| Index de l'article |
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| Peintre sculteur nomade |
| L'art comme reflet |
| Les matériaux |
| La marche |
| La photographie |
| L'art comme métaphore de la vie |
| Une vision poétique et spirituelle du monde |
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J'ai commencé à peindre en 1992, par hasard, n'ayant jamais eu de culture artistique. Par envie, après avoir pratiqué le sketch et la musique dans les activités d'évangélisation et de louange de mon assemblée. C'est l'église qui m'a familiarisé, d'une certaine manière, avec le monde de l'art. Qu'elle en soit ici remerciée. Dès ma première réalisation j'ai décidé que la peinture serait mon moyen d'expression, une nouvelle aventure. Il me semblait, au bout de ces années de marche avec Dieu, que j'allais rencontrer de plus près mon identité, ouvrir mes yeux sur elle, la reconnaître et l'accepter.
Bien sûr j'avais trouvé le sens de mon existence en venant à Jésus en 1976 mais quelque chose restait comme caché au fond de moi. Et si les autres avaient toujours perçu mes talents artistiques je demeurais frustré, insatisfait. J'aimais la photographie, mais cette pratique restait un loisir et ne se développait pas comme je l'aurais souhaité.
En janvier 1992 j'ai saisi des brosses, des couleurs et je me suis lancé dans la peinture sans réfléchir mais avec l'envie de peindre. Mon parcours a été autodidacte avec quelques expositions sur la région toulousaine et en 1998 un stage en animation d'ateliers d'art ce qui m'a permis de donner des cours, activité que j'ai developpée avec passion jusqu'à aujourd'hui.
Sur le conseil d'une amie j'ai repris, en 2001, le chemin de l'université pour entreprendre une licence d'arts plastiques. Je ressentais le besoin de donner une réflexion à ma pratique, mon travail avait évolué et je voulais développer une posture résolument contemporaine et professionnelle. J'ai commencé à cette époque à travailler dans la nature à la suite des Landartistes, dont j'ai récapitulé l'oeuvre dans un précédent article <<Lire l'article>>, en apportant un geste personnel, celui de peindre et sculpter dans et sur le monde et non plus face au monde comme dans la peinture de chevalet. Me déplacer dans la nature était une continuité de mon métier de jardinier, j'avais cette impression de relier l'art à la vie, à ma vie.
L'art comme reflet
Mon souci a toujours été de faire de ma pratique artistique un reflet de ma spiritualité, une expression de mon espérance sans tomber dans un art de « propagande ». Je considère que ma démarche s'inscrit dans le projet divin de faire de chacun de nous des conquérants de la terre selon le texte de Genèse 1:26. La création attend notre implication et la mienne consiste à montrer, avec les outils de l'art, les signes de la présence du divin autour de nous. C'est pourquoi mon travail dont je conserve la trace par la photographie constitue un indice dans la mesure où il montre une direction, celle d'un monde invisible. Les matériaux utilisés tendent à ce but.
Les matériaux
D'abord l'ocre jaune, ce pigment de terre, symbole de l'humain par son origine, la terre argileuse, et du divin par sa teinte, rappel du fond or des peintures médiévales (voir par exemple le peintre Simone Martini). Tout en rappelant le travail des artistes pariétaux de la préhistoire, le pigment, matériau premier de la peinture, marque une essentialité comme un rappel du geste premier de Dieu lorsqu'il a utilisé l'argile pour façonner l'homme. L'ocre déposé revient très vite à la terre sous l'effet des intempéries, on pourrait dire redevient poussière, décrivant ainsi le cycle de la vie. J'aime l'éphémérité de mes interventions, cette métaphore de la vie qui apparaît à la fois comme un souffle mais également comme un trésor délicat et précieux.
Ensuite le papier, artefact délicat peint à l'ocre jaune, véhicule une émotion. Il me sert à sculpter, comme le pigment à peindre. Les objets obtenus sont d'abord sculpture, qu'ils soient tissage, tente ou autre. Ils sont chargés de donner sens à l'espace comme le pigment le fait pour les surfaces. L'objet est ensuite défait pour garder le concept d'éphémérité.
La marche
En fait l'oeuvre première est la marche. Marcher c'est récapituler l'activité fondamentale de l'homme. Non pas simplement se déplacer mais arpenter le monde, le fouler, l'investir, l'habiter (de habere, posséder). Mais à la manière d'un nomade ou d'un voyageur. A l'image d'Abraham parcourant Canaan, y prospérant sous des tentes tout en ayant les regards fixés sur un ailleurs, la cité d'en haut. La marche est l'outil idéal pour découvrir le monde et non le traverser en aveugle. D'ailleurs le regain actuel de cette pratique est une réaction salutaire à la pression exercée par la société gourmande de vitesse et d'instantanéité. C'est que la marche oblige à prendre du temps et à regarder le monde à hauteur d'homme. Une façon d'expérimenter le transitoire pour appréhender l'éternel.
Mon travail s'inspire des pratique du nomadisme pour dire mon état de voyageur sur terre. Mon équipement est léger et les moyens plastiques minimaux, le nomadisme interdisant l'accumulation. Je me sers des matériaux trouvés sur place pour mes sculptures.
Les travaux réalisés pendant la marche sont un point de vue, dans le sens photographique, sur les paysages traversés et une réponse plastique à la sollicitation de ces espaces. Je cherche la formule pertinente qui fera sens. C'est une manière de nommer le monde pour y manifester mon appartenance.
La photographie
La photographie pérenise les oeuvres réalisées, leur donne un avenir lors même qu'elles ont disparu. Elle devient l'unique témoignage des moments vécus pendant la marche.
L'image acquiert ainsi un statut d'oeuvre à part entière, elle est lieu d'émergence de l'invisible, les interventions ocre jaune devenant incarnation de la lumière dans le paysage. Une lumière révélée dans l'argile. Je cherche le cadrage qui intègre les oeuvres dans le lieu et non pas un cadrage serré sur celles-ci. L'oeuvre seule m'intéresse moins que sa relation avec l'entourage.
Au total l'oeuvre est multiple, à la fois une marche, une peinture ou sculpture et une photographie de paysage.
L'art comme métaphore de la vie
En sortant de l'atelier clos et en quittant le chevalet j'ai le sentiment d'avoir relié l'art à ma vie. Mon métier de jardinier, ma spiritualité, ma pratique artistique marquent une continuité. Une simple marche familiale peut devenir une occasion de méditation et de création artistique sans rupture, sans hiatus. Je peux créer n'importe où lors même que le lieu s'y prête, jardin, campagne, montagne ...
En construisant une oeuvre puis en la défaisant j'évoque le caractère transitoire de la vie et en même temps son caractère divin. L'oeuvre finale est un objet de méditation au sens ouvert, un territoire d'émotion et de révélation.
Une vision poétique et spirituelle du monde
La couleur jaune me permet, à partir de ce qui est déjà là, de « rendre visible l'invisible » (Paul Klee), fonction majeure de l'art, et ainsi de lever un coin du voile sur un autre monde, en l'occurence le royaume de Dieu et ses réalités spirituelles. Entendons-nous bien il ne s'agit pas d'illustrer mais de poétiser, c'est à dire créer en relation avec ce monde nouveau qui se prépare et qui viendra renouveler un jour la création actuelle par la lumière, le beauté, la pureté. Ainsi, par exemple, les sculptures en forme de tente ou de cabanes évoquent autant notre condition de nomade que la protection de Dieu ou la tente du soleil du psaume 19. Le jaune solaire exhalte ces réalités tout en les incarnant. Cette poésie comble le manque dans la description rationnelle que l'on peut faire du monde qui nous entoure.
" [...] le présent, le visible ne compte tant pour moi, n'a pour moi un prestige absolu qu'à raison de cet immense contenu latent de passé, de futur et d'ailleurs, qu'il annonce et qu'il cache. " (Andy Golsworthy)
J'arpente le monde, je prends sa mesure pour l'habiter, l'investir de ma présence, certes fragile et précaire, mais tellement signifiante aux yeux de Celui qui nous a dit d'aller.
Christian Berbié















