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Une orthodoxie généreuse
On pourra s’étonner de l’association entre les deux termes : orthodoxie et généreuse. Si l’orthodoxie, au sens étymologique, s’agence comme une pensée juste, elle évoque bien souvent rigidité et suffisance. Pour beaucoup de gens, l’orthodoxie est revendiquée en terme de « nous avons raison » et « les autres ont tort ». Brian McLaren envisage au contraire l’orthodoxie comme une vérité déjà saisie pour une part, mais qui appelle une poursuite de la recherche et un partage.En fait, Brian McLaren reprend ici une expression forgée récemment par un théologien de l’université de Yale : Hans Frei. Il y a, en effet, actuellement aux États-Unis un mouvement qui tend à réduire la violence des affrontements théologiques. Ainsi, dans le contexte de la post-modernité, s’interroge-t-on davantage sur la formation des savoirs. Par exemple, l’opposition entre la pensée libérale et la pensée conservatrice n’a-t-elle pas été amplifiée, voire pétrifiée par le « fondationalisme » philosophique des Lumières et sa propension à énoncer des principes généraux (7).
Cependant, si cet effort de compréhension est favorable, l’approche de Brian McLaren est particulièrement originale. En effet, son engagement s’inscrit d’abord dans une histoire de vie qui ex-prime son cheminement en tant que croyant, pasteur et homme de terrain. C’est à partir de là qu’il va mobiliser un ensemble de savoirs historiques et théologiques pour interpréter son expérience, répondre à ses propres questions… et aux nôtres. En effet, au cours de son parcours, Brian McLaren a été amené à examiner les enseignements et les pratiques des églises à l’aune du message et de l’exemple de Jésus et à exercer un discernement selon la parole : « On reconnaît l’arbre à ses fruits. » Et, de plus, loin de s’enfermer dans une institution, il écoute les questions de nos contemporains. « Ma passion la plus profonde ne me porte pas vers les gens d’église, mais vers ceux qui sont en dehors de l’église. Je désire les accueillir et leur permettre d’entrer dans la vie et la mission de l’Eglise ».
Certes, les vicissitudes au cours de ce parcours ne manquent pas, mais Brian McLaren se dit soutenu par son amour non pour quelque chose, mais pour quelqu’un. « Le but de ce livre est d’essayer de nous aider à réaligner notre religion et nos vies au moins un peu davantage sur ce quelqu’un. » Jésus-Christ est vraiment au cœur de la foi chrétienne et nous sommes appelés à suivre ses enseignements dans notre vie. « C’est pourquoi l’orthodoxie (une pensée et une opinion justes sur l’Évangile) et « l’orthopraxie » (une pratique juste de l’Évangile) ne peuvent et ne doivent être séparées. » « Et même, ce livre approche l’orthodoxie comme un outil ou un moyen pour parvenir à l’orthopraxie. »
Voilà une attitude qui permet un regard distancié par rapport aux polarisations doctrinaires. De même, Brian McLaren cherche ici à aller à l’essentiel des propositions de foi. Il les trouvent dans les grandes confessions de l’Eglise au cours des premiers siècles. Les Ecritures et l’éclairage du Saint Esprit sont pour lui un fil conducteur. Ainsi, Brian McLaren écarte une conception de l’orthodoxie qui fonctionnerait comme « une accumulation historique de précédents », débouchant sur une forme de code de plus en plus compliqué. Mais cette démarche ne signifie pas qu’il se désintéresse de l’histoire de l’église, c’est tout le contraire. Car cette histoire permet de mieux comprendre les apports des différents courants, mais aussi la manière dont les totalitarismes ont pu, à certains moments, l’emporter en réduisant la diversité des regards théologiques.
Ces attendus nous aident à entrer maintenant dans la démarche de l’auteur. Il sait par expérience où le bât blesse. Venant d’une province conservatrice du protestantisme, il en connaît les défauts et c’est donc là qu’il sera le plus sévère. Mais son approche est bien plutôt de mettre en valeur les apports en provenance des différents milieux chrétiens qu’il a rencontrés au cours de son périple. Son orthodoxie est généreuse parce qu’elle s’ouvre aux questions d’un monde en pleine mutation et qu’elle s’abreuve pour y répondre, aux multiples fontaines des cultures spirituelles qui se sont développées au cours de l’histoire.
Le livre de Brian McLaren s’articule en deux parties. Dans la première, il s’explique sur ce qui fonde sa foi chrétienne. Dans la seconde, à partir de son expérience et de sa réflexion, il montre comment il se situe par rapport à certains contextes et à certaines questions. Dans ce commentaire, nous retiendrons seulement quelques chapitres, avec la conviction que ces analyses donneront au lecteur une envie passionnée de se plonger dans une lecture aussi féconde.

















