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À monde qui change, Église qui change

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Index de l'article
À monde qui change, Église qui change
Une société en plein changement
Vers une offre nouvelle
Une nouvelle conception de l’Église
Comment concevoir l’Église aujourd’hui ?
Questions pour la France
NOTES
Toutes les pages
Dans les dernières décennies, l’influence des églises a décru dans les pays occidentaux. Si l’ampleur de ce recul est sensiblement différente selon les pays, la tendance est analogue. Face à ce phénomène, les attitudes peuvent varier. Certains envisagent l’avenir avec fatalisme, faute d’apercevoir une issue. D’autres au contraire acceptent de se confronter avec la réalité pour découvrir des approches nouvelles. Cette seconde attitude est courante en Grande-Bretagne où de nombreux auteurs allient foi et lucidité. Le livre de Michael Moynagh : « Changing World, Changing Church », s’inscrit dans ce courant (1). Mais il mérite également une attention particulière. En effet l’auteur est à la fois un expert en prospective et pasteur anglican. Dans son livre, il s’inspire des analyses sociologiques et en même temps, il accompagne ces analyses par des études de cas montrant combien des actions innovantes peuvent ouvrir un avenir. Ainsi cet ouvrage a reçu un accueil chaleureux en Grande-Bretagne. Quelles que soient les spécificités du contexte, ce pays s’inscrit dans la culture de l’Europe occidentale. Ainsi ce livre nous paraît extrêmement instructif.
La crise des églises en Grande-Bretagne
La pratique dominicale n’est qu’un indicateur parmi d’autres. Mais le déclin de cette pratique tant en Grande-Bretagne que dans d’autres pays d’Europe occidentale n’est pas sans signification, ni conséquence.
D’après les enquêtes menées périodiquement, en 1979, 11,7% des britanniques fréquentaient une église le dimanche. Le pourcentage va en diminuant : 9,9% en 1989, 7, 5% en 1998. Au cours de la dernière décennie, la chute s’est accélérée malgré les campagnes d’évangélisation. Peter Brierley commente cette situation dans un livre au titre significatif. « The ride is running out » (2). Si “la marée recule au galop”, son analyse montre la complexité du phénomène.
Cependant le défi est là. Comme l’explique un ecclésiastique anglais cité par P. Brierley : « En raison du déclin si important des églises, il semble probable que ce qui demeure de la foi chrétienne pour la plupart des anglais, continuera à s’exprimer plus ou moins sans église, à moins que les églises deviennent radicalement différentes » (2a).
Michael Moynagh part des mêmes données et il se réfère aux théories sociologiques pour les interpréter. L’appartenance recule-t-elle parce qu’il y a moins de croyance ? Cette explication semble partielle. Une sociologue anglaise réputée, Grace Davie, propose une autre interprétation : la croyance persiste, mais ne s’exprime plus dans la fréquentation des églises. C’est la foi sans appartenance : « faith without belonging ». Cependant comme l’indique un autre sociologue : Robin Gill, le déclin de l’appartenance n’est pas sans induire un certain nombre d’effets. En particulier, la socialisation des jeunes dans une dynamique chrétienne est sérieusement perturbée. Ainsi selon une enquête, les adultes qui ne vont pas à l’église sont trois fois plus nombreux à croire en Dieu s’ils ont fréquenté régulièrement une église dans leur enfance (1a). Tout ceci ne nous dit pas pourquoi la fréquentation d’une église est devenue impopulaire. Lorsqu’on évoque l’individualisme croissant, l’explication n’est pas suffisante puisque de nombreuses associations sont actuellement en progrès. Comme l’indique Michael Moynagh : « Les gens n’ont pas abandonné les groupes. Ils s’en vont de certaines catégories de groupes dont l’Église fait partie. « Ce n’est pas mon genre », disent-ils ». En fait cette situation tient largement au fait que l’église est de plus en plus déconnectée des réseaux de sociabilité.
L’Église est de plus en plus séparée du monde du travail. Il s’est produit une dissociation croissante entre la vie domestique et la vie professionnelle qui s’est traduite dans un éloignement géographique.
Aujourd’hui, l’expansion du travail féminin renforce cette tendance. Or dans le passé, le travail était envisagé comme une contrainte. Il est de plus en plus perçu comme un lieu où on peut exprimer sa personnalité.
C’est du moins un souhait qui va croissant. L’Église est largement absente de cet univers.
Et, en même temps, le recul des églises est corrélé avec le développement de la consommation. Dans le passé, l’église était un cadre de vie dans lequel les gens trouvaient leur identité, une réponse à leur besoin de sociabilité, un sens de la vie. Aujourd’hui, l’univers de la consommation et des loisirs répond à beaucoup d’attentes. Les gens s’expriment et s’accordent dans des consommations communes (« Elle aime la même musique que moi »). Leur emploi du temps est structuré par les courses et les activités de loisir. Des réseaux de sociabilité s’organisent dans le temps libre. Et souvent la consommation engendre un certain bien-être. L’Église est bien souvent éloignée de cette ambiance et de cette vitalité.. Elle a beaucoup à apporter. Mais il lui faudrait mettre en valeur cet apport. Or, les gens se reconnaissent sur des intérêts communs qui se manifestent dans l’univers des loisirs. Vont-ils trouver dans les églises des « gens comme eux » ? Comme l’indique la sociologue française Danièle Hervieu-Léger, la « civilisation paroissiale » est maintenant caduque (4). L’Église doit inventer de nouveaux rapports avec la société.. Mais dans quelle mesure y parvient-elle actuellement ? C’est la question que pose Michael Moynagh. « L’Église a quitté le terrain de jeu. Elle s’est enfuie du monde du travail, de la société de consommation et des réseaux où les gens en trouvent d’autres comme eux. Au moment où il faudrait établir des liens avec un univers où l’on recherche désormais un rapport personnalisé : « It must fit me - cela doit m’aller », l’Église se tient dans un splendide isolement en offrant un produit standardisé qui assure que c’est aux gens de venir à nous. Aujourd’hui ce produit ne peut plus toucher la vie quotidienne des gens. Est-ce surprenant que si peu désirent s’impliquer. Mais comme de moins en moins de gens appartiennent, de moins en moins seront également en situation de croire » (1c). Alors il faut s’engager dans une voie nouvelle dans laquelle les gens pourront se connecter.


Mis à jour ( Mercredi, 30 Juillet 2008 10:33 )  
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