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Une visite bien particulière
Début 2010, jusqu’au 21février, se tenait à Paris au Grand Palais, dans le cadre de Monumenta, une exposition-événement bien singulière. Christian Boltanski y présentait une installation monumentale, faite de chiffons et de vêtements. Une installation rudimentaire, minimaliste sur le thème entre autre de la mort.

J’en suis sorti passablement remué et heureux de me retrouver sur le trottoir des Champs-Élysées à respirer l’air froid et à me réjouir de la vie. Pourtant Boltanski n’a rien montré de macabre, de grotesque. Il n’a pas dépeint l’horreur de la mort. Il n’a fait qu’exposer des vêtements usagés. L’auteur explique d’ailleurs que cette impression que l’on a en sortant fait partie de son œuvre. Et ce n’est pas tout. Le spectateur se promène carrément dans celle-ci. Il est en immersion, surtout que l’artiste nous fait baigner dans une ambiance sonore très obsédante: des battements de cœurs par milliers.
Si je vous raconte cette visite, c’est qu’elle a déclenché en moi toute une réflexion sur nos activités dominicales. Nous pratiquons des cultes-musées au lieu de mettre le croyant en immersion dans une "installation" d’où il va sortir passablement remué. Je vois d’ici votre regard interrogateur! Qu’est-ce que Boltanski a à voir avec nos manifestations du dimanche matin?

 


Comme au musée

Lorsque je parle de musée, ce n’est nullement péjoratif. Le musée du Louvre, pas loin du Grand Palais, est un des plus prestigieux au monde. Ce dont je veux parler, c’est de la manière dont on aborde les présentations dans un musée. Au Louvre, on se promène devant les œuvres exposées et non à l’intérieur de celles-ci. On les jauge religieusement. Si possible en silence. On a un papier d’explication à la main. C’est interdit de toucher les tableaux. Lorsqu’un guide vous accompagne, il vous décortique le tableau, d’une manière souvent très docte et vous êtes éblouis par ses connaissances artistiques.
Un peu (beaucoup!) comme dans nos cultes. Le pasteur invite à vivre le culte comme une visite de musée. Il présente des "tableaux" qu’il explique à merveille. En long et en large, en grec et en hébreu, en version historico-critique ou en fondamentaliste qui s’assume. Même la Sainte-Cène est prise comme si on était à l’extérieur de l’événement, amplifié encore par la "gobeletisation" du vin et peut-être dans le futur par la mise sous cellophane du pain. On a tenté de rectifier un peu cette froideur et rigueur toute protestante en se faisant serrer les mains aux gens, au début du culte. On a cru améliorer l’expérience par une louange où l’on n’a fait qu’aligner les chants les uns après les autres, mais en ne créant pas une symbiose avec le public présent. Toujours dans le style "musée": on regarde la louange, plus qu’on ne la vit.
La visite du musée est une expérience culturelle toujours actuelle. Loin de moi de vouloir décrier cette pratique. Simplement, il faut savoir que la visite classique du musée attire de moins en moins de monde. Par contre il faut admettre que le genre d’événement, comme au Grand Palais, a le vent en poupe, car il correspond à ce que les gens recherchent. Certains me diront que l’église n’est pas là pour faire plaisir aux gens. Pourquoi Dieu se serait-il donné tant de peine pour créer le monde dans toute sa splendeur, s’il n’avait pas en vue aussi le plaisir de l’homme? Et puis, entre nous, visiter l’installation de Boltanski, n’est pas directement une partie de plaisir. Cet artiste est pour moi un pédagogue. Il "prêche". Il enseigne. Il questionne. Il provoque la réflexion qui m’amène même à écrire un article sur le sujet. C’est le rêve de chaque pasteur que le croyant parle encore du culte le lundi matin!

Un culte "immergent"

Mais revenons à notre sujet. Qu’est-ce qu’un culte en immersion? L’installation du Grand Palais peut nous donner quelques pistes de réflexion. Permettre l’immersion, c’est d’abord s’occuper de l’espace ou plutôt c’est occuper un espace. Boltanski et on le voit sur la vidéo, remplit son espace. Il n’a pas mis son œuvre dans un coin, il a pris toute la place. Chaque période culturelle de l’église définit son espace culturel. Dans un musée classique vous ne pouvez pas présenter du Boltanski. Dans une cathédrale avec chaire monumentale et bancs en rang d’oignons, il est difficile de jouer l’immersion. Il faut rester dans la muséographie classique. Si vous garder l’estrade et le pupitre de prédication face au public vous êtes dans la logique du musée. Si vous enlevez le pupitre, mettez votre groupe de louange au milieu de votre auditoire assis en rond, vous créer un début d’immersion. En immersion on fait d’abord ressentir et la réflexion se déclenche par le ressenti, comme moi qui ai commencé à réfléchir en sortant du Palais. J’ai lu des explications et des commentaires par après. Lorsque le prédicateur lui-même est au milieu des gens et pas au-dessus, il est aussi en immersion. Il prendra en compte les remarques de ses auditeurs. Il les suscitera même. C’est tout un art et la lecture de la prédication est à remiser au musée. Immersion est synonyme de faire corps avec. Le toucher est important pour se sentir relié et Dieu a prévu des gestes de bénédictions qui font appel au toucher. Je suis de culture calviniste et j’ai horreur de toucher les autres, de les embrasser, de les serrer dans mes bras, pourtant je constate que la culture d’aujourd’hui demande ce genre d’attitude.
Prêcher dans ce contexte, c’est aussi faire corps avec, dans le sens spirituel du terme. Mes émotions s’impliquent dans mon sermon et je partage volontiers avec les autres mes propres expériences et je tiens compte de ce que les autres vivent.
Dans l’installation de cet artiste d’origine polonaise, on voit les gens circuler au milieu de l’œuvre. Comment pourrait-on transposer cette "promenade" au milieu de la présentation? Va-t-on laisser les gens entrer et sortir comme ils veulent, au gré de leurs envies? A mon avis, il faudrait plutôt interpréter cette manière de faire dans un sens allégorique. Nous devons laisser aller les gens à leur rythme de découverte et d’exploration. Ce n’est pas grave si l’auditeur décroche pendant un sermon, s’il est accroché par quelque chose d’autre. Nous avons souvent des mentalités d’instituteur spirituel. Tout le monde doit apprendre les mêmes choses au même moment.
Cette approche "immergente" nous amène dans une autre problématique. Le protestantisme classique nous a enseigné la foi avec beaucoup de bonheur et de résultats tangibles. C’est une foi par enseignement, à la manière scolaire ou pour coller à notre image de début, «selon le musée». La foi par immersion prendra le relais. Le croyant se sentira sauvé parce qu’il fait partie d’un corps spirituel et non plus parce qu’il croit à un corpus doctrinal.

Conclusion

Rappelez-vous, Boltanski déplace des foules avec des chiffons. Il n’y a pas forcément besoin de techniques hyper sophistiquées pour toucher le cœur des gens d’aujourd’hui. La seule chose importante, c’est d’avoir du talent et l’aide du St Esprit.

Henri Bacher

Présentations en vidéo de l’installation de Botlanski au Grand Palais à Paris:

** Voir l’nterview (en anglais) de Botlanski **

** Voir l’  "installation" au Grand Palais **


 

 

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