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La théologie catholique dans une Eglise en crise. Une contribution de Bernard Sesboüé - * Le point de départ.

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Index de l'article
La théologie catholique dans une Eglise en crise. Une contribution de Bernard Sesboüé
I. UNE THEOLOGIE EN MUTATION
* Les Pères de l’Eglise.
* Une inspiration nouvelle dans des domaines clé
* Une mutation théologique.
II. UNE EGLISE EN QUETE DE LIBERTE.
* Le point de départ.
* Les courants novateurs.
* Les chemins et les facteurs du changement.
* Une histoire instructive.
III. UNE EGLISE EN CRISE ET L'AVENIR DE LA FOI.
* Les défis du changement culturel.
* Une Eglise en crise
NOTES
Toutes les pages

* Le point de départ.

B. Sesboüé nous a déjà aidé à appréhender les principales caractéristiques de la théologie autrefois dominante associée au pouvoir romain. Etienne Fouilloux nous permet de préciser le tableau.
Il montre les contours de la théologie issue de Thomas d’Aquin, « le thomisme », qui joue le rôle d’idéologie officielle. Certains s’y opposent directement. D’autres voient dans cette théologie une dégénérescence d’une pensée qui a eu sa fécondité. C’est le cas du dominicain, Marie-Dominique Chenu qui, très attaché à la pensée du XIIème et XIIIème siécles, « stigmatise, sous le terme de « théologie baroque », toute la production de cette école de la fin du Moyen Age jusqu’à l’aube du XXème siècle : cinq siècles de dépérissement au moins entre un apogée et une renaissance pendant lesquels la profusion des commentaires n’a fait qu’ensevelir la pensée de Saint Thomas ou de ses grands contemporains sous des milliers de pages formalistes et desséchées… On ne saurait se passer de formes pour appréhender le réel, mais faute d’évoluer au rythme de celui-ci, elles deviennent vite un obstacle à sa compréhension. En prise avec son temps lors de son apogée, la scolastique s’est ensuite ossifiée dans des formes étrangères au monde moderne. Le formalisme l’a emporté sur le réalisme… » (2a).
Au passage, si le thomisme de cette époque est évidemment associé au catholicisme, on peut se demander s’il ne porte également plus généralement la marque de principes abstraits engendrés par la période « moderne ». En faisant référence aux théologiens allemands de l’école de Tübingen, Chenu déclare ainsi : « Avec eux (Drey, Möhler, Scheeben), c’est l’intellectualisme abstrait de l’Aufklärung et son indifférence à l’égard de l’histoire que nous repoussons, péchés connus qui ne furent pas sans contaminer la scolastique moderne candidement solidifiée dans la foule des manuels » (2b). Cette réflexion évoque pour nous une approche de John R. Franke, théologien américain, dans son introduction au livre de Brian McLaren : « Generous orthodoxy » (3). En effet, il y a bien aujourd’hui encore des séquelles d’une conception abstraite de la connaissance héritée de la période moderne et aujourd’hui relativisée par le contexte postmoderne. Aux Etats-Unis, Hans Frei, théologien à Yale, cherche ainsi à dépasser l’opposition frontale entre conservateurs et libéraux, en proposant une approche qui rejette le « fondationalisme philosophique » qui caractérise à la fois les théologies conservatrices et libérales. Le « fondationalisme philosophique » se réfère à une conception de la connaissance qui a émergé des lumières et dans laquelle la crainte de l’incertitude se traduit par des principes abstraits visant à l’universalité.
Le thomisme conservateur induit également une attitude qui va à l’encontre d’une approche qui construit la connaissance à partir de l’observation, et plus généralement de l’histoire et des sciences humaines. Pour sortir de cette théologie, il fallait donc « une révolution copernicienne qui fasse passer d’une appréciation de la réalité déduite des principes logiques et doctrinaux à une théologie induite des faits sans recours à une métaphysique désuète » (2c). On pourrait ajouter également que cette théologie conservatrice méconnaît la dimension de l’expérience humaine et a ainsi été contrebattue par le philosophe Maurice Blondel à travers une philosophie de l’action.
Bref, cette théologie est en porte-à-faux par rapport à la culture nouvelle qui commence à émerger dès la première moitié du XXème siècle.
Cependant, comme on l’a vu, cette théologie conservatrice est également un instrument au service d’un pouvoir qui la défend par des brimades, des sanctions, des persécutions contre les théologiens novateurs, un comportement totalitaire tout simplement scandaleux aux yeux de l’homme d’aujourd’hui. L’opposition aux nouvelles approches théologiques est une manifestation d’une volonté de pouvoir et de contrôle. C’est ce qu’exprime ainsi Etienne Fouilloux : « Ce que le magistère ne peut admettre, c’est moins tel ou tel point du catalogue des suggestions réformistes que leur justification intellectuelle, une théologie tendue entre l’expérience chrétienne et ses sources fondatrices, qui tend à minorer le rôle régulateur de l’autorité et qui refuse l’omnipotence de son outil conceptuel, un thomisme d’école jugé obsolète » (2d). Ces censeurs sont bien les héritiers de ceux qui se sont opposés, au cours des âges, à la liberté spirituelle.



Mis à jour ( Samedi, 02 Août 2008 14:36 )  
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