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* Les défis du changement culturel.
Pour répondre à cette interrogation, il commence par dresser un tableau des rapports entre l’Eglise catholique et la culture au cours du XXème siècle. S’il y a bien une trame commune, l’auteur distingue, à juste raison, les questions spécifiques correspondant aux deux moitiés de ce siècle. Dans l’avant-propos du livre, l’interlocuteur de Bernard Sesboüé, Marc Leboucher pose une question redoutable : « Comment se fait-il que le grand siècle de réflexion doctrinale sur l’Eglise se soit achevé par une large désertification des églises en Occident ? » (1o).À vrai dire, cette équation est complexe et de nombreux facteurs doivent être pris en considération .
B. Sesboüé met en évidence l’ampleur de la révolution culturelle intervenue depuis 1960. À nos yeux, c’est un phénomène complexe qui peut susciter des jugements positifs et négatifs. Le croisement de ce phénomène avec l’héritage religieux dépend évidemment des caractéristiques de celui-ci. Ici, dans un chapitre précédent : « Eglise et modernité », B. Sesboué avait remonté le temps long au cours des derniers siècles pour poser la question des réactions du christianisme vis-à-vis de la modernité : « Pourquoi la foi chrétienne a-t-elle si mal réagi devant le développement de la modernité ? Pourquoi la crise inévitable que devait engendrer cette mutation de l’humanité s’est-elle largement traduite par un conflit majeur et durable avec la modernité ? Et, dans cet examen, il a l’honnêteté et le courage de reconnaître les erreurs commises par l’Eglise catholique dans plusieurs tournants majeurs et aussi le comportement plus pertinent « des Eglises issues de la Réforme, en particulier dans le monde anglo-saxon » (1p).
Cependant, le changement des mentalités qui s’opère actuellement, s’il s’inscrit dans une histoire des idées à long terme, nous paraît devoir être interprété également en fonction de transformations techniques, économiques et sociales profondes et rapides. Les outils de l’histoire et de la sociologie sont là pour nous aider. Nous renvoyons à nouveau le lecteur au livre d’Henri Mendras : « La Seconde Révolution Française. 1965-1984 » (6). Depuis quelques années, nous disposons d’une remarquable analyse des effets de ce changement sur le paysage religieux durant la même période. En effet, le livre de l’historien, Henri Pelletier sur : « La crise catholique. Religion, société, politique » (7) permet de comprendre de l’intérieur les grandes transformations intervenues dans les années 1965-1978. L’analyse de ce tournant capital vient éclairer le déroulement des années ultérieures.
Le Concile Vatican II est intervenu juste avant l’accélération du changement culturel et social des dernières décennies. Il visait à « l’aggiornamento » de l’Eglise catholique, c’est à dire sa mise à jour dans tous les domaines. « Le pape prenait acte du dangereux décalage qui avait grandi de manière continue dans le monde ecclésial et le monde tout court. L’Eglise se proposait de se réformer en profondeur. Cette intuition est à la base de la réforme liturgique… de la conversion à l’œcuménisme et au dialogue avec les autres religions, de l’actualisation de sa doctrine sur l’Eglise et sur la révélation, de l’élaboration d’un nouveau discours sur « l’Eglise dans le monde de ce temps », et enfin la reconnaissance de la liberté religieuse » (1q).
Pourquoi alors le déclin rapide de la pratique catholique au cours de ces dernières décennies ? « Vatican II n’est , à mon sens, pour rien dans cette évolution », nous dit B. Sesboüé. « Je dirais même que les orientations du Concile ont permis à la pastorale de mieux résister… Si l’Eglise avait abordé cette crise dans l’attitude qui était la sienne sous le règne de Pie XII, les choses eussent été bien pires » (1r). Mais ne peut-on aller plus loin dans l’analyse ? Bien entendu, le changement culturel et social est si considérable que toutes les Eglises dans tous les pays d’Europe (8) peinent à y faire face et sont confrontées au déclin. Ces difficultés tiennent pour une bonne part à la forme institutionnelle de ces Eglises. Comme le montre la sociologue Danièle Hervieu-Léger (9), les aspirations spirituelles ne sont pas en recul. Au contraire ! Mais elles s’inscrivent dans un comportement nouveau, ce qu’elle appelle « l’autonomie croyante ». « Le fait nouveau, c’est que les grandes églises ne sont pas en mesure de fournir des canaux, des dispositifs organisationnels de ces croyances. Aujourd’hui l’idée même que les institutions prescrivent en quelque sorte de l’extérieur, de grands codes de conduite aux individus, est de moins en moins supportée dans une société comme la notre… ». Engagés dans une recherche personnelle pour donner sens à leur vie, « les gens ressentent le besoin d’en rencontrer d’autres qui leur disent : cela fait sens pour toi, cela fait sens pour moi. Ils ont besoin de reconnaissance. Face à ce besoin de validation , les grands dispositifs institutionnels sont aujourd’hui de moins en moins pertinents… Actuellement, des dispositifs de reconnaissance en réseau se développent massivement et mettent les individus en présence sur le mode de l’échange personnel et subjectif permettant une logique individualiste, mais aussi réciproque de validation mutuelle ». Dans cette situation, on peut observer des variations sensibles entre les Eglises dans leur capacité de se transformer pour répondre à ces nouveaux comportements. La question posée à l’Eglise catholique pourrait donc être celle-ci. Face à l’accélération du changement, l’effort de rénovation commencé au Concile s’est-il poursuivi et accru à la mesure des temps nouveaux ? C’est à cette interrogation que nous allons maintenant chercher à répondre à partir des données et des réflexions qui nous sont apportées par le livre de B. Sesboüé.

















