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En questionnant les gens sur leur religion, les enquêteurs leur proposent généralement de choisir entre un ensemble de mentions correspondant à des dénominations ayant une visibilité institutionnelle en France : catholique, protestante, juive, musulmane.. ou bien, autres religions, et maintenant une catégorie en forte augmentation : sans religion. Cette manière de procéder fait apparaître une répartition entre de grands ensembles et permet d’enregistrer l’évolution de cette répartition à travers le temps, à condition bien sûr de garder le même instrument de mesure, c’est-à-dire la même question et la même administration de celle-ci.
Cependant, cette approche manque de souplesse, parce qu’elle impose à l’enquêté des catégories préétablies. Or, nous sommes à une époque où les représentations se complexifient et se modifient rapidement. Les institutions n’ont plus comme autrefois pignon sur rue. Et, si dans le passé, elles imposaient, plus ou moins leurs codes et leurs croyances à travers une « culture de contrôle », cette époque est révolue.
La sociologue des religions, Danièle Hervieu-Léger montre bien comment, aujourd’hui, les gens construisent leurs représentations et s’inscrivent de plus en plus dans « une autonomie croyante » (1). Dans son livre, « L’homme pluriel » (2), un sociologue de la culture, Bernard Lahire, décrit la manière dont les gens participent à des univers différents. On pouvait, dans le passé, s’inscrire dans une culture uniforme dont tous les traits s’ordonnaient en forme de système. Aujourd’hui, une même personne peut participer à la fois à des cultures musicales, littéraires, artistiques très différentes.
Et, d’ailleurs, la globalisation du monde engendre des rencontres qui multiplient les doubles appartenances, les « couples mixtes », le métissage.
Il est donc utile de diversifier les modes d’enquête pour appréhender la complexité des identités et des appartenances. Ainsi, en Grande-Bretagne, on ajoute généralement à la question portant sur les dénominations une autre concernant la relation aux grandes sensibilités transconfessionnelles (évangélique, charismatique, libérale etc..) (3). En France, il advient de temps en temps que la question portant sur l’appartenance religieuse soit formulée d’une manière ouverte. On évite ainsi l’effort de suggestion, voire l’emprise de catégories préétablies. C’est l’approche qui a été adoptée dans l’importante enquête concernant les catholiques français qui nous est présentée dans le numéro de janvier-février du Monde des Religions (4). Dès lors, le mode de passation de la question permet l’apparition d’un phénomène nouveau : l’expression en priorité d’une identité chrétienne. À la question ouverte : « Quelle est votre religion si vous en avez une », 5% des français répondent spontanément : chrétienne. En regard, 51% des français se déclarent catholique, 31%, sans religion, 4% musulman, 3%, protestant, 1% juif, 1% autres religions. Et 4% ne se prononcent pas.
Ainsi, les 5% de français qui se déclarent d’emblée chrétiens, sont une petite minorité, mais ils arrivent néanmoins au troisième rang. Comme cette expression n’est pas portée par l’influence des traditions et des institutions religieuses, comme elle se manifeste spontanément, il nous semble qu’elle traduit un courant significatif (5). Et, comme nous le faisait remarquer un ami sociologue, on peut présumer que dans un mode assisté ou la mention chrétienne serait proposée parmi d’autres, le pourcentage pourrait doubler.
Mis à jour ( Jeudi, 21 Mai 2009 13:22 )
La sociologue des religions, Danièle Hervieu-Léger montre bien comment, aujourd’hui, les gens construisent leurs représentations et s’inscrivent de plus en plus dans « une autonomie croyante » (1). Dans son livre, « L’homme pluriel » (2), un sociologue de la culture, Bernard Lahire, décrit la manière dont les gens participent à des univers différents. On pouvait, dans le passé, s’inscrire dans une culture uniforme dont tous les traits s’ordonnaient en forme de système. Aujourd’hui, une même personne peut participer à la fois à des cultures musicales, littéraires, artistiques très différentes.
Et, d’ailleurs, la globalisation du monde engendre des rencontres qui multiplient les doubles appartenances, les « couples mixtes », le métissage.
Il est donc utile de diversifier les modes d’enquête pour appréhender la complexité des identités et des appartenances. Ainsi, en Grande-Bretagne, on ajoute généralement à la question portant sur les dénominations une autre concernant la relation aux grandes sensibilités transconfessionnelles (évangélique, charismatique, libérale etc..) (3). En France, il advient de temps en temps que la question portant sur l’appartenance religieuse soit formulée d’une manière ouverte. On évite ainsi l’effort de suggestion, voire l’emprise de catégories préétablies. C’est l’approche qui a été adoptée dans l’importante enquête concernant les catholiques français qui nous est présentée dans le numéro de janvier-février du Monde des Religions (4). Dès lors, le mode de passation de la question permet l’apparition d’un phénomène nouveau : l’expression en priorité d’une identité chrétienne. À la question ouverte : « Quelle est votre religion si vous en avez une », 5% des français répondent spontanément : chrétienne. En regard, 51% des français se déclarent catholique, 31%, sans religion, 4% musulman, 3%, protestant, 1% juif, 1% autres religions. Et 4% ne se prononcent pas.
Ainsi, les 5% de français qui se déclarent d’emblée chrétiens, sont une petite minorité, mais ils arrivent néanmoins au troisième rang. Comme cette expression n’est pas portée par l’influence des traditions et des institutions religieuses, comme elle se manifeste spontanément, il nous semble qu’elle traduit un courant significatif (5). Et, comme nous le faisait remarquer un ami sociologue, on peut présumer que dans un mode assisté ou la mention chrétienne serait proposée parmi d’autres, le pourcentage pourrait doubler.

















