Deux conceptions de la création - Témoins

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889Michelange

Nous pensons que le monde n’est pas le fruit du hasard mais d’un désir de Dieu. Dire cela, cela équivaut à dire que Dieu est créateur. Mais comment est-il créateur ? Qu’est-ce qu’il a créé ? Cette question mérite d’être creusée.

 

Il y a deux modèles. Le premier a été dominant dans la pensée jusqu’à encore récemment. Il ne peut maintenant que produire de l’athéisme. Le second est en train d’émerger et d’ouvrir à la foi car il parle d’un Dieu de liberté qui nous invite à être créateurs de nos vies.

1-Soit Dieu aurait créé un monde tout fait.

Pour employer une comparaison de couture :889PretAporter un monde prêt à porter. Il n’y a qu’à enfiler le vêtement. Ce vêtement il est comme il est, on ne peut rien changer. Il y a un ordre des choses décidé par Dieu.  Un monde tout fait où il n’y a rien à changer, rien à créer, auquel il ne manque rien. Donc dans ce cas l’action humaine consiste à conserver les choses en leur état. La réponse de l’humain est de ne rien abimer de ce qui est sorti des mains de Dieu. La liberté s’exerce dans ce cas à pouvoir dire oui ou non à un ordre établi par Dieu. La liberté se fait obéissance à cet ordre dans le oui, elle se fait désobéissance,  révolte et péché dans le non.

*La première  conséquence, c’est que ce monde en soi a peu  d’intérêt puisque rien ne lui manque, qu’il n’y a rien à y faire de décisif qui lui manquerait, il est seulement le lieu d’une épreuve, le lieu où l’on fait ses  « preuves » de l’obéissance ou de la désobéissance.

*La deuxième conséquence c’est l’idée de Dieu que cela justifie. Un Dieu qui impose son modèle à l’exclusion de tout autre. C’est lui qui l’a fait ainsi. C’est un modèle où Dieu impose. Image d’un pouvoir absolu. Image de Dieu comme monarque absolu.

*la troisième  conséquence permet de justifier tous les conservatismes. Les choses de ce monde n’ont pas à être changées  parce qu’elles sont telles que Dieu les a créés. Cela permet de justifier les instances de pouvoir. De même que Dieu  impose un ordre des choses, il est normal que certains l’imposent aux autres. Que Dieu commande, cela justifie que certains le fassent. Ainsi nous nous faisons une idée de Dieu conforme à ce qui se passe dans nos sociétés où certains dominent les autres, où certains sont supérieurs aux autres. Le fait que Dieu soit aussi celui qui impose son modèle, justifie qu’il en soit ainsi dans les relations humaines. Le ciel justifie la terre et la terre est à l’image du ciel. Nous projetons sur Dieu, le style de relations aliénées que nous vivons entre nous
« Les relations sociales basées sur la domination existant entre nous ont servi d’exemple pour concevoir la relation entre les humains et Dieu » Berdiaeff ,De l’esclavage à la liberté p 91
Cette conception du monde et de Dieu sont solidaires.
Dans ce modèle, le péché va s’appeler révolte, désobéissance, refus.
Et ce modèle est pour moi une des raisons de l’athéisme.

2-Mais il y a un autre modèle qui dit une autre image de Dieu, de l’humain et de la liberté.

Dieu n’a pas créé un monde tout fait mais un monde à faire. Pour continuer la comparaison de la couture : ce n’est pas un monde prêt à porter. 889CoutureCe sont des  vêtements à confectionner nous-mêmes. Dieu nous offre ce qu’il faut pour coudre mais c’est à nous d’être créatifs, d’inventer des formes, des couleurs à l’infini. Ce monde n’est pas tout fait, il est à faire. Et si nous ne le faisons pas il y manquera ce que nous, nous seuls pouvons faire, pouvons y apporter. Il ne s’agit pas de conserver un monde préétabli mais de bâtir un monde neuf. La liberté ici est liberté de création où chacun doit inventer son chemin.
Dans ce modèle, la liberté peut produire de l’inédit qui ajoute quelque chose d’original, quelque chose qui manque. C’est une liberté créatrice où tout humain doit inventer son chemin.
Les conséquences sont l’inverse

*La première  conséquence, c’est que ce monde à faire acquiert un intérêt fondamental. Sa création est remise à notre responsabilité. Il lui manque ce que nous arriverons à créer et qui ne serait pas sans nous. Ce que nous y ferons acquiert une dimension de décisif. Il est lieu de créativité. La liberté n’est pas une épreuve, elle est condition de création.

*La deuxième conséquence c’est l’idée de Dieu que cela révèle. Un Dieu qui nous fait co-créateur. Il n’impose pas un modèle. Il ouvre des possibles confiés à notre créativité. Il n’est pas le Dieu qui impose et s’impose, qui dirige. Il crée comme la mer, les continents, en se retirant. Il n’est pas à I’image d’un pouvoir absolu mais son autorité est de celle qui autorise à vivre à plein. « Va vers toi-même » dira-t-il à Abraham.

*la troisième  conséquence permet de libérer l’initiative pour tous et toutes. Les choses de ce monde n’ont pas à rester telles quelles, elles peuvent et doivent être changées. Le pouvoir est rendu à chacun. Les instances de pouvoir sont légitimes non en soi, mais dans la mesure où elles sont au service du progrès, de l’humanisation de toutes et de tous.
Ainsi cette autre idée de Dieu conteste  ce qui se passe dans nos sociétés où certains dominent les autres, où certains sont supérieurs aux autres. Le fait que Dieu ne soit pas celui qui impose son modèle, justifie la recherche de relations humaines basées sur la fraternité et l’égalité, la recherche de relations non aliénées.
Dans ce modèle, le péché va prendre une toute autre tonalité. Il va être plus de l’ordre de l’omission, du désintérêt des choses de ce monde, du non engagement à bâtir ce monde, de tout pouvoir dans la mesure où il empêche l’autre d’exister et d’inventer sa vie librement. Il va se découvrir en se demandant ce qui fait obstacle aux relations fraternelles, faites de respect et d’égalité.
La conversion va se comprendre comme conversion à une autre image de Dieu. Avoir entendu Dieu nous dire : « Va vers toi-même », avoir vraiment entendu cette parole, va libérer notre cœur pour pouvoir dire et être pour les autres ce que Dieu fait pour nous. Donc se détourner de ce qui justifie l’injustice, le conservatisme, la domination, l’aliénation et accueillir ce qui nous stimule à bâtir des relations libérantes pour nous et pour les autres.

Quel choix faisons-nous? Lequel de ces deux modèles informe nos vies?

Sr Michèle Jeunet, rc

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