L’enfance : un berceau de la vie spirituelle.
Aujourd’hui, l’âge adulte est-il exemplaire ou au contraire bien souvent en carence spirituelle ? Que se passe-t-il dans l’enfance en terme de spiritualité, David Hay et Rebecca Nye ont engagé à ce sujet une recherche particulièrement fructueuse, car ils ont pu mettre en évidence la présence d’une vie spirituelle vive et fraîche chez les enfants.
Déjà, un psychologue finlandais, Kalevi Tamminen avait mené dans ce domaine une recherche pionnière. Dans un livre paru en 1991, « Religious development in childhood and youth », Tamminen a montré que la vie spirituelle était à un niveau maximum chez les enfants et décroissait fortement dans l’adolescence. Tamminen a utilisé deux questions : « avez-vous ressenti à certains moments que Dieu était particulièrement proche de vous ? » et : « À certains moments, avez-vous senti que Dieu guidait votre vie ? » (p.126). Or les réponses à ces questions permettent de constater un niveau très haut de proximité de Dieu chez les enfants entre 7 et 13 ans (66-77%) suivi ensuite par une baisse très marquée. Parmi les jeunes âgés de 16 ans, le ressenti d’expériences fréquentes de la proximité de Dieu était tombé à moins du tiers de ce qu’il avait été chez les enfants âgés de 9 ans. David Hay attribue pour une part cette forte diminution à une censure exercée par la culture dominante. Quoiqu’il en soit, on retiendra le constat d’une sensibilité à la présence de Dieu particulièrement forte chez les enfants finlandais.
En fonction de cette découverte, David Hay et Rebecca Nye se sont engagés dans une recherche sur la spiritualité auprès des enfants britanniques entre 6 et 10 ans. Mais, pour ce faire, ils ont élaboré une méthodologie originale. En effet, ils ont cherché à mettre au point un guide d’entretien permettant d’entrer en conversation avec les enfants sans faire appel à un langage religieux, en utilisant notamment un jeu d’images. Et pour choisir ces images, ils se sont inspiré de trois attitudes associées à la fois à la vie spirituelle et à la démarche enfantine : la conscience de l’ici et maintenant, la conscience du mystère et la conscience de l’essentiel.
Les conversations qui se sont déroulées ensuite avec les enfants témoignent d’un fait indéniable : ils ont tous une vie spirituelle. Bien sûr, leur expression a été extrêmement diverse en fonction de leur personnalité et de leur milieu familial, en particulier, cette expression a revêtu des formes différentes, mettant en œuvre un langage expressément religieux pour les uns, et, pour d’autres, des formes recourant à des modes différents (fantastique, science-fiction..) et à une valorisation de l’implicite.
Quel a été le cœur du message de ces enfants ? Avec l’aide d’un logiciel, les chercheurs se sont engagés dans une analyse textuelle de la transcription des conversations. Cette analyse de contenu a abouti à la mise en valeur de catégories centrales permettant de rendre compte de l’ensemble des dimensions. Au terme de ce travail réalisé par Rebecca Nye, un terme est apparu : celui de « relational consciousness », « conscience relationnelle ».
David Hay nous dit combien il a été initialement désorienté par ce concept, car il avait une tendance à se représenter la spiritualité en terme de méditation. Il a rapidement compris combien le concept de « conscience relationnelle » faisait sens. L’analyse des conversations avec les enfants montrait bien combien ils se sentent reliés à la nature, aux autres personnes, à eux-mêmes et à Dieu. Et, par ailleurs, dans la perspective biologique chère à David Hay, la référence à une relation holistique est un rappel du commencement de notre vie dans le sein maternel. « Il est évident que le processus biologique par lequel on devient un être humain est à l’extrême opposé d’une affaire isolée et abstraite. C’est là, dans ce processus tout à fait naturel que la relation et la « conscience relationnelle » se manifestent comme un mode originel d’être au monde » (p.141).
















