Les expériences religieuses et spirituelles.
Comme on vient de le voir, ces expériences sont très variées et elles sont rapportées différemment. Ainsi le langage est différent selon que la personne a une culture religieuse ou non. En effet, ces expériences adviennent à des gens de toutes conditions, croyants ou non. Bien sûr, elles suscitent une recherche concernant le sens qui peut leur être attribué. Ainsi, à seize ans, un jeune allemand vécut une expérience de ce genre en pleine rue. À l’époque, il n’était pas croyant et cette expérience suscita en lui une recherche de sens. Quelques années plus tard, il découvrit la foi chrétienne et il devint plus tard le grand théologien, Wolfhart Pannenberg. (3).
Ces expériences sont également soudaines. Elles sont sans commune mesure avec l’imagination. Ainsi bouleverse-t-elle souvent la personne au point que celle-ci s’interroge et hésite à en faire part, gardant cette mémoire dans l’intimité. Au total, il apparaît maintenant que ces expériences sont nombreuses. On pourra lire d’autres récits sur le site internet de l’Unité de recherche sur l’expérience religieuse (4).
De fait, on découvre aujourd’hui qu’il y a là un phénomène important, jusque là passé sous silence et méconnu. En effet, David Hay a pu inscrire une question relative à ce phénomène dans deux enquêtes effectuées en Grande-Bretagne, en 1987 et 2000. Les résultats sont surprenants.
Ils montrent d’abord que nous sommes en présence d’un phénomène qui n’est pas limité à un certain nombre de cas relativement exceptionnels. En 1987, 48% des personnes participant à un échantillon national déclarent qu’ils reconnaissent ce genre d’expérience dans leur vie. En 2000, ce pourcentage a considérablement augmenté et s’élève à 76%. Près des trois quarts de la population britannique est ainsi concerné.
L’augmentation considérable de ce pourcentage, dans une courte période : treize ans, a beaucoup surpris David Hay. Celui-ci interprète cette situation dans les termes de l’abaissement d’une censure socioculturelle qui, jusque-là, empêchait les gens de s’exprimer librement à ce sujet. Et cette étonnante augmentation intervient alors qu’on assiste durant la même période à une baisse sensible de la fréquentation des églises. La reconnaissance d’une expérience spirituelle s’accroît alors que l’assistance aux offices religieux diminue. On reviendra sur cette question.
Enfin ces enquêtes apportent également des données sur la répartition de ces expériences selon la classification de celles-ci telle que David Hay l’a élaboré. Ainsi, une séquence providentielle d’évènements est citée par 29% des enquêtés en 1987, 55% en 2000. Les pourcentages correspondants sont de 17% et 38% pour une conscience de la présence de Dieu, de 15% et 37% pour la conscience d’une réponse à la prière, de 16 et 29% pour la conscience d’une présence sacrée dans la nature… (p.11).
Que que soit la spécificité du public britannique, on peut admettre que, si les pourcentages seraient différents dans d’autres pays, nous sommes néanmoins en présence d’un phénomène universel. En France, le contexte culturel est certes différent. Mais justement, en réponse à une question introduite tout récemment dans l’enquête européenne sur les valeurs, on découvre que 47% des français déclarent « avoir leur propre manière d’entrer en contact avec le divin sans avoir besoin des églises et des services religieux (5).La question posée est différente, mais le taux élevé des réponses positives nous paraît témoigner d’une approche nouvelle dans le domaine spirituel. Cependant, la recherche de David Hay met en évidence un phénomène d’une importance considérable. Poursuivons avec lui l’exploration de la réalité spirituelle.

















