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La théologie catholique dans une Eglise en crise. Une contribution de Bernard Sesboüé - * Une inspiration nouvelle dans des domaines clé

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Index de l'article
La théologie catholique dans une Eglise en crise. Une contribution de Bernard Sesboüé
I. UNE THEOLOGIE EN MUTATION
* Les Pères de l’Eglise.
* Une inspiration nouvelle dans des domaines clé
* Une mutation théologique.
II. UNE EGLISE EN QUETE DE LIBERTE.
* Le point de départ.
* Les courants novateurs.
* Les chemins et les facteurs du changement.
* Une histoire instructive.
III. UNE EGLISE EN CRISE ET L'AVENIR DE LA FOI.
* Les défis du changement culturel.
* Une Eglise en crise
NOTES
Toutes les pages

* Une inspiration nouvelle dans des domaines clé

Les chapitres suivants s’inscrivent dans ce mouvement. Ils nous montrent comment une inspiration nouvelle est apparue dans des domaines clé comme le mystère trinitaire, la christologie, l’ecclésiologie, l’oecuménisme. La mise en perspective apportée par B. Sesboüé est passionnante. Et, en même temps, à plusieurs reprises, il montre, avec beaucoup de profondeur, le sens spirituel de ces conceptions théologiques.
° Le mystère trinitaire.
Ainsi, sur la Trinité, en regard de la doctrine du passé, dont le souvenir entraîne encore des rejets, B. Sesboüè décline la manière dont, à partir de la lecture du Nouveau Testament, cette vision est non seulement redevenue actuelle, mais fait sens. La Trinité n’est plus « l’énigme notionnelle qu’elle état quelque peu devenue dans la théologie des temps modernes : comment trois peuvent-ils être un ? La Trinité est maintenant un mystère religieux d’amour, le mystère de l’amour de Dieu pour nous, qui se révèle être amour en lui-même » (1h). Cette vision répond à la prise de conscience actuelle de l’importance majeure de la dimension relationnelle, qui apparaît, entre autres, dans l’Eglise émergente.

° La Christologie.

À la suite d’un chapitre très instructif sur « Jésus de l’histoire et Christ de la foi », B. Sesboüé montre comment à nouveau on est passé d’un ensemble d’informations doctrinales à une vision globale fondée sur les Ecritures. « La Christologie ne peut plus se contenter de développer les affirmations des premiers Conciles. Elle doit d’abord remonter en amont au témoignage de l’histoire de Jésus dans les récits du Nouveau Testament compris à la lumière de la résurrection… Dans le domaine trinitaire, nous avons vu que le retour aux sources est largement passé par la référence patristique. Ici, le retour est encore plus radical. Le retour de la Christologie à l’Ecriture est le grand événement qui a affecté cette discipline… » (1i). Ainsi s’appuie-t-on désormais sur « le témoignage de la vie, de la mort et de la résurrection de Jésus de Nazareth, proclamé par les chrétiens, Christ et Seigneur ». La Christologie affirme « l’identité entre Jésus de Nazareth et le Christ ressuscité… ce que Jésus a prétendu être pendant tout son ministère prépascal, sa résurrection le confirme ».

° La médiation de Jésus et la justification par la foi.

Dans cette avancée théologique, Bernard Sesboüé met l’accent sur deux aspects majeurs pour la compréhension du salut : la médiation de Jésus et la justification par la foi. « Le salut apporté par le Christ nous rend bénéficiaires d’une double libération : libération de notre finitude créée qui nous fait communiquer à la vie même de Dieu et libération de notre finitude pécheresse, qui restaure notre liberté et nous réconcilie avec Dieu. Il est bien évident que nous avons à répondre librement dans la foi à cette offre de salut de Dieu. Le don n’est véritablement un don que lorsqu’il a été reçu par le donataire. Pour que le salut s’accomplisse, il faut donc que se correspondent les deux mouvements de la médiation, celui qui vient de Dieu vers l’homme et celui qui, venant de l’homme, retourne à Dieu. Le Christ, vrai Dieu et vrai homme, et constitué de ce fait unique médiateur entre Dieu et les hommes, a accompli les deux mouvements de médiation, celui qui va de Dieu vers l’homme que l’on peut appeler mouvement descendant, et celui qui va de l’homme à Dieu, celui du retour que l’on peut appeler mouvement ascendant » (1j).
Le terme de justification s’inscrit dans cette dynamique. C’est la justice salvifique qui accomplit par grâce les promesses de Dieu. « Elle rend justice au pêcheur en lui faisant grâce et en lui redonnant l’amitié divine… » La déclaration commune sur la justification de 1999, entre luthériens et catholiques, met en valeur l’importance de cette vision chrétienne dont B. Sesboüé sait montrer le sens profond : « La justification par la grâce moyennant la foi, nous dit tout simplement que nous existons pour Dieu, que nous sommes reconnus et aimés par lui de façon absolue. Notre existence est « justifiée » aux yeux de Dieu, car nous avons du prix à ses yeux, comme le dit le prophète Esaïe (43,4). La grâce de Dieu n’est rien d’autre que sa bienveillance amoureuse et inconditionnelle dans son a priori à notre égard. Elle pardonne gratuitement mes péchés, pour que je me tourne vers Dieu... » (1k).

° Ecclésiologie.

Au début du XXème siècle, on retrouve, dans le domaine de l’ecclésiologie « un hiatus analogue à celui qui a été noté en Christologie à la même époque ». Certes, au XIXème siècle, quelques théologiens allemands avaient « commencé à vouloir sortir du carcan de l’ecclésiologie néoscolastique qui ne s’intéressait qu’à la structure institutionnelle et hiérarchique de l’Eglise … C’est ce que le P. Congar appelait… « la hiérarchologie ». « Le mouvement ecclésiologique en Europe n’a démarré qu’après la Première Guerre mondiale au moment où se fait la première prise de conscience de la rupture de fait entre l’Eglise et le monde moderne » (1l). « Le premier développement concerne la conception de l’Eglise, corps mystique du Christ. Il se produit là une rencontre entre le renouveau théologique et les aspirations des fidèles. L’Action catholique s’est faite le haut-parleur de cette théologie du corps mystique. L’Eglise n’était plus une affaire livresque, abstraite, de pure hiérarchie, mais devenait une grande famille, appartenant au Christ et faisant partie de son mystère. Le centre de gravité de la réflexion sur l’Eglise passe ainsi du côté visible, institutionnel et extérieur au côté spirituel et mystique » (1m).
B. Sesboüé montre ensuite comment un certain nombre de théologiens catholiques, entres autres le Père Congar et le Père de Lubac, vont, à contre courant et parfois au prix de persécutions, engendrer une nouvelle ecclésiologie qui va nourrir et inspirer la conception de l’Eglise qui triomphe, dans son principe, au Concile Vatican II. Et, dans le cadre de celui-ci, il met en valeur la dynamique des tendances nouvelles. Nous reviendrons sur son analyse réaliste des obstacles qui se sont mis par la suite en travers des réformes permettant de traduire l’esprit nouveau dans les pratiques de l’Eglise catholique.

° Œcuménisme.

La mutation théologique intervenue dans l’Eglise catholique au cœur du XXème siècle a permis l’entrée de celle-ci dans le mouvement œcuménique. Ce que nous avons précédemment rapporté du livre de B. Sesboüé montre, chapitre après chapitre, un retour à la sève commune. Mais, là aussi, la lutte des pionniers catholiques en faveur de l’œcuménisme a rencontré bien des brimades et des résistances. « L’Eglise catholique doit reconnaître que sa conversion œcuménique a été plus tardive que celle des autres » (1n). Après une maturation des esprits, l’ouverture œcuménique a triomphé au Concile Vatican II à la suite de l’engagement courageux du pape Jean XXIII et du ralliement d’une grande majorité des évêques.



Mis à jour ( Samedi, 02 Août 2008 14:36 )  
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