* Une Eglise en crise
Manifestement, Bernard Sesboüé connaît bien la situation actuelle de l’Eglise catholique en France. Et il l’évoque en termes mesurés, mais clairs : «Aujourd’hui, ce n’est plus le maillage culturel, ou les institutions latérales -fort importantes au demeurant- qui sont menacées, mais le squelette institutionnel, c’est à dire le maillage pastoral de base, sa présence minimum sur le terrain paroissial et sa capacité à assurer les taches administratives minimum à la campagne comme à la ville. Nous sommes au bord de l’implosion du maillage paroissial » (1s). Et, à l’arrière plan, il y a le déclin de nombreux indicateurs.
À nos yeux, cette situation dépend pour une bonne part, d’une évolution plus générale : une institution en crise en raison du conservatisme et de l’immobilisme de ses dirigeants. On pourra lire à ce sujet le livre d’un prêtre australien, Gerald A. Arbuckle : «Refonder l’Eglise » (10). À partir d’une approche de sciences sociales, l’auteur montre comment, face à une tâche difficile, le leadership a été défaillant. À la fin du chapitre sur « Le siècle de l’Eglise », Bernard Sesboüé constate les coups d’arrêt portés au processus conciliaire.
« On a pu constater, à la fin du règne de Paul VI et beaucoup plus durant le pontificat de Jean-Paul II, une volonté de reprise en main centralisatrice par le magistère romain… La collégialité a bien été reconnue et affirmée à Vatican II. Elle n’est pas encore vraiment passée dans la chair et dans le sang de l’Eglise… De fait, elle a été neutralisée, là où elle pouvait redistribuer les cartes en quelque sorte, c’est à dire ouvrir l’Eglise à des initiatives et des inspirations venant des divers continents. Le synode triennal des évêques à Rome a vu son règlement devenir si rigoureux qu’il interdisait tout débat réel entre les évêques… À tout ceci, il faut ajouter une politique très orientée dans le choix des évêques, qui, en bien des cas, privilégiait l’esprit de soumission à Rome… » (1t).
Dans ces conditions, la réflexion théologique pour une nouvelle conception des ministères se heurte à nouveau au pouvoir romain. Et ce blocage se traduit sur le terrain par un immobilisme des pratiques. Comment susciter une Eglise créative si on ne lui permet pas de s’organiser en conséquence dans une répartition nouvelle des responsabilités ? À propos de différents dossiers, Bernard Sesboüé est conscient de ces enjeux, mais dans la condition qui est la sienne, il n’élève pas le ton.
Pourtant il perçoit bien les enjeux. « J’ai parlé de l’implosion de notre maillage pastoral qui, à force de rassembler les paroisses, nous conduit à une pastorale de diaspora ». Il appelle une « nouvelle figure de l’Eglise » traduisant « une figure nouvelle de la foi qui est déjà celle d’un certain nombre de communautés et qui descende dans l’ensemble du peuple des chrétiens et devienne attractive pour les non chrétiens et leur donne le goût de croire » (1u). Mais, ajoute-t-il, « cette mutation (requiert) et entraîne toute une conversion des mentalités par rapport aux représentations encore courantes sur le christianisme et sur l’Eglise. Ce qui nous est demandé, c’est tout le contraire d’une restauration du passé ou d’un repli identitaire. Nous devons regarder vers l’avenir et nous sommes en quelque sorte condamnés à inventer… Nous pouvons être le creuset d’une nouvelle étape de l’Eglise… » (1v).
Les différentes Eglises en France sont toutes appelées à développer cette créativité à travers laquelle le Saint Esprit pourra œuvrer. Cependant, comme nous venons de le voir , les blocages internes qui affectent l’Eglise catholique portent atteinte à ce processus. Dés lors, à la suite de l’histoire d’un siècle que nous venons d’évoquer, l’interpellation majeure porte sur le statut et l’exercice de l’autorité dans l’Eglise catholique.
Au terme de ce parcours, la mise en évidence de la mutation accomplie par la théologie catholique est un constat de première importance. En effet, non seulement cette mutation a une portée spirituelle et favorise une intelligence de la foi, mais elle s’inscrit dans un mouvement œcuménique et lui ouvre les portes pour de nouvelles avancées. Mais, en même temps, d’un bout à l’autre de cette histoire, le même obstacle apparaît : un pouvoir qui s’exerce dans les termes d’une époque dépassée, celle de la monarchie absolue. Aujourd’hui comme hier, nous en mesurons les graves conséquences. Cependant, à vive allure, la société et la culture continuent à changer. Aussi, la recherche de pertinence, présente d'un bout à l'autre de cette histoire, est, encore et davantage, un enjeu majeur... Les Eglises chrétiennes sont appelées à apporter de nouvelles expressions (11).... La foi chrétienne se communique dans de nouveaux espaces et de nouvelles formes. Ainsi, pour emprunter un regard dont nous avons évoqué l’origine et la signification, soyons attentifs aux « signes des temps ». L’Esprit de Dieu est toujours en mouvement.
Jean Hassenforder
Février 2008

















