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* Les chemins et les facteurs du changement.
Quand on mesure la puissance et la prégnance du climat conservateur dans l’Eglise catholique au cours de cette première moitié du XXème siècle, on se demande comment la théologie nouvelle a pu émerger. Sur le registre de la foi, on y verra l’œuvre de l’Esprit. Mais à travers quelles médiations a-t-il pu agir ? Et pour revenir à une approche historique, on appréciera la part des acteurs, des hommes de foi, intelligents et courageux, parmi lesquels émergent quelques grands noms dont la présence sera marquante au Concile Vatican II. Cependant, plus généralement, on peut percevoir des transformations profondes dans la société et la culture qui vont jouer en faveur du changement théologique.Il y a tout d’abord l’évolution profonde des mentalités engendrées par la Grande Guerre, puis par la seconde guerre mondiale. Ces guerres ont suscité un brassage des hommes qui a mis fin aux enfermements dans lequel le monde catholique se retranchait bien souvent. Cet effet a été très important. Etienne Fouilloux nous montre par exemple comment les jésuites qui vont jouer un rôle majeur dans le développement des idées nouvelles, ont acquis une grande ouverture dans leur participation à la Grande Guerre. Après 1920, « la relève est assurée presque immédiatement par une seconde génération de religieux qui effectueront, non sans mal, la percée décisive. Nés en 1896 ou 1897, et entrés dans la Compagnie de Jésus en 1913 ou 1914, ils basculent dans la guerre après un noviciat trop court pour leur avoir permis de contracter l’habitus ignatien. D’une certaine manière, c’est la guerre qui constitue leur véritable noviciat, au sens le plus large du terme… Ils y vivent une sorte de passion physique et morale qui les marque à vie, tout comme la découverte des misères, mais aussi des richesses du peuple français dont leurs origines sociales et leurs choix religieux risquaient de les couper à jamais. De cette expérience capitale, naît un double constat : impuissance radicale de l’apologétique classique, trop extérieure aux hommes qu’elle entend convaincre pour y parvenir ; urgente nécessité d’en inventer une autre qui prennent en compte les ressources insoupçonnées de cette humanité que son éloignement des autels n’a pas sevré d’espérance » (2g).
De la même façon, la guerre 1939-1945 suscite une grande créativité. Le brassage dans les camps de prisonniers ouvre un dialogue qui aura des effets à long terme. Sur place, en France, un mouvement s’affirme également. Comme l’observe Etienne Fouilloux, « Une telle floraison paraît trop massive pour être fortuite ; trop univoque aussi dans le sens d’une évolution réformiste, voire plus radicale à la Libération, des attitudes, des positions et des comportements religieux »(2h). Les circonstances nouvelles appellent des initiatives. Et la pression des conformismes se relâche. Etienne Fouilloux note ainsi la « distension des liens hiérarchiques ». Un espace de liberté apparaît en fonction du discrédit de certains dignitaires locaux et de l’éloignement de l’autorité romaine.
On peut noter enfin que durant l’ensemble de ces décennies, on prend conscience de l’éloignement de la foi dans une vaste population en rapport avec le manque de pertinence des propositions de l’Eglise traditionnelle. En regard, les initiatives missionnaires foisonnent. C’est la naissance des grands mouvements de jeunesse et de bien d’autres innovations.
Et pourtant, il y a parallèlement d’autres facteurs qui s’opposent au développement d’une théologie nouvelle. La lecture d’une « Eglise en quête de liberté » permet d’identifier clairement les obstacles. De fait, l’adversaire est le pouvoir romain à travers le contrôle totalitaire qu’il exerce à l’encontre des théologiens novateurs. A contrario, les périodes ou l’étau se desserre sont le siège d’une grande créativité. Etienne Fouilloux en note deux : À partir de 1926, les années qui suivent la rupture de Rome avec l’Action Française et les années de la seconde guerre mondiale.
Nous avons évoqué le dynamisme du courant de la nouvelle théologie en France. Et pourtant, dans une Eglise fortement hiérarchisée, au vu des travaux historiques, il semble aujourd’hui que ce courant n’aurait pu déboucher sans l’ouverture inopinée du Concile Vatican II. « La théologie nouvelle était l’objet d’une surveillance de tous les instants et de sanctions ciblées qui la maintenaient dans un état oscillant entre une liberté sous caution et la quasi clandestinité. Tout raisonnement téléologique en termes de précurseurs ou d’avant-gardes d’un Concile alors improbable est donc dépourvu de fondement. La théologie nouvelle serait restée une alternative virtuelle et sans avenir si la décision d’un pape… ne lui avait donné l’occasion de faire valoir enfin le travail accompli depuis près de trente ans. En 1958, le récent raidissement romain ne lui laisse, à vues humaines, que bien peu d’espoirs sur ce point. Comment oublier que la période ici étudiée est celle de germinations qui auraient pu ne jamais éclore ? » (2i)

















