Espérance ». Plus généralement, c’est l’époque où se développe de grands mouvements sociaux et politiques : la lutte pour l’émancipation des noirs avec Martin Luther King aux Etats-Unis ou les luttes contre l’exploitation des paysans en Amérique Latine. À la même époque, le Concile Vatican II a ouvert des voies qui vont dans le même sens.
Et, en même temps, ce livre marque un tournant majeur dans la pensée théologique. Il ouvre une vision nouvelle en regard de l’influence exercée dans ces années par la théologie qui consacre la sécularisation et « la mort de Dieu ». Il rompt avec la théologie « démythologisante de Bultmann, et, par ailleurs, comme Pannenberg, il emprunte des voies nouvelles hors des sentiers de Karl Barth.
De grands vecteurs d’opinion mettent en valeur cette percée théologique. Ainsi, le 22 janvier 1968, un article de fond paru dans « Der Spiegel » en Allemagne, met en valeur l’originalité de sa pensée : ‘La résurrection de Jésus signifie une rupture radicale qui abolit le statu quo ». De grands périodiques américains abondent dans le même sens. Le « National Observer » écrit : « Une base nouvelle et significative pour une théologie qui est à la fois biblique et séculière ». Newsweek affirme : « Moltmann peut bien être le héraut d’un nouveau protestantisme américain luttant pour une transformation de la culture » (p.143).
La théologie de l’espérance de Moltmann ouvre pour nous un nouveau regard. Nous ne sommes plus enfermés dans la seule considération de notre sort individuel. Nous sommes dégagés d’une attitude volontariste. Nous échappons à une crainte religieuse diffuse et, aussi bien, à un pessimisme complet sur le destin du monde. Dans la puissance de l’action divine, la résurrection de Jésus ouvre un processus auquel nous sommes appelés à participer. Nous allons vers une nouvelle création où Dieu sera « tout en tous ». La victoire appartient à l’amour et à la puissance de Dieu, et elle est en route. Notre regard peut se porter en avant, entraînant une dynamique de vie. Il n’y a plus de compartiments dans notre existence. L’espérance anime notre vie personnelle comme notre vie sociale. Cette théologie soutient nos engagements parce qu’elle engendre, en même temps notre confiance personnelle. Ainsi, à la suite de « La Théologie de l’Espérance », Moltmann a publié en 2003 un nouveau livre sur l’espoir intitulé : « In the end… the beginning » (Dans la fin… un commencement). « Ce livre est principalement centré sur l’espoir qui peut nous encourager dans notre existence personnelle » (p.105) Et, effectivement, nous avons pu faire l’expérience du puissant réconfort que cette vision apporte. Ainsi la théologie de l’espérance vaut à la fois pour l’intime et pour notre existence sociale.La théologie de l’espérance a été particulièrement bien reçue dans les années 60 et 70 à une époque ou des changements profonds se manifestaient dans nos sociétés. En 1969, un article de « Time magazine » était ainsi intitulé : « Changing theologies for a changing world ». Aujourd’hui, nous pouvons observer à nouveau l’intensité du changement. Le monde est en pleine mutation. C’est dire combien cette théologie de l’espérance garde toute son actualité en nous proposant une vision en phase avec la transformation culturelle.

















