
« L’Eglise en tant qu’ekklesia est l’assemblée des croyants, le corps du Christ vivant et dynamique dont chacun des membres contribue à faire communauté. Or, depuis de longs siècles et le temps des cathédrales notamment, la notion d’Eglise est associée pour le plus grand nombre de nos contemporains à des bâtiments. On trouve là une tension qui invite à sans cesse revisiter la vocation de ce qu’est la véritable Eglise. Curieusement, j’ai pour mission de faire un état des lieux ! Paradoxe révélateur d’une Eglise qui au-delà de ses lieux gagnerait à mettre l’accent sur les liens dont elle devrait être le moteur : des liens d’adoration entre les croyants et Dieu, des liens de fraternité entre les croyants et des liens de témoignage entre les croyants et les incroyants. Or c’est précisément parce que certaines Eglises aujourd’hui peinent parfois à faire vivre ces liens de manière adaptée et satisfaisante que l’Eglise émergente s’est développée. Essayons donc de faire un état des lieux, ou si vrous préféez un état des liens, du courant de l’Eglise émergente. Pour ce faire, je poserai quelques jalons socioculturels pour introduire les rapports entre Eglise émergente et la culture émergente. Je tenterai ensuite de définir le courant de l’Eglise émergente, avant d’esquisser une typologie. Je décrirai ensuite quelques caractéristiques des Eglises émergentes, et enfin, j’évoquerai certains enjeux liés à l’essor de ces nouvelles formes d’Eglise en questionnant leur pertinence. GMMM.
L’Eglise émergente dans la culture émergente
Commençons donc par évoquer quelques jalons qui caractérisent la culture émergente afin de mieux comprendre le contexte dans lequel l’Eglise émergente se développe. Il ne s’agit pas ici de développer ces points, car même si cela était par ailleurs intéressant, le but est simplement de poser le « décor » dans lequel le mouvement de l’Eglise émergente se construit. Voici donc quatre éléments clés qui nous semblent caractériser notre société actuelle et avoir une influence jusque dans la manière de concevoir l’Eglise.
La culture émergente est postmoderne
La modernité caractérise une époque que l’on peut faire remonter jusqu’au XVIe siècle et qui a été marquée par l’essor de la rationalisation et de l’individualisme. La postmodernité est à la fois un large phénomène culturel et sociologique, et une idéologie. Elle touche donc à de nombreux domaines et a de nombreuses facettes. Millard Erickson en cite plusieurs[1] : la vérité n’est plus quelque chose d’objectif ; il n’y a pas de valeurs universelles, chacun pose ses propres standards ; les relations priment ; l’éthique est moins importante que l’étiquette ; faire quelque chose de mal est moins mauvais que dénoncer quelqu’un ; toutes les opinions sont respectables ; l’intention est le plus important. Il montre que la postmodernité touche tous les domaines de la société [famille, université, politique, sport, religion, finances, etc.].
On peut alors légitimement s’interroger sur la place de Dieu, de la foi et de l’Eglise dans ce contexte postmoderne. Dans son chapitre, « L’Evangile et le contexte postmoderne » [2]Stanley Grenz invite à donner corps à un Evangile qui soit post-individuel [si les prises de position individuelles restent importantes, elles ne peuvent plus aller sans un sens aigu de la communauté], post-rationnel [notre approche de l’Evangile ne doit pas être anti-intellectuelle, mais la dimension intellectuelle doit être mise dans la perspective d’une expérience humaine et les tentatives de donner du sens à la vie], post-dualiste [le holisme chrétien postmoderne, dit-il, va au-delà de la réunion de l’âme et du corps mais inclut la dimension sociale : le relationnel], et post-noeticentrique [le but de l’existence n’est pas d’accumuler des connaissances mais d’atteindre une certaine sagesse].
Ceci étant, la notion de postmodernité est plurivoque. Si le préfixe « post » associé à la notion de modernité met en évidence une forme de dépassement de la modernité, ce dépassement peut prendre plusieurs orientations. Il me semble qu’il existe aujourd’hui trois axes de la postmodernité. Une postmodernité réactionnaire, où du fait des conséquences considérées comme négatives de la modernité, il s’agit de revenir en arrière. C’est ce qui amène les fondamentalismes. Il existe aussi une postmodernité qui est une radicalisation ou une exacerbation de la modernité, appelée par certains : ultramodernité ou hypermodernité. C’est ce qui amène une forme de déconstruction ou de libéralisme. Et puis il existe une troisième forme de postmodernité plus reconstructiviste qui cherche non pas à renoncer aux valeurs modernes pour revenir en arrière, ni à entrer dans une démarche de déconstruction, mais qui cherche une nouvelle synthèse culturelle qui corrige les erreurs et compense les faiblesses de la modernité, sans nier ni rejeter ce qu’il y a de juste, de vrai et de positif dans la modernité. Certes les frontières entre ces trois postmodernités ne sont pas étanches, et il y a des éléments transversaux qui peuvent créer des ponts entre ces différentes conceptions, cependant si la postmodernité me semble être une notion qu’on ne peut pas nier, ses orientations sont tellement multiples que tout le monde ne dit pas forcément la même chose pour parler de sa réalité.
La culture émergente est postchrétienne
On considère aujourd’hui qu’en France, moins de 5 % de la population fréquente une Eglise chaque semaine. Et on pourrait multiplier les statistiques pour illustrer à quel point au cours des dernières décennies nos sociétés vivent une mutation fondamentale vis-à-vis des Eglises. Nos sociétés dites chrétiennes ne le sont plus vraiment, en tous cas au sens où on l’a longtemps entendu. Les Eglises ont de plus en plus de mal à susciter l’adhésion à des croyances et à des pratiques chrétiennes au sein de la société. C’est le constat que fait Stanley Hauerwas quand il affirme dans son livre After Christendom ? : « La fracture cruciale de notre temps n’est pas − comme souvent affirmé − entre la modernité et la postmodernité, mais lorsque l’Eglise perd la capacité de façonner les désirs et les habitudes de ceux qui prétendent être chrétiens » [3] En chrétienté, l’Eglise avait de l’impact sur la société et d’une certaine manière façonnait la vie des gens et des Etats ; maintenant que cette influence est en perte de vitesse là où elle n’a pas encore disparu, on peut donc dire que nous sommes entrés en postchrétienté.
Pour Stuart Murray, « la postchrétienté est la culture qui émerge au moment où la foi chrétienne perd sa logique au sein d’une société qui a été modelée par le récit chrétien et alors que les institutions qui ont été construites pour exprimer les convictions chrétiennes perdent leur influence » [4] Ceci étant, la postchrétienté n’implique pas nécessairement un effacement de la foi chrétienne. A terme, certaines Eglises sont menacées d’extinction. Une implosion n’est pas impossible. Mais pour Murray, l’avenir dépend de nous : « Il dépend de la manière dont nous serons capables de ré-imaginer le christianisme dans un monde que nous ne contrôlerons plus. La chrétienté est mourante mais un christianisme nouveau et dynamique peut renaître de ses cendres » [5] De plus, la postchrétienté ne sera pas la même que la préchrétienté. Certes cette dernière nous apparaît comme un exemple dans la mesure où la foi chrétienne s’y répand, indépendamment des compromissions historiques qui se mettent ensuite en place. Mais la chrétienté, en se retirant, laisse des traces à la fois positives et négatives : « Comme héritiers de la chrétienté, nous devons décider quels sont les bagages qui nous alourdissent et que nous devons abandonner, et les précieuses ressources qui peuvent nous accompagner dans la poursuite du voyage » [6] Michel Benoit affirme : « La chrétienté fout le camp ? Oui, c'est fait. Cette période-là est arrivée à saturation, comme tant d'autres avant elle. C'est la fin d'un monde, mais ce n'est pas la fin du monde » [7] Aurons-nous la créativité, l’audace, le courage et l’imagination pour inventer les nouveaux modes de la foi dans la lignée de Jésus ? C’est en quelque sorte le défi que cherche à relever le courant de l’Eglise émergente.
La culture émergente est ouverte à la spiritualité
Si nous vivons aujourd’hui en postmodernité et en postchrétienté, il importe de souligner que cela n’est pas contradictoire, bien au contraire, avec une soif de spiritualité. Il s’agit ici de distinguer entre deux choses qui n’ont pas toujours été distinctes mais qui le sont devenues aujourd’hui. D’un côté il y a la religion, les Eglises vues comme des institutions et les exigences doctrinales et morales qui vont avec. Cela est grandement rejeté par nos contemporains. Mais d’une autre côté, il y a la foi, la spiritualité, la quête de sens, la recherche d’une transcendance... Cela reste d’actualité. Dan Kimball parlant des nouvelles générations n’hésite pas à affirmer qu’elles « aiment Jésus mais pas l’Eglise »[8]. Luc Ferry et Marcel Gauchet vont d’ailleurs jusqu’à débattre ce que qu’ils appellent « Le religieux après la religion »[9]. Sans parler du fait que certains, comme André Conte-Sponville, plaident pour une spiritualité laïque, sans Dieu[10].
En tous cas, nous vivons aujourd’hui dans un monde de tolérance presque total. « Crois ce que tu veux, si cela est bien pour toi ». Alors que les Eglises se plaignent de leurs bancs vides, la recherche de spiritualité augmente. Le voyage spirituel de chacun, définit sa foi. Celle-ci est de moins en moins basée sur des doctrines mais sur des expériences. La religion institutionnelle est abandonnée en faveur d’une religion bricolée avec des contenus trouvés dans le supermarché des religions. Cette nouvelle spiritualité pose donc de nouveaux défis car elle n’est souvent plus liée à des autorités traditionnelles, mais est plutôt un choix individuel et une interprétation personnelle de la vie.
C’est dans cette dynamique que Grace Davie a développé la théorie selon laquelle la manière de vivre la religion aujourd’hui est un « believing without belonging »[11]. Les gens croient, mais sans appartenir à une communauté religieuse. Danièle Hervieu-Léger nuance et décrit différemment le monde religieux. Pour elle il est tout à fait possible d’appartenir à une Eglise sans croire, et il existerait donc aussi un « belonging without believing » [12]. Il y a là deux positions qui semblent opposées mais qui ne s’excluent pas. Il existe des gens qui appartiennent à une Eglise à cause de la tradition, mais qui ne croient pas vraiment ou au moins ne pratiquent pas leur foi. En même temps, comme le propose Grace Davie, il y a la tendance à croire sans appartenir à une Église. Reprenant les deux figures proposées par Danièle Hervieu-Léger, le pèlerin et le converti comme figures possibles du nouveau croyant à côté de la figure classique du pratiquant, Frédéric de Coninck souligne que « le converti correspond sans doute à une des tendances de la société actuelle : la valorisation des relations amicales, des groupes d’échange et l’expression publique des émotions. Mais le pèlerin en représente une autre face : une grande mobilité, des appartenances révisables, un fonctionnement en réseau, un brassage de multiples liens et communications ». Et il insiste alors sur l’importance de « nous attendre à rencontrer une recherche spirituelle qui se moule dans ce type d’inscription sociale et pas seulement dans le mode communautaire du converti »[13]. Néanmoins, l’homme a besoin que son expérience religieuse soit légitimée, que son authenticité soit attestée d’une manière ou d’une autre. Donc, même s’il se veut indépendant, il reste interdépendant. Il n’est pas possible de se séparer totalement des autres, de sa culture, de son environnement ni de sa tradition. Les Eglises émergentes peuvent-elles réussir à prendre en compte cette soif de spiritualité tout en évitant les écueils de l’individualisme spirituel ? C’est en tous cas un autre de ses défis.
a culture émergente est googlelisée
L’essor de nouvelles technologies a profondément changé notre manière de concevoir le monde, et même de réfléchir, d’être en relation. Au-delà de médias nouveaux qui amènent des changements sur les moyens de communiquer, cela a aussi une influence bien plus profonde, que l’on peut considérer comme la googlelisation des esprits. Nicholas Carr montre bien l’impact de ces nouvelles technologies[14]. Cela affecte nos modes de cognition, encourageant à la lecture fragmentée, à la pensée dispersée, aux contenus accessibles dans l'instant, aux grandes étendues de connaissances, hélas plates comme des crêpes. Il affirme que nous n'avons plus la patience de lire plus de trois paragraphes ou trois pages à la suite sans que notre attention soit distraite par un lien hypertexte, l'arrivée d'un email, un bip ou un clic. Du coup, l'esprit se déplace horizontalement à la surface du savoir et de l'information, perdant la verticalité de la lecture lente, celle de l'épaisseur culturelle, des associations d'idées, des intuitions, de l'interprétation et non du simple décodage d'informations instantanées.
Comme le montre Henri Bacher[15], il va sans dire que la nouvelle culture qui se développe sous nos yeux et surtout par nos écrans, a plus à voir avec l’oralité qu’avec la culture de l’écrit. Notre communication se fait par pictogrammes interposés, par images animées, par gestes, par chansons, par flux audio ou vidéo. Sur des écrans de plus en plus petits et de plus en plus performants, comme les smartphones et autres tablettes numériques. Or face à cette nouvelle ère de l’oralité numérique, les Eglises se donnent l’impression qu’ils s’adaptent en transposant les anciens contenus sur les nouveaux supports, sans en changer ni le contenu, ni la forme. Pourtant c’est bien en mettant en œuvre des changements plus radicaux que les Eglises pourront relever le défi de mettre en phase l’Eglise avec la culture googlelisée de nos contemporains. Il s’agit donc de s’interroger sur comment transposer un contenu destiné à des lecteurs à un contenu destiné à la culture orale ; comment repenser la théologie destinée à des gens lettrés pour des gens qui appréhendent la réalité d’une autre manière, celle de l’homme oral ?
Les changements socio-culturels ici très [trop] rapidement évoqués posent la question de l’adaptation culturelle de l’Eglise. L’Eglise a-t-elle pour vocation, dans un monde où tout change, de ne pas évoluer et de témoigner de ce qui est immuable ou bien d’accompagner les mutations afin de mettre en valeur l’actualité toujours neuve de l’Evangile. « Toutes les Églises sont prises aujourd’hui dans ce débat entre tradition et innovation. Reproduire ou traduire ? Préserver le "dépôt de la foi", ou risquer des mots qui renouvellent ? Comment l’Église va-t-elle assumer cette situation nouvelle, et s’inscrire dans cette mutation ? Entre les modèles dont elle a hérité, et la nouveauté qu’elle affronte, entre enracinement et itinérance, comment va-t-elle prendre corps ? »[16]. A cette question posée, Brian McLaren répond sans détour : « Vous voyez, si nous avons un nouveau monde, nous aurons besoin d’une nouvelle Eglise. Nous n’avons pas besoin d’une nouvelle religion en soi, mais d’un nouveau cadre pour notre théologie. Pas d’un nouvel Esprit, mais d’une nouvelle spiritualité. Pas d’un nouveau Christ, mais d’un nouveau type de chrétiens. Pas d’une nouvelle dénomination, mais d’un nouveau type d’Eglise. […] Or la réalité est là, il y a un nouveau monde »[17]. L’Eglise émergente se veut être ce nouveau type d’Eglise en phase avec le nouveau monde dans lequel nous vivons. Essayons donc d’en dresser les contours et de définir ce que l’on peut entendre par Eglise émergente.
L’Eglise émergente, un concept aux frontières flexibles.
Les Eglises émergentes couvrent une réalité multi facettes, dans des lieux géographiques très divers, et touchent un large champ de traditions confessionnelles. Apparues aux Etats-Unis, en Australie et en Nouvelle-Zélande, en Grande-Bretagne et dans d’autres pays de l’Europe de l’Ouest à la fin du XXe siècle et au début du XXIe, l’émergence de ces nouvelles formes d’Eglise a été décrite par ses promoteurs comme un mouvement[18], un courant[19], un processus[20], une conversation[21], un état d’esprit[22]. Certains évoquent une Eglise liquide[23], une Eglise organique[24] ou encore de nouvelles expressions d’Eglise[25]. Il est vrai que sous le vocable d’Eglises émergentes, on trouve tout un spectre d’initiatives diverses et variées. C’est pourquoi, autant que faire se peut, il importe de tendre vers une définition des Eglises émergentes, de montrer qu’elles sont partie intégrante de la dynamique d’une histoire en marche, mais aussi d’apporter quelques précisions terminologiques et conceptuelles.
Voici l’une des définitions les plus répandues et les plus appréciées à propos des Eglises émergentes. « Les Eglises émergentes sont des communautés qui pratiquent la voie de Jésus au sein des cultures postmodernes »[26]. Une des critiques que l’on peut faire à cette définition est qu’elle est trop large et pourrait finalement plus ou moins s’appliquer à toutes les Eglises. Il est vrai que les Eglises émergentes touchent au domaine de l’innovation et concernent une réalité mouvante, ce qui rend toute définition forcément incomplète. C’est pourquoi, il n’y a pas d’unanimité à propos d’une définition précise et exhaustive à propos des Eglises émergentes. De nombreuses définitions se côtoient, et pour définir aussi bien que possible ce dont on parle, on ne peut éviter de passer par cette diversité de définitions.
Dans leur livre Emerging Churches, Eddie Gibbs et Ryan Bolger, les auteurs de la définition évoquée, précisent leur pensée. S’il est clair qu’elles ont de réelles différences entre elles, les Eglises émergentes ont aussi de nombreux points communs et c’est en s’appuyant sur ces objectifs partagés qu’ils ont proposé une définition assez consensuelle et plus complète que celle souvent retenue. Pour eux, « les Eglises émergentes sont des communautés missionnelles qui voient le jour dans la culture postmoderne et qui sont constituées de suiveurs de Jésus qui cherchent à être fidèles à leur lieu et leur temps »[27]. Dans cette définition, on trouve notamment deux éléments clés concernant les Eglises émergentes : le désir d’une certaine adaptation de l’Eglise à la culture postmoderne, et une dimension d’évangélisation le plus souvent appelée missionnelle[28] pour que l’Eglise contribue à ce que des personnes sans culture d’Eglise, ni foi engagée, puissent développer une relation personnelle et communautaire avec le Christ.
Dans la même veine, selon Brian McLaughlin, « le mouvement de l’Eglise émergente est une conversation en cours à travers le monde à propos de la manière dont l’Eglise chrétienne doit répondre et être engagée dans la culture postmoderne émergente afin de continuer à faire progresser la mission de l’Eglise »[29].
Les Eglises émergentes développent le plus souvent une approche flexible de la foi, la considérant plus comme un cheminement que comme une destination. L’utilisation de moyens de communication modernes tels que l’Internet, l’image, la vidéo, y est fréquente. La créativité est prédominante ainsi qu’une vision holistique du rôle de l’Eglise dans la société. Ainsi, pour Henk De Roest, « une Eglise émergente commence avec le désir missionnel de démarrer une Eglise dans un environnement informel, dans le contexte et la culture du groupe impliqué »[30]. Dans la même lignée, Bruce Sanguin parle des Eglises émergentes comme de « congrégations qui relèvent les défis du monde postmoderne avec créativité et vitalité »[31].
Cependant, Jonny Baker reconnaît que l’expression Eglise émergente est un terme attrape-tout. Mais, « c’est pour cela que je l’aime bien » dit-il. « L’Eglise, telle que nous l’avons héritée, ne marche plus pour de nombreux groupes de la population. Le monde a tellement changé. Ainsi, je pense que le terme Eglise émergente n’est rien de plus qu’une manière d’exprimer que nous avons besoin de nouvelles formes d’Eglises qui soient en lien avec la culture émergente »[32].
Pour Scot McKnight, « il n’existe pas d’ "Eglise" émergente. C’est un mouvement ou une conversation. […] Les leaders sont déterminés, à ce stade, à éviter que cela devienne autre chose qu’une association aux contours imprécis de ceux qui veulent explorer la conversation à propos de la foi chrétienne, de la mission chrétienne et de la praxis chrétienne dans ce monde qu’est le nôtre, et ils veulent explorer cette conversation avec liberté et impunité quant aux questions de doctrines »[33]. Il ajoute que le mouvement de l’Eglise émergente n’est pas défini par sa théologie. Ce serait lui faire violence. En effet, le mouvement émergent n’est pas d’abord connu pour ses innovations doctrinales, ou pour ses positions confessionnelles. Ceci étant, il est clair que tout mouvement est « théologique » dans un sens ou un autre, ce qui est donc le cas pour l’Eglise émergente. Mais « il faut garder à l’esprit que ce n’est pas un mouvement "réformé" avec un nouveau tournant, ou un mouvement "anabaptiste" avec de nouveaux leaders, ou encore un mouvement "wesleyien" apparaissant des siècles plus tard. Il est plus juste de voir le mouvement émergent comme une conversation à propos de théologie, mais avec toutes sortes de théologies représentées, avec de nombreuses personnes qui adhèrent aux crédos classiques dans de nouvelles tonalités »[34].
Si dans la première partie de sa définition, Mark Driscoll évoque cette notion déjà mentionnée du lien entre Evangile et culture, il met en évidence et accepte la tension que cela implique : « L’Eglise émergente est un mouvement qui se développe mettant en liens principalement de jeunes pasteurs qui sont heureux de voir se profiler la fin de la modernité et qui cherchent à fonctionner en tant que missionnaires qui apportent l’Evangile de Jésus-Christ aux cultures émergentes et postmodernes. L’Eglise émergente accueille favorablement la tension qui existe dans le fait de tenir dans une main fermée la vérité qui ne change pas de la théologie chrétienne évangélique et de tenir dans une main ouverte les différentes approches culturelles permettant de montrer et de présenter la vérité chrétienne en tant que missionnaire »[35]. Rowan Williams, l’archevêque de Canterbury, dans la préface du rapport Mission Shaped Church qui a initié de très nombreuses expériences d’Eglises émergentes[36] en Grande-Bretagne va également dans le sens de permettre des expressions d’Eglise qui soient fidèles à la fois au Christ mais aussi à l’époque et au lieu dans laquelle l’Eglise vit : « Si l’Eglise est ce qui advient quand des gens rencontrent Jésus le ressuscité et s’engagent à faire perdurer et approfondir cette rencontre dans leurs rapports avec autrui, alors il existe un large espace théologique pour une diversité de rythme et de style, du moment que nous avons les moyens d’identifier le même Christ vivant au cœur de chacune des expressions de la vie chrétienne commune »[37].
Les différents types d’Eglises émergentes
Nombreux sont les critères qu’il est possible de prendre en compte pour faire une typologie, mais probablement que les deux approches qui peuvent paraître comme les plus évidentes sont les approches géographiques et confessionnelles. Le courant de l’Eglise émergente se développe dans les pays occidentaux marqués par la postmodernité et plus encore la postchrétienté. A l’intérieur de ce champ géographique, peut-on distinguer des différences entre les pays ou les continents. Cela est probablement le cas dans une certaine mesure. En effet, le courant de l’Eglise émergente aux Etats-Unis est assez différent du mouvement qui se développe en Europe. A l’intérieur même de l’Europe, on trouve des distinctions assez marquées. Néanmoins, évoquer qu’il existe des nuances, voire des différences, entre les différentes Eglises émergentes selon les pays, pour des raisons linguistiques ou culturelles, ne permet pas de distinguer les différences ecclésiologiques réelles. De plus, il est difficile de déconnecter cette dimension géographique de la dimension confessionnelle, les pays étant parfois marqués par l’une ou l’autre confession dominante. C’est ainsi par exemple qu’en Angleterre, les Eglises émergentes ont un lien prédominant avec l’Eglise anglicane alors qu’aux Etats-Unis, les Eglises émergentes se sont beaucoup développées dans les milieux évangéliques.
Il est vrai que bon nombre de confessions sont entrées dans le débat émergent et chacune à sa manière y contribue et l’encourage. On trouve ainsi un nombre étonnant de sites Internet marqués confessionnellement et liés à l’Eglise émergente. Chez les catholiques on trouve Cathlimergent[38] ; chez les luthériens Luthermergent[39]. Les anglicans ont développé Anglimergent[40] ; les presbytériens Presbymergent[41] ; les baptistes Baptimergent[42] ; les Assemblées de Dieu Emerging Pentacostal[43] ; les quakers Convergent Friends[44] ; les méthodistes EmergeUMC[45]. Une des difficultés d’établir une typologie des Eglises émergentes tient entre autre au fait que la conversation qui les unit ne consiste pas en une discussion prioritairement sur les fondements de la foi chrétienne. C’est ainsi que les catégorisations classiques qui ont donné les différentes confessions ne sont pas adaptées pour faire le tri. Il faut bien reconnaître que la majorité des innovations proposées par le courant de l’Eglise émergente se situe au niveau des pratiques plus qu’à un niveau épistémologique. C’est la raison pour laquelle il semble adéquat de se centrer sur les pratiques des Eglises émergentes comme critère clé pour réfléchir à une typologie des Eglises émergentes. Il ne s’agit pas seulement d’observer et de décrire ces pratiques et de les cataloguer, mais de prendre en compte le lien entre les objectifs prioritaires que se donnent ces nouvelles formes d’Eglises et les moyens de leurs intentions. On peut distinguer trois centres de gravité qui peuvent définir, même si les frontières ne sont pas étanches, trois types d’Eglises émergentes.
Des Églises centrées sur la mission
Pour de nombreux pionniers du courant de l’Eglise émergente, la dimension de la mission dans laquelle l’Eglise est invitée à s’engager est évidente. C’est la prise de conscience de cette responsabilité missionnelle qui a contribué à l’émergence d’Eglises qui ont repensé leur raison d’être en lien avec cet objectif prioritaire de l’Eglise.
C’est le cas des Eglises-cafés qui ont vu le jour afin de vivre la mission et s’adapter à la réticence croissante vis-à-vis des formats d’Eglises classiques. Dans certains cas, certaines Eglises existantes ou nouvellement créées ont aménagé leurs locaux d’une manière qui ressemble à un pub, ou un café, avec des tables multiples et des chaises mobiles qui permettent de créer de nombreux petits groupes dans le lieu de culte devenu non traditionnel. Cet aménagement physique va le plus souvent de pair avec un aménagement du programme d’Eglise, plus informel, plus interactif, favorisant le feed-back en petits groupes, accompagné par quelque chose à boire ou à manger. Dans d’autres cas, les choses sont plus radicales encore puisque l’Eglise se réunit dans un café public[46].
Une des manières privilégiées de vivre la mission dans le courant émergent est de le faire sous la forme d’Eglises avec une sous-culture spécifique. Il s’agit de permettre à des personnes souvent étanches à une vie d’Eglise classique de s’intégrer au travers notamment d’activités communes appréciées et donc de relations amicales dans un groupe qui cherche à vivre sa foi de manière adaptée et ouverte et qui propose donc à toute personne intéressée d’entrer dans un cheminement spirituel.
Une des variantes de ces Eglises avec une sous-culture spécifique est ce que l’on peut appeler les Eglises de jeunes, ou Eglises d’enfants. Certes, on peut récuser l’idée qu’une tranche d’âge soit considérée comme ayant une culture spécifique, mais l’esprit est précisément d’adapter l’Eglise à un groupe homogène. Face à la recrudescence de jeunes qui ne fréquentent plus les Eglises de leurs parents, nombreux sont ceux qui ont cherché à pallier à cette situation et ont donc proposé diverses initiatives.
Parmi les Eglises émergentes centrées sur la mission, on peut aussi trouver les Eglises dans les milieux professionnels. Celles-ci peuvent se réunir soit au sein d’une entreprise donnée, soit dans un lieu au cœur d’un milieu d’affaires, ou dans tout autre lieu propice et facile pour y accueillir un groupe. Ainsi de nombreux chrétiens se rencontrent avec des collègues pour prier, étudier la Bible, s’apporter un soutien mutuel ou discuter d’intérêts communs. Il ne s’agit pas de faire du prosélytisme sur le lieu de travail, mais de vivre sa foi naturellement et,tout aussi simplement, de témoigner et donc d’incarner la mission de Dieu[47].
On peut enfin évoquer les cyber-Eglises. Si de nombreuses tentatives sont faites pour importer la communauté ecclésiale hors des murs habituels des bâtiments d’église, une manière plus radicale encore de le faire est de la rendre virtuelle. Il existe, il est vrai, de nombreuses cyber-Eglises, mais la majorité de celles qui nous semblent atteindre leur mission sont en fait une extension d’une Eglise réelle, avec un certain nombre de ministères vécus au travers du Web, ce qui, il faut bien le dire, correspond à l’ère du temps.
Des Églises centrées sur le développement communautaire
Si l’ensemble des Eglises émergentes ont une dynamique missionnelle indéniable, toutes n’en font pas forcément leur centre de gravité. C’est ainsi que nombre d’Eglises émergentes mettent l’accent sur le développement communautaire. Le désir d’un vivre ensemble cohérent et pertinent avec notre époque, en tant que chrétiens, et parfois au-delà, peut générer de nouveaux modes de vécu ecclésial. Les Eglises centrées sur le développement communautaire cherchent donc à privilégier l’harmonie et la richesse des relations interpersonnelles. La quête d’authenticité, de fraternité et d’édification mutuelle sont des valeurs clés de ce type d’Eglises émergentes.
Parmi les Eglises émergentes centrées sur le développement communautaire, on trouve les Eglises de cellules. Ce sont des communautés de chrétiens pour qui l’essentiel de la vie spirituelle communautaire se vit dans des groupes de maison. Une des convictions communes à l’ensemble des Eglises de cellules est que le groupe de maison est pleinement Eglise. Il existe une grande variété d’Eglises de cellules qui peuvent parfois prendre d’autres noms, tels que les Eglises de maison[48], les Eglises organiques[49] ou les simple churches[50], mais s’il y a parfois des variantes, la dynamique commune est de favoriser le développement communautaire dans la simplicité et la proximité au travers de petits groupes.
Les Eglises post-Alpha constituent une autre forme d’Eglise où l’accent relationnel spécifique du cours Alpha qui a lieu à l’occasion d’un repas, met en évidence la priorité donnée à la convivialité et à l’échange[51]. Certains participants aux cours Alpha se joignent aux Eglises existantes, mais certains considèrent que l’expérience spirituelle et communautaire vécue à l’occasion du cours Alpha est en décalage trop grand avec le vécu ultérieur en Eglise d’où certaines initiatives qui ont abouti à des communautés spécifiques que l’on peut appeler des Eglises post-Alpha et qui sont donc des réponses à ce décalage[52].
Les Eglises de projets sont des communautés ecclésiales dont l’une des activités principales consiste en un ou plusieurs projets au service de la société. Pour certaines de ces communautés, le fait d’avoir un bâtiment d’église parfois utilisé un seul jour par semaine ou à peine plus a été un élément déclencheur. Les Eglises de projets peuvent alors devenir de véritables centres communautaires où une multitude d’activités ont lieu[53]. Cela peut aller d’une activité ponctuelle de type rencontre sociale à un véritable ministère particulier au service de la population, en passant par toutes sortes de cours [alphabétisation, informatique, langue, etc.] et de services divers [écrivain public, aide dans les démarches administratives, accueil de populations particulières, aides à domicile, aide aux devoirs, etc][54].
Les nouvelles communautés monastiques sont un autre type d’Eglises émergentes centrées sur le développement communautaire. Ce nouveau monachisme intègre une variété de mouvements et de groupes dont la plupart ont une communauté dispersée et non rassemblée en un lieu unique. Ces nouvelles communautés monastiques mettent également un accent fort sur la manière de vivre la relation à Dieu de manière communautaire[55], mais on peut aussi mentionner l’importance de la prière contemplative, l’hospitalité, le soin de la création, etc.
Des Églises centrées sur l’innovation liturgique
Un troisième type d’Eglises émergentes peut être mis en évidence en lien avec l’innovation liturgique. Cela ne signifie pas que ces Eglises n’intègrent pas des accents forts sur la notion de communauté ou la notion de mission, mais ce qui marque cette catégorie d’Eglises émergentes est le fait de considérer un culte renouvelé et repensé comme étant central dans son vécu et son développement. Dans la majorité des cas, on parlera alors d’Eglises émergentes avec des cultes alternatifs[56]. Elles cherchent à connecter l’Eglise avec des segments particuliers de la culture environnante. La créativité liturgique étant une clé pour combler le fossé entre l’expérience ecclésiale et le reste de la vie, on trouve des expériences très variées et des formes très différentes de communautés émergentes, même s’il y a cette constante autour d’un culte innovant qui est central. D’un point de vue concret, voici quelques-unes des pratiques mises en œuvre par ces Eglises émergentes centrées sur l’innovation liturgique : une attention particulière sur l’espace, l’environnement, l’ambiance et le contexte du culte ; un usage créatif des nouvelles technologies, du multimédia, des arts et du symbolisme ; une dynamique participative et une prudence vis-à-vis d’un leadership trop marqué ; une préférence pour les approches narratives et les témoignages par rapport aux sermons monologues ; un usage éclectique de toutes sortes de ressources liturgiques de différents lieux, de différentes traditions, de différentes époques ; une rétablissement de rites pour un vécu multi-sensoriel[57] ; une grande ouverture à l’expérimentation et un goût pour le caractère provisoire des choses.
Quelques caractéristiques clés des Eglises émergentes
Si les Eglises émergentes couvrent une réalité multi facettes, dans des lieux géographiques divers, touchant un large champ de traditions confessionnelles et avec des pratiques et des intentions qui peuvent prendre différents axes, ce n’est pas pour autant qu’elles n’ont pas de points communs. On peut ainsi mettre en évidence un certain nombre de caractéristiques qui décrivent la majorité des Eglises émergentes[58]. D’une manière globale, les Eglises émergentes sont des Eglises [1] centrées sur Christ, [2] adaptées à la culture, [3] missionnelles, [4] orthopraxiques, [5] connectées, [6] holistiques, et [7] à la théologie narrative.
Des Eglises centrées sur Christ
Les Eglises émergentes n’ont pas à proprement parler une christologie spécifique. Simplement, ce qui les caractérise est ce désir de se centrer sur Jésus avec toute la radicalité que cela implique, y compris dans le regard critique que cela peut conduire à poser vis-à-vis du christianisme. Comme le dit Jonathan Campbell : « Connaître Jésus n’est pas un événement, un rituel, un credo ou une religion », et il ajoute : « Nous ne croyons plus en aucune religion – y compris le christianisme - mais nous croyons en l’importance de suivre Jésus »[59].
Des Eglises adaptées à la culture
Les Eglises émergentes ont porté leur attention sur la manière d’être et faire Eglise en contexte postmoderne et mettent l’accent sur l’importance d’inculturer le message de l’Evangile et le vécu de la foi. Lesslie Newbigin a affirmé : « Nous devons débuter avec le fait élémentaire qu’il n’existe pas un Evangile pur, c'est-à-dire qui ne soit pas lié à une culture. […] Toute interprétation de l’Evangile est liée à une forme culturelle »[60]. Dans la lignée de cet auteur très apprécié de nombreux leaders émergents, ces derniers mettent donc l’accent sur le fait que l’Evangile tel qu’il nous est parvenu était lui-même déjà marqué par une culture spécifique. Il s’agit maintenant de prendre en compte la culture environnante d’aujourd’hui pour y proposer et y vivre la foi de manière adaptée. Il est non seulement normal que l’Eglise évolue en fonction de la culture environnante, mais aussi qu’elle puisse prendre des formes variées en fonction de la pluralité des cultures qui cohabitent aujourd’hui.
Des Eglises missionnelles
Une autre caractéristique clé des Eglises émergentes est le fait qu’elles font de la mission un objectif prioritaire de leur raison d’être. Les Eglises émergentes insistent sur le fait que la mission est liée à la nature de l’Eglise. L’Eglise est le peuple de Dieu envoyé en mission. Si la mission est centrale pour l’Eglise, elle doit néanmoins être comprise comme étant d’abord le projet de Dieu. Les émergents en développant leur vision missionnelle de l’Eglise se situent pleinement dans la conception de la missio Dei mise en évidence par les grands missiologues du XXe siècle. Selon cette conception, Dieu n’a pas une mission pour son Eglise, mais plutôt une Eglise pour sa mission : réconcilier le monde avec lui. La mission est donc un mouvement de Dieu vers le monde et l’Eglise est un instrument de cette mission. L’Eglise émergente missionnelle cherche, du fait de cette compréhension, à renverser un certain nombre de valeurs en rapport avec la conception de la mission et notamment à abandonner une approche attractionnelle au bénéfice d’une approche incarnationnelle, comme Michael Frost et Alan Hirsch s’en font l’écho : « Si nos actions impliquent que Dieu n’est vraiment présent que lors des activités officielles de l’Eglise alors il s’ensuit que la mission et l’évangélisation impliquent simplement d’inviter les gens à ces rencontres ecclésiales. En fait, c’est un des principes de base qui fonde l’Eglise attractionnelle. […] L’approche incarnationnelle est à l’opposé de la conception attractionnelle. Au lieu de demander aux non-chrétiens de venir à nous, à nos services religieux, à nos rencontres, à nos programmes, l’Eglise incarnationnelle cherche à infiltrer la société pour représenter Christ dans le monde. […] L’Eglise missionnelle-incarnationnelle commence avec cette compréhension théologique de base : Dieu vient constamment vers ceux qui sont les plus improbables » [61].
Des Eglises orthopraxiques
Plutôt que de construire une ecclésiologie basée sur ce que l’on peut considérer comme des croyances justes, beaucoup d’Eglises émergentes se développent à partir de ce qu’elles considèrent comme étant des pratiques justes. En d’autres termes, il s’agit de valoriser non seulement l’orthodoxie mais également l’orthopraxie. Ce faisant, les Eglises émergentes cherchent à affirmer que l’Evangile ne peut être simplement connu et accepté, mais il est appelé à être vécu, expérimenté. La vérité est parfois autant relationnelle que rationnelle. Il ne s’agit donc pas simplement de valoriser l’agir chrétien comme conséquence d’un salut offert par grâce et accepté par la seule raison humaine, mais bien d’expérimenter la plénitude de la relation spirituelle initiée par Dieu. Le désir de nombre de nos contemporains est d’expérimenter Dieu et pas seulement qu’on leur parle de lui. Karen Ward explicite sa vision quand elle affirme : « Nous ne possédons pas la vérité ou ne cherchons pas à corriger les vérités des autres, mais nous cherchons à vivre fidèlement à la lumière de la vérité de Dieu en Jésus-Christ » [62] . Finalement, les Eglises émergentes cherchent à ce que les enseignements bibliques ne restent pas théoriques mais se déclinent de manière tangible.
Des Eglises connectées
La notion de connectivité n’est évidemment pas une spécificité des Eglises émergentes, mais l’évocation de ce qui caractérise ces nouvelles formes d’Eglise ne pouvait faire l’économie d’une réalité vécue tant par ceux qui constituent ces communautés que pour décrire certains aspects du fonctionnement même de ces Eglises. Leonard Sweet, Brian McLaren et Jerry Haselmayer considèrent que la notion de connectivité signifie trois choses pour les Eglises émergentes : « Premièrement et avant tout, être branché à l’Esprit Saint, la source de puissance que Dieu a mise à notre disposition pour répondre à nos besoins. Deuxièmement, être en phase avec la culture numérique environnante, que ce soit en termes de ministère ou de mode de fonctionnement personnel. Troisièmement, être connecté socialement, c'est-à-dire être en lien avec autrui » [63]. Ils affirment donc qu’être connecté est une réalité multifacettes qui touche à la fois la spiritualité, les modes de communications et les relations sociales.
Des Eglises holistiques
La majorité des Eglises émergentes cherchent à faire tomber les barrières de séparation qui peuvent exister entre ce qui est sacré et ce qui est séculier. Considérant que cette dichotomie est le fruit de la modernité et du processus de sécularisation, il s’agit en postmodernité de sortir de cette vision dualiste pour pleinement apprécier la présence de Dieu potentiellement partout et tout le temps. Il n’y a donc plus, dans la pensée émergente, de lieux sacrés, de temps sacrés, ni de personnes sacrées. La notion de sacralisation est d’ailleurs à distinguer de la vision probablement plus biblique de la sainteté. Partout où Dieu est reconnu et célébré est un lieu saint. La parole psalmique « C'est au Seigneur qu'appartient la terre, avec tout ce qui s'y trouve, le monde avec tous ceux qui l'habitent » [64] est paradigmatique de cette approche ecclésiale holistique. Ce désir des Eglises émergentes de dépasser la traditionnelle distinction entre ce qui est sacré et séculier peut les amener à utiliser des musiques, de la littérature, des films non spécialement chrétiens jusque dans les cultes. Si les temps ou les lieux habituellement réservés à ce qui est spirituel se voient envahis par des références considérées comme séculières, l’inverse est également vrai. La vie quotidienne, quels que soient ses lieux, ses moments, les rencontres qu’elle suscite, deviennent des lieux d’Eglise pourvu que la présence de Dieu y soit incarnée et manifestée.
Des Eglises à la théologie narrative
Les postmodernes n’aiment peut-être pas les "grands récits" mais ils apprécient les récits. Ils font parfois fi de l’Histoire mais apprécient les histoires. Ceci est une manière de dire que les Eglises émergentes aiment à s’appuyer sur une approche narrative de la théologie. En effet, plusieurs penseurs de l’Eglise émergente considèrent qu’il est nécessaire de marquer une évolution et de passer d’une théologie de proposition à une théologie narrative. Se plaçant dans la lignée de la longue tradition qui remonte à Jésus et au-delà, la théologie narrative considère que la Bible est d’abord l’histoire de l’interaction entre Dieu et les hommes. Cela ne signifie pas que les Ecritures ne contiennent pas un certain nombre de vérités fondamentales, mais celles-ci doivent d’abord être entendues dans la dynamique d’une histoire en marche qui continue jusqu’à aujourd’hui dans la manière dont cette histoire peut se réaliser dans la vie des croyants, dans la vie des communautés. Laissant une place au mystère, l’approche narrative permet l’adhésion à des parcours de foi par identification avec des figures bibliques, ou avec des figures de chrétiens d’hier et d’aujourd’hui. Sans exclure une pensée conceptuelle à propos de la foi, il est donc aussi possible de distinguer les modes d’action de Dieu dans les histoires des uns et des autres.
Les Eglises émergentes en question[s]
Pour achever cet état des lieux, et après avoir tenté d’esquisser le contexte, les définitions, les types, puis les caractéristiques des Eglises émergentes, je propose de mettre en question ces nouvelles formes d’Eglise, et dans un double sens : soulever les questions que l’on peut soulever dans une démarche critiques vis-à-vis des Eglises émergentes, mais aussi écouter les critiques que, d’une certaine manière, les Eglises émergentes adressent à une ecclésiologie plus classique.
Critiques adressées aux Eglises émergentes
Si les Eglises émergentes apportent un renouveau fort intéressant au paysage ecclésial contemporain, ce vent de fraîcheur n’est donc pas non plus sans susciter certains questionnements légitimes.
La question des ministères est une des critiques majeures qui peut être adressée aux Eglises émergentes. D’une part, très peu est dit sur cette question importante, mais certains vécus peuvent poser questions. Que ce soit à propos de la reconnaissance des ministères, que ce soit par rapport à la formation, que ce soit par rapport à l’ordination, ou encore sur les modalités de nomination. Certes, certains projets ecclésiaux émergents s’insèrent dans des structures ecclésiales qui trouvent des solutions d’adaptation en phase avec des pratiques fondées, mais il faut bien reconnaître qu’il y a aussi du tâtonnement dans beaucoup de cas. Toute la question de leadership ecclésial est posée. La fonction pastorale semble parfois s’être dissoute, et on peut s’interroger sur ce qu’il advient d’éléments importants que sont l’accompagnement pastoral et la relation d’aide, par exemple. De plus, les Eglises émergentes ne sont-elles pas trop dépendantes de leaders visionnaires et créatifs qui une fois qu’ils ont passé le relais peuvent laisser un vide ? Il y a certes un désir fort de démocratisation et d’invitation à des initiatives diverses et variées, mais quels sont les critères qui qualifient une personne à implanter ou diriger une Eglise locale, fut-elle innovante et émergente ?
Une autre critique qui découle de cette question des ministères concerne les sacrements ou les actes pastoraux. Quelles sont, par exemple, les conséquences ecclésiologiques d’un déplacement de la Sainte-Cène dans les maisons, ou dans des réunions informelles. Sans nier la pratique néotestamentaire, n’y a-t-il pas là une banalisation d’un acte fort porteur de sens. Sans parler de la question du baptême, très peu évoquée et dont on ne sait pas trop comment elle se vit.
Du reste, cela pose la question du statut de membre d’Eglise. La traditionnelle distinction entre professants et multitudinistes vole en éclat dans le courant de l’Eglise émergente. Puisque la question de l’appartenance se pose, quelles sont les modalités des liens qui se tissent au sein d’une communauté. Le baptême perd-il sa fonction d’être un signe d’entrée dans l’Eglise ?
Une des raisons du relatif silence à propos des modalités de reconnaissance des conversions n’est-il pas finalement dû au fait que les Eglises émergentes n’ont peut-être pas à ce jour démontré la croissance espérée. Certes, il n’est probablement pas inutile de remettre en question certains modèles de croissance ecclésiale, mais les nouvelles modalités d’Eglise proposées ont-elles été une réponse ou une solution à la chute de la fréquentation des Eglises ? Il semble, il est vrai, qu’en Angleterre, la courbe négative qui ne cessait d’augmenter a depuis inversé sa tendance : la baisse de fréquentation continue mais au lieu de s’accélérer, elle ralentit [65]. Ceci étant, et même s’il faut donner du temps aux Eglises émergentes de se développer et d’avoir un éventuel impact durable et bénéfique, force est de constater qu’à ce jour, les fruits de l’émergence de ces Eglises ne sont pas à la hauteur des espérances.
Par ailleurs, à trop vouloir innover et favoriser l’interaction, la prédication ne perd-elle pas dans certains cas sa dimension cultuelle et sa potentialité d’être parole de Dieu. Sans vouloir sanctuariser la parole de la prédication, comment envisager son statut spécifique afin qu’elle ne soit pas considérée comme une parole au milieu de tant d’autres, mais qu’elle conserve son impact salvateur et transformateur.
Dans la même direction d’une réflexion sur la possible confusion entre moyens de communication et le contenu de ce qui est communiqué, on peut porter un regard critique sur l’usage qui est parfois fait des nouvelles technologies au sein des Eglises émergentes. N’y a-t-il pas parfois confusion entre le média et ce que le média véhicule ou rend possible ? Il ne suffit de diffuser en live, d’être présent sur les réseaux sociaux, d’utiliser de la vidéo ou de la musique numérique, de twitter, etc., pour répondre aux besoins spirituels profonds des contemporains. Sans généraliser, il peut arriver que certaines Eglises émergentes fassent de tous ces moyens une fin.
Se pose également la question de la territorialité de l’Eglise. S’il y a une mutation d’une territorialité géographique à une territorialité probablement plus culturelle ou relationnelle, quelles en sont les conséquences ? Il n’est pas inintéressant de considérer son territoire comme un réseau de relations au sein d’une population dispersée avec laquelle des points de convergence existent. Mais ne perd-on pas l’idéal de faire Eglise avec son prochain, qui peut aussi être matériellement et géographiquement proche, avec la richesse des différences qui ne sont pas esquivées, mais accueillies et considérées comme stimulantes.
Enfin, on peut mentionner la question d’une certaine forme de relativisme chez certains émergents. A trop vouloir favoriser le cheminement spirituel propre à chacun, une vision narrative de la foi et de la Bible, une adaptation au pragmatisme ambiant, la prise en compte de l’émiettement des convictions, l’acceptation que nous ne pouvons avoir de réponses absolues à tout, cela ne suscite-t-il pas une subjectivité qui est propice au relativisme ? Ce sont là autant d’éléments qui sont probablement justes et bons s’ils sont vécus de manière équilibrée, mais leur exacerbation peut probablement amener à élargir tellement le cadre ecclésial que cela peut aussi être source d’un manque de repères. Le prophète Esaïe, comparant la stérilité du peuple d’Israël à celle d’une femme, s’est fait l’écho de la joie de l’annonce de fécondité qui passe par un double mouvement d’élargissement, mais aussi d’ancrage : « Elargis l'espace de ta tente, les toiles de tes demeures, qu'on les distende ! Ne ménage rien ! Allonge tes cordages et tes piquets, fais-les tenir » [66]. N’en est-il pas de même aujourd’hui face à une certaine forme de stérilité ecclésiale dans nos sociétés contemporaines : il est important d’élargir l’espace de l’Eglise, ce que font sans aucun doute les Eglises émergentes, mais cela n’est fructueux qu’en ancrant plus profondément ses piquets. A ce titre, les Eglises émergentes pourraient gagner à intégrer plus pleinement certains marqueurs identitaires d’une Eglise dont l’émergence ne date pas d’hier.
Critiques adressées par les Eglises émergentes
Si les Eglises émergentes sont évidemment critiquables, elles n’ont pas le monopole des reproches que l’on peut faire, ou des questions que l’on peut poser aux Eglises. Parce que la critique fait grandir, qu’elle permet de s’interroger sur son identité, ses croyances, ses pratiques, il n’est pas inutile de constamment poser un regard exigeant sur l’Eglise. D’une certaine façon, le courant de l’Eglise émergente apporte un regard critique sur les Eglises établies, et les interroge sur les manières dont elles vivent leurs raisons d’être.
L’interpellation probablement la plus forte que les Eglises émergentes adressent aux Eglises établies concerne la mission, tant dans son fondement inhérent à la nature de l’Eglise que dans les modalités de sa réalisation. Il est parfois plus rassurant pour les Eglises d’être centrées sur ceux qui la composent plutôt que d’envisager s’ouvrir à ceux qui ne font pas [encore] partie de la communauté de Jésus. Par leurs engagements parfois radicaux au service de la mission de Dieu, les Eglises émergentes interpellent non seulement les intentions parfois absentes mais aussi la cohérence entre les discours et les pratiques. Il est clair que la majorité des Eglises souhaitent conceptuellement être engagées dans des processus d’évangélisation. Le passage entre les intentions théoriques et les réalités pratiques ne sont néanmoins pas toujours au rendez-vous. Il est vrai que le contexte de laïcité et les résistances manifestées vis-à-vis des Eglises en général ne poussent pas à l’action ou à l’adaptation en vue de la priorité de la mission. Les Eglises émergentes par leurs engagements volontaires et créatifs dans ce domaine montrent le chemin.
En invitant à passer d’un modèle attractionnel à un modèle incarnationnel, les Eglises émergentes n’invitent pas seulement à un engagement missionnaire, mais proposent aussi un changement quant à la manière de vivre la mission. Ce faisant, les Eglises émergentes critiquent clairement une approche de l’évangélisation souvent ecclésio-centrée qui ne leur parait ni biblique, ni même fructueuse.
De manière assez liée, les Eglises émergentes agissent également comme un aiguillon en ce qui concerne la dimension institutionnalisée de l’Eglise et ses limites. Les émergents ne sont pas les premiers ni les derniers à montrer que si un certain niveau d’organisation est nécessaire, trop de structure étouffe l’Eglise dans une institution parfois sclérosante. Par leurs modèles ecclésiaux alternatifs, les émergents montrent que les formes instituées d’Eglise ne sont pas une fatalité. Si le modèle d’Eglise forteresse peut présenter certains avantages, il a également de nombreux inconvénients.
L’innovation liturgique de nombreuses Eglises émergentes est aussi porteuse d’un regard parfois sévère sur le sens de l’adoration de certaines Eglises plus établies. Les messes et les cultes offerts à Dieu favorisent-ils plus les traditions ou une adoration authentique ? La passion autour des questions liturgiques n’est pas nouvelle, mais la créativité émergente dans ce domaine n’est pas sans interpeller les schémas parfois répétitifs de bien des célébrations [67] .
L’insistance que les Eglises émergentes mettent sur la cohérence entre les croyances et le vécu chrétien en tant que disciple de Jésus peut être considérée comme une critique des Eglises qui accentuent une démarche cognitive de la foi. Si cette approche rationnelle de la foi n’est évidemment pas condamnable, le message émergent pourrait être une invitation à un plus grand équilibre. Certes on ne croit pas qu’avec la tête, et si les croyances peuvent susciter l’adhésion de l’être entier, corps, âme et esprit, les émergents montrent que suivre Jésus, donc faire partie de l’Eglise, n’est pas du seul ordre des croyances. Pour affirmer l’identité chrétienne, aux affirmations doctrinales peuvent se mêler la vie spirituelle, les relations, les questionnements, les pratiques.
Les Eglises émergentes apportent enfin une critique vis-à-vis d’une certaine forme de sacralisation des lieux, des temps, des personnes, des rencontres, des objets, des pratiques. La notion de sacralisation implique une dichotomie qui dépasse souvent la notion plus biblique de sainteté. Certes, il est utile de préserver des espaces ou des moments consacrés à des intentions spirituelles particulières, mais les Eglises émergentes critiquent une vision où l’Eglise ne serait qu’un moment de la semaine, en un lieu défini, dans lequel certaines personnes particulières ont des prérogatives spéciales. Même si ce n’est pas volontaire de la part d’Eglises établies, c’est néanmoins la perception qui en est faite. Il y a donc là une invitation à oser vivre une vie spirituelle intégrée à tous les aspects de la vie, où l’Eglise advient partout où l’Esprit de Dieu se manifeste.
Conclusion : Eglise[s] émergente[s] au singulier ou au pluriel
Je conclus cet état des lieux avec un clin d’œil sur la grammaire de l’Eglise. Comme dans toute grammaire, il y a des règles immuables, il y a des conjugaisons, il y a des exceptions, il y a recherche d’une harmonie entre sujet, verbe et complément, etc. Si nous sommes sujets de l’Eglise, le Christ en est le verbe ! Mais la phrase ne serait pas complète si elle n’avait pour complément d’objet l’étendue du royaume dans ce monde qu’est le nôtre ! Qu’elle soit émergente ou pas, une règle immuable de l’Eglise est que c’est Christ qui la définit : il en est la tête, le fondement, le lien vivant. Cela n’empêche pas l’Eglise d’être conjuguée différemment en fonction des temps : il est donc légitime que l’Eglise du passé diffère de l’Eglise d’aujourd’hui, mais aussi de celle de demain. La racine est la même, mais les terminaisons varient, et tant mieux ! Enfin, faut-il savoir s’il convient de conjuguer Eglise[s] émergente[s] au singulier ou au pluriel ?
Parler d’Eglises émergentes au pluriel permet de décrire la diversité des expériences ecclésiales innovantes en respectant leurs différences. Parce que les Eglises émergentes se créent et se développent sous des formes différentes, dans des contextes géographiques et culturels différents, dans le cadre ou hors du cadre de différentes dénominations et sensibilités chrétiennes, le pluriel permet précisément de mettre en avant la pluralité des Eglises émergentes. A l’inverse, parler de l’Eglise émergente au singulier tend à mettre en avant les liens et les caractéristiques communes qui existent entre les différentes communautés émergentes. Il y aurait donc l’Eglise émergente, se déclinant en une multiplicité de communautés ecclésiales. Choisir le singulier, c’est mettre en avant que l’Eglise est une, que quelles que soient ses formes et les structures que les différents groupes ecclésiaux peuvent se donner, l’Eglise est d’abord l’Eglise du Christ, une et indivisible. En regardant une bibliographie sur le sujet, on se rend compte que l’utilisation du pluriel et du singulier cohabitent, et que si elle est parfois et pour certains porteuse de sens, il est difficile de discerner un vrai clivage. Cette ambigüité peut être vue comme une richesse porteuse de sens pourvu d’en être conscient. Je ne veux donc pas trancher, car finalement je crois que les Eglises émergentes [au pluriel] sont comme des aiguillons avant-gardistes de l’émergence de l’Eglise [au singulier] dans ce monde nouveau qu’est le nôtre ! »
Gabriel Monet
NOTES.
[1] Millard Erickson, The Postmodern World. Discerning the Times and the Spirit of our Age, Wheaton, Crossway Books, 2002, p. 12.
[2] Stanley Grenz, A Primer on Postmodernism, Grand Rapids, Eerdmans, 1996, p. 161-174.
[3] Stanley Hauerwas, After Christendom? How the Church is to Behave if Freedom, Justice, and a Christian Nation are Bad Ideas, Nashville, Abingdon, 1999, p. 8.
[4] Stuart Murray, Post-Christendom. Church and Mission in a Strange New World, Carlisle, Paternoster, 2004, p. 19.
[5] Ibid., p. 8.
[6] Ibid., p. 10.
[7] Michel Benoit, « Post-chrétienté : un espoir ? », [en ligne], disponible sur <www.michelbenoit17.over-blog.com/ article-27964345.html> [consulté le 17 octobre 2009].
[8] Dan Kimball, They Like Jesus but not the Church. Insights from Emerging Generations, Grand Rapids, Zondervan, 2009.
[9] Luc Ferry, Marcel Gauchet, Le religieux après la religion, Paris, Grasset, 2004.
[10] André Comte-Sponville, L’esprit de l’athéisme. Introduction à une spiritualité sans Dieu, Paris, Albin Michel, 2006. Voir à ce propos : Alain Houziaux [éd.], Peut-il y avoir une spiritualité sans Dieu ?, Paris, Editions de l’Atelier, 2006.
[11] Grace Davie, Europe: the Exceptional Case. Parameters of Faith in the Modern World, London, Darton, Longman and Todd, 2002.
[12] Danièle Hervieu-Léger, Le pèlerin et le converti. La religion en mouvement, Paris, Flammarion, 1999.
[13] Frédéric de Coninck, « Les Eglises face au défi d’une recherche spirituelle fluctuante », [en ligne], disponible sur <www.temoins.com/reflexions/les-eglises-face-au-defi-d-une-recherche-spirituelle-fluctuante.html> [consulté le 25 juin 2011].
[14] Nicholas Carr, The Big Switch. Rewiring the World, From Edison to Google, Londres/New York, Norton & Company, 2008.
[15] Henri Bacher, « Oralité électronique et Eglises émergentes », <http://www.temoins.com/article.php?rubrique=recherche&id=189>. [Consulté le 12 septembre 2008].
[16] Gérard Delteil, Paul Keller, L’Église disséminée. Itinérance et enracinement, Paris, Cerf, 1995, p. 7-8.
[17] Brian McLaren, Reinventing Your Church, Grand Rapids, Zondervan, 1998, p. 13-14.
[18] Scot McKnight, « Five Streams of the Emerging Church. Key Elements of the Most Controversial and Misunderstood Movement in the Church Today », Christianity Today 51 [2007/2], p. 34-39.
[19] Jean Hassenforder, « Le courant de l’Eglise émergente », Construire ensemble [mars 2007], p. 8-10.
[20] Bruce Sanguin, The Emerging Church. A Model for Change and a Map for Renewal, Kelowna, CopperHouse, 2008.
[21] Brian McLaren, « Conversations », Missiology 33 [2005/3], p. 341-343 ; Donald Carson, Becoming conversant with the emerging church. Understanding a movement and its implications, Grand Rapids, Zondervan, 2005.
[22] Michael Moynagh, Emergingchurch.intro, London, Monarch Books, 2004 ; Dan Kimball, The Emerging Church. Vintage Christianity for New Generations, Grand Rapids, Zondervan, 2003.
[23] Pete Ward, Liquid church. A Bold Vision of How to Be a God’s People in Worship and Mission, a Flexible, Fluid Way of Being Church, Peabody/Carlisle, Hendrickson Publishers/Paternoster Press, 2002.
[24] Neil Cole, Organic Church. Growing Faith Where Life Happens, San Francisco, Jossey-Bass, 2005 ; Bob Whitesel, Inside the OrganicCchurch. Learning from 12 Emerging Congregations, Nashville, Abingdon Press, 2006.
[25] Littéralement : « des expressions fraîches de l’Eglise ». C’est le cas des nouvelles formes d’Eglise encouragées par les Eglises anglicanes et méthodistes en Grande Bretagne. Rowan Williams [éd.], Mission-shaped church. Church Planting and Fresh Expressions of Church in a Changing Context, A Report from a Working Group of the Church of England’s Mission and Public Affairs Council, London, Church House Publishing, 2004 ; Ian Mosby, Emerging and Fresh Expressions of Church. How are they Authentically Church and Anglican?, Westminster, Moot Community Publishing, 2007.
[26] Eddie Gibbs, Ryan Bolger, Emerging churches. Creating Christian Community in Postmodern Cultures, Grand Rapids, Baker Publishing Group, 2006, p. 44.
[27] Ibid., p. 28.
[28] Ce terme d’Eglise « missionnelle », qui est un néologisme, évoque un concept important pour les Eglises émergentes. Il est précisé ci-après.
[29] Brian McLaughlin, « The Ecclesiology of the Emerging Church Movement », Reformed Review 61 [2008/3], p. 102.
[30] Henk De Roest, « Ecclesiologies at the Margins », in : Gerard Mannion, Lewis Mudge [éd.], The Routledge Companion to the Christian Church, New York, Routledge, 2008, p. 261.
[31] Bruce Sanguin, op. cit., 23.
[32] Jonny Baker est un des pionniers et promoteurs de l’Eglise émergente en Grande Bretagne. Voir son blog www.jonnybaker.blogs.com. Je cite ici son interview évoquée par Eddie Gibbs et Ryan Bolger, op. cit. p. 41.
[33], Westminster Theological Seminary, [en ligne], disponible sur <http://www.vanguard church.com/ mck_ec.pdf> [consulté le 03 novembre 2009], p. 3.
[34] Ibid., p. 4.
[35] Mark Driscoll, Confessions of a Reformission Rev. Hard Lessons from an Emerging Missional Church, Grand rapids, Zondervan, 2006.
[36] En Grande-Bretagne, tout en reconnaissant son lien avec le courant de l’Eglise émergente, celui-ci s’est développé sous le nom de Fresh Expression of Church. Nous évoquerons plus en détail l’impact du rapport Mission Shaped Church et le développement de ces nouvelles formes d’Eglise en Grande-Bretagne dans les chapitres à venir.
[37] Rowan Williams, « foreword », in : Mission-shaped church. Church planting and fresh expressions of church in a changing context, A report from a working group of the church of England’s mission and public affairs council, London, Church House, 2004, p. vii.
[38] www.cathlimergent.ning.com
[39] www.luthermergent.ning.com
[40] www.anglimergent.ning.com
[41] www.presbymergent.org
[42] www.baptimergent.ning.com
[43] www.agmergent.wordpress.com
[44] www.convergentfriends.org
[45] www.emergingumc.blogspot.com
[46] Cela ne se fait évidemment pas sans l’accord du propriétaire ou de celui ou celle qui tient l’établissement public. Il arrive souvent qu’une salle particulière, ou un étage, soit réservé pour la rencontre ecclésiale.
[47] La Maison d’Eglise de la Défense, dont l’équipe d’animation pastorale est dirigée par le Père Michel Anglarès va tout à fait dans ce sens. « La Maison d’Eglise fait partie de l’Eglise catholique et a reçu sa mission de l’évêque de Nanterre. Elle se veut une présence chrétienne et œcuménique au milieu du site de la Défense en se préoccupant prioritairement de ceux qui y travaillent. En cela elle se distingue tout à fait d’une paroisse. Nous ne cherchons pas à faire du prosélytisme mais à être un lieu d’accueil et de rencontre pour tous, à commencer par les plus éprouvés, un temps de respiration pour ceux qui en manquent à cause du rythme de la vie quotidienne, un moment de réflexion pour ceux qui cherchent à mettre l’homme au centre de l’entreprise et de la vie sociale, un espace où les événements de la vie puissent être relus à la lumière de l’Evangile, un témoin pour proposer la foi chrétienne et la célébrer avec ceux qui sont en quête de sens et de vérité » [cf. www.catholiques.aladefense.cef.fr].
[48] Voir par exemple : Pierre Goudreault, Faire Église autrement, Montréal, Novalis, 2006 ; Rad Zdero, The Global House Church Movement, Pasadena, William Carey, 2004 ; www.eglises-maisons.com.
[49] Neil Cole, Organic church. Growing Faith Where Life Happens, San Francisco, Jossey-Bass, 2005.
[50] Voir www.simplechurch.com ou Daniel Schaerer, L’Eglise en toute simplicité, Saint-Paul Trois Châteaux, Schaerer, 2008.
[51] « Les cours ou parcours Alpha sont des repas pour échanger sur Dieu et sur les questions du sens de la vie. En une série de repas, le parcours Alpha est une opportunité de découvrir ou redécouvrir les bases de la foi chrétienne » [cf. www.parcoursalpha.fr ; Marc de Leyritz, Devine qui vient dîner ce soir ? Découvrir Jésus-Christ avec le parcours Alpha, Paris, Presses de la Rennaissance, 2007]. Les cours Alpha qui présentent les « bases de la foi chrétienne » sont utilisés et parfois vécus de manière interconfessionnelle. Si l’origine est anglaise et anglicane [Charles Marnham puis Nicky Gumbel], Alpha est aujourd’hui présent dans quelques 165 pays et utilisé par de très nombreuses confessions. En France c’est l’Eglise catholique qui est la plus active à le mettre en œuvre.
[52] Des exemples d’Eglise post-Alpha sont donnés dans Michael Moynagh, op. cit., p. 114 et dans Rowan Williams [éd.], Mission-shaped church, op. cit., p. 155.
[53] Voir plusieurs exemples donnés par Jane Hinton, Changing Churches. Building Bridges in Local Mission, London, CTBI, 2002, p. 25-27, 45-47, 72-79. Ann Morisy souligne que de telles communautés peuvent s’essouffler à cause de l’énergie que demande la perpétuation de tels projets, que l’augmentation de la fréquentation des activités spirituelles n’est pas toujours évidente, et que si l’impact est souvent positif et apprécié, il peut parfois donner l’impression que ce n’est pas un signe de dynamisme de l’Eglise mais au contraire la preuve que l’Eglise est en situation d’échec par rapport à sa mission originelle [Ann Morisy, Journeying Out. A New Approach to Christian Mission, London, Morehouse, 2004, p. 185.
[54] Il est clair que de nombreuses Eglises établies sont engagées dans de telles activités. Parler d’Eglises émergentes n’est alors légitime que si le ou les projets en question deviennent une manière d’être Eglise, ou sont essentiels à la raison d’être de la communauté.
[55] Il est clair que ces nouvelles communautés monastiques incluent la plupart du temps une réflexion liturgique très poussée et à ce titre aurait pu être intégrées dans la catégorie des Eglises émergentes centrées sur l’innovation liturgique. Mais la dimension communautaire étant souvent mise en avant, il nous a semblé plus cohérent de les intégrer ici.
[56] L’expression culte alternatif est la traduction de alternative worship. Il est clair que ce n’est pas forcément la traduction la plus heureuse même si c’est la plus proche de l’original. Ce dernier élément a contribué à notre choix de garder cette expression, mais surtout, dans les milieux émergents francophones, l’évocation des cultes alternatifs est largement reprise et utilisée, et est même devenue quelque chose de commun dans le langage.
[57] Jonny Baker, « Ritual as Strategic Practice », in : Pete Ward [éd.], The Rite Stuff. Ritual in Contemporary Christian Worship and Mission, Oxford, Bible Reading Fellowship, 2004, p. 85-95.
[58] Il est clair que nous proposons ici en synthèse les lignes directrices majeures des Eglises émergentes en ayant conscience que la description ne concerne pas systématiquement toutes les Eglises du courant émergent, ou inversement que toutes les Eglises émergentes n’ont pas systématiquement l’intégralité de ces caractéristiques. Plusieurs tentatives de description des Eglises émergentes ou de certains aspects des Eglises émergentes existent parmi lesquels on peut mentionner Eddie Gibbs et Ryan Bolger qui ont identifié trois pratiques communes à toutes les Eglises émergentes et six de plus qui découlent des trois premières [Emerging Churches, op. cit., p. 43-45]. Ed Stedtzer liste dix caractéristiques des « Eglises postmodernes à succès » [Planting New Churches in a Postmodern Age, Nashville, Broadman & Holman, 2003, p. 137]. Dan Kimball met en évidence douze différences entre les cultes dans les Eglises traditionnelles et les cultes dans les Eglises émergentes [The Emerging Church, op. cit., p. 185]. Leonard Sweet évoque quatre traits distinctifs des Eglises émergentes [Postmodern Pilgrims. First Century Passion for the Twenty-first Century World, Nashville, Broadman & Holman, 2000]. Aaron Flores utilise douze critères pour identifier les Eglises émergentes [An Exploration of the Emerging Church in the United States. The Missiological Intent and Potential Implications for the Future, M.A. Thesis, Vanguard University of Southern California, 2005, p. 41-42]. Jim Wilson distingue sept pivots dans le ministère auprès des post-seekers [Future Church. Ministry in a Post-Seeker Age, Nashville, Broadman & Holman, 2004].
[59] Cité par Eddie Gibbs et Ryan Bolger, op. cit., p. 47. Voir aussi Jonathan Campbell, The Way of Jesus. A Journey of Freedom for Pilgrims and Wanderers, San Francisco, Jossey-Bass, 2005.
[60] Lesslie Newbigin, The Gospel in a Pluralist Society, Grand Rapids, Eerdmans, 1989, p. 144.
[61] Michael Frost, Alan Hirsch, The Shaping of Things to Come. Innovation and Mission for the 21st Century Church, Peabody, Hendrickson, 2003, p. 41-42.
[62] Karen Ward, « The Emerging Church and Communal Theology », in : Robert Webber [éd.], Listening to the Beliefs of Emerging Churches. Five Perspectives, Grand Rapids, Zondervan, 2007, p. 179.
[63] Leonard Sweet, Brian McLaren, Jerry Haselmayer, A is for Abductive. The Language of the Emerging Church, Grand Rapids, Zondervan, 2003, p. 74.
[64] Psaume 24.1.
[65] Jean Hassenforder, « Face à une chute libre, un début de redressement. La pratique dominicale en Grande-Bretagne », [en ligne], disponible sur <www.temoins.com/enqu-tes/face-a-une-chute-libre-un-debut-de-redressement.-la-pratique-dominicale-en-grande-bretagne.html > [consulté le 10 juin 2010]. Jean Hassenforder s’appuie notamment sur Peter Brierley, Pulling Out of the Nose Dive. A Contemporary Picture of Churchgoing : What the 2005 English Church Census Reveals, London, Christian Research, 2006. Le titre : « Pulling out of the nose dive » est emprunté au vocabulaire aéronautique et pourrait se traduire : En train de sortir de la descente en piqué. Après avoir, à de nombreuses reprises, sonné l’alarme, Peter Brierley constate une amélioration de la conjoncture.
[66] Esaïe 54.2.
[67] Le mot célébration est à ce titre interpellant. Les célébrations religieuses chrétiennes sont-elles toujours de l’ordre de la célébration ?














