Un fondement biologique pour la spiritualité.
David Hay nous rapporte comment le fondateur de ce champ de recherche, Alister Hardy, a développé la pensée selon laquelle le potentiel spirituel de l’homme est une faculté qui s’inscrit dans l’évolution des êtres vivants. Dans son jeune âge, Alister Hardy avait vécu une forte expérience de la présence d’une transcendance dans la nature. Ses études de zoologie l’ont fait entrer dans un univers intellectuel où la théorie darwinienne de la sélection naturelle comme moteur de l’évolution était la référence majeure. Alister Hardy n’a pas ressenti cette théorie comme contradictoire à son expérience religieuse antérieure, parce que celle-ci était pour lui d’un autre ordre.
Parvenu à la fin de sa carrière professionnelle, Hardy a exprimé sa vision personnelle dans une session des conférences de Gifford à l’université d’Aberdeen. « Hardy y exprima sa conviction que tous les hommes, membres de l’espèce « Homo sapiens » ont un potentiel de conscience spirituelle… ». Ils peuvent donc être sensibles selon toute une gamme de métaphores à « une présence qui se déroule à travers toutes choses, une puissance sans appellation, Dieu ou les dieux, une puissance montant de l’inconscient… ». Hardy perçoit cette conscience comme un véritable sens. Ce sens est là parce qu’il a une fonction importante. « De fait, il a été naturellement sélectionné dans le processus de l’évolution parce qu’il nous aide à survivre » (p.37). Selon Hardy, le processus de sélection naturelle n’est pas dirigé uniquement par des facteurs mécaniques en dehors du contrôle des animaux. Il y a aussi chez la plupart des animaux, particulièrement les mammifères supérieurs, une dynamique d’initiative et de choix qui influe sur cette sélection. Et, par exemple, dans les années 50, on a observé en Angleterre chez certains oiseaux une invention : une capacité nouvelle d’ouvrir le bouchon de bouteilles de lait déposées dans des conditions qui leur en ouvraient l’accès. Selon Hardy, nous sommes des « animaux religieux ». En explorant leur environnement, les précurseurs de l’espèce humaine ont découvert la conscience d’une présence transcendante qui les rencontrait de telle façon qu’ils pouvaient la reconnaître. Ainsi Hardy ne voyait aucune raison qui puisse amener à douter que « la spiritualité est une partie du courant principal de l’expérience humaine, profondément enracinée dans notre nature physique, ce que nous sommes comme organisme biologique » (p.39).
Cette théorie est exposée en détail dans le livre de David Hay. Quels que soient les débats qu’elle peut susciter, nous pouvons lui reconnaître le mérite d’avoir inspiré des recherches de grande portée sur les manifestations spirituelles pouvant être reconnues chez tous les êtres humains.
Effectivement, à une époque où la culture religieuse traditionnelle est en recul, cette approche a inspiré David Hay dans ses recherches sur la vie spirituelle chez les personnes en dehors de l’orbite des institutions religieuses. Et, sur un autre registre, constatant la censure exercée à l’âge adulte par la tradition sceptique issue du siècle des Lumières, David Hay s’est engagé dans une recherche hautement fructueuse sur la spiritualité des enfants.
À l’entrée de son chapitre sur la spiritualité originelle (« primordial spirituality »), David Hay avance une citation percutante du théologien Karl Rahner : « Et même si ce terme (Dieu) devait être oublié pour toujours, même alors dans les moments décisifs de nos vies, nous serions encore constamment enveloppés par le mystère sans nom de notre existence. À supposer que les réalités que nous appelons religions aient complètement disparu… la transcendance inhérente à la vie humaine est telle que nous l’atteindrions encore à travers le mystère qui réside en dehors de notre contrôle » (p.122).
















