Une vision nouvelle.
Nous n’entrerons pas ici dans un commentaire sur le rapport entre l’évolution biologique et le potentiel spirituel des êtres humains, sachant qu’à ce sujet, il peut y avoir débat. Notre intention est de mettre en valeur quelques apports du livre de David Hay et d’ouvrir en conséquence quelques pistes de réflexion.
Tout d’abord, à la suite d’Alister Hardy dans sa recherche méthodique, David Hay nous introduit dans un univers nouveau, celui des expériences religieuses et spirituelles. Ce n’est pas une contribution anodine. Nous voici en présence d’une réalité impressionnante qui parle à notre esprit et à notre cœur, une réalité spirituelle qui fait irruption dans notre univers, l’invisible qui apparaît dans le visible. Pour la plupart d’entre elles, ces expériences portent un message convergent qui nous parle d’harmonie, de beauté, d’unité, d’amour. Cette réalité spirituelle n’est la propriété d’aucune philosophie, d’aucune religion. Elle est donnée. Elle est ouverte à tous les hommes puisqu’elle peut, un jour, se manifester à tel ou tel.
Cependant, ces expériences se manifestent à travers un langage et une culture.
À cet égard, puisque nous nous exprimons ici comme chrétien, nous pouvons rendre grâce à Dieu pour son abondante manifestation auprès de ceux qui croient en Lui dans la dimension de la communion du Père, du Fils en la personne de Jésus ressuscité, du Saint Esprit. Les expériences religieuses et spirituelles abondent en milieu chrétien, et si elles requièrent un discernement, elles sont particulièrement nombreuses, lorsqu’il n’y a pas une censure culturelle susceptible d’en contrarier l’expression. Dans une perspective comparative, il y a un fait majeur : la foi chrétienne donne immédiatement un cadre d’interprétation à ces manifestations.
Mais nous exprimant ici comme chrétien, nous sommes bien placés pour regretter l’exclusivisme qui règne dans certains cercles. La formule : « hors de l’Eglise, point de salut », si elle a perdu son hégémonie, est toujours latente ici ou là. Pour certains chrétiens, hors d’un christianisme patenté, les expériences spirituelles sont difficiles à admettre et souvent suspectes. Finalement, à certains égards, la grandeur de Dieu est méconnue et sa grâce est ignorée.
Cependant, hors du champ chrétien, ces expériences ne sont pas seulement un bienfait de Dieu. Elles suscitent naturellement chez ceux qui les ont éprouvées, une recherche pour mieux connaître l’origine. Et nous ne manquons d’exemple à ce sujet. Nous avons déjà cité celui qui a vécu une telle expérience à seize ans, qui a cheminé ensuite pour embrasser la foi chrétienne et devenir un grand théologien : Wolfhart Pannenberg. De fait, la prise en compte de ces expériences nous appelle à un nouveau regard. Le Saint Esprit agit par des voies diverses, parfois directement, parfois indirectement. L’annonce directe de la foi ne doit pas exclure la prise en compte et la reconnaissance de l’œuvre de l’Esprit en des termes où sa manifestation deviendra le point de départ d’un cheminement et d’un dialogue dans lequel cette œuvre pourra trouver sa perspective.
Et d’ailleurs, David Hay nous appelle à annoncer l’Evangile d’une autre façon encore. Car s’il nous parle des expériences spirituelles et religieuses, une bonne partie de son ouvrage porte sur un autre aspect de la réalité spirituelle : une manière de voir et de sentir qui chemine et se manifeste dans le cadre de ce que David Hay considère comme une prédisposition en quelque sorte inscrite dans la nature humaine et qui engendre une aspiration et un questionnement. Ainsi, nous fait-il découvrir combien l’enfant porte en lui une intuition spirituelle. Combien cette découverte rejoint les paroles de Jésus à propos des enfants ! Et, plus généralement, David Hay, en allant à la rencontre des gens hors Eglise, trouve bien souvent des recherches éclairantes. Et il nous dit, combien à travers les entretiens inscrits dans sa recherche, il a vraiment cheminé avec eux et participé à l’émergence d’une conscience spirituelle et du langage nouveau qu’elle appelle. Cette approche rejoint celle des chrétiens engagés dans un dialogue amical et respectueux avec des personnes en recherche. Elle évoque notamment pour nous la démarche de l’Eglise émergente telle qu’elle est évoquée par Michaël Moynagh ou Brian McLaren.
La représentation de la spiritualité que nous propose David Hay, émerge d’un vécu. Et il nous paraît que cette représentation comme « une conscience relationnelle » ouvre notre regard et fait sens. C’est une spiritualité en marche, inscrite dans la vie et ouverte sur la vie. C’est une spiritualité qui unifie, qui renverse les barrières. Lorsqu’on évoque la « conscience relationnelle » comme une relation avec Dieu, avec les autres, avec soi-même, avec la nature, c’est bien en ces termes qu’on peut lire les Evangiles et en recevoir l’inspiration. Certains écrits illustrent bien cette réalité (10).
Par ailleurs, comme le souligne Davis Hay, cette spiritualité n’est pas seulement un don pour la vie privée, elle est aussi une invitation à une présence active dans la société, un ferment pour un développement communautaire. Bref, David Hay rejoint la pensée de théologiens comme Jürgen Moltmann (11), et d’autres qui mettent l’accent sur une vision globale de l’œuvre de Dieu dans lesquelles les différentes dimensions prennent leur place. Par son accent sur l’œuvre de l’Esprit, un Esprit sans frontières pour reprendre l’expression de William Davies (12), un Esprit qui nous précède et qui inspire le dialogue, une vision de l’Eglise qui échappe à ses enfermements, la pensée de David Hay nous paraît également converger avec le courant de l’Eglise émergente dont on parle abondamment sur ce site (13).
Il y a aussi dans la pensée de David Hay une compréhension renouvelée de la dynamique culturelle. David Hay situe l’expression de la spiritualité dans une histoire culturelle. Il nous instruit ainsi sur les obstacles qui, au cours des siècles derniers, ont contrecarré l’expression spirituelle dans la société et jusque dans les Eglises. Cette censure socioculturelle est et a été plus ou moins forte selon les cultures nationales. Cependant David Hay nous annonce à ce sujet une bonne nouvelle. Cette censure commence à faiblir parce que nous vivons actuellement une véritable « révolution » culturelle. Nous entrons dans une nouvelle perspective, systémique, holistique, dans laquelle commence à prévaloir la reliance, l’interconnexion et une unification qui abaisse bien des barrières (14).. La spiritualité se meut de plus en plus librement dans ce nouveau paradigme. La contribution de David Hay s’inscrit dans ce mouvement. Elle nous ouvre une vision nouvelle .
Jean Hassenforder
















