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Barack Obama au Kirchentag – 25 mai 2017

 Article Témoins sur Barack Obama au KirchentagUne espérance pour transformer le monde

Sa présidence achevée, Barack Obama poursuit son engagement politique sous une autre forme. Ainsi, le 25 mai 2017, a-t-il répondu à l’invitation du Kirchentag, un grand rassemblement socio-religieux et socio-culturel organisé, tous les deux ans, à l’instigation de l’Eglise protestante allemande (1), cette année en rapport avec le 500 ème anniversaire du commencement de la Réforme sous l’impulsion de Martin Luther.

Très populaire en Allemagne, Barack Obama a été accueilli par une foule enthousiaste où les jeunes étaient très nombreux. Il s’est exprimé de pair avec Angela Merkel. Après l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis et tout ce que cela représente de régression politique et sociale, Barack Obama avait prononcé à Athènes un remarquable discours sur le sens de la démocratie (2), puis il avait rencontré à Berlin Angela Markel, une partenaire politique estimée comme si il voulait l’encourager à assurer la défense des valeurs démocratiques dans un monde perturbé par une vague de peur et d’enfermement. Le revoilà donc à Berlin ce mois de mai dans une Europe affermie dans son existence démocratique par l’élection présidentielle d’Emmanuel Macron (4) auquel Barack Obama avait fait part de son soutien.

Lors de ses déplacements comme président des Etats-Unis dans les grands ensembles continentaux (Asie, Amérique latine, Afrique….), Barack Obama s’adressait aux jeunes leaders de ces ensembles pour les encourager dans leur action pour le développement et la démocratie dans une ambiance simple et conviviale. On pouvait y apprécier une attitude quasi fraternelle (3). Aujourd’hui, à partir de son expérience politique, il veut poursuivre ces échanges pour encourager une jeune  génération à prendre ses responsabilités. Lors de la rencontre au Kirchentag, il a rappelé son engagement à cette jeune génération particulièrement présente dans ce rassemblement.

Dans une vision chrétienne caractérisée par une tonalité d’espérance et d’ouverture (5), dans une analyse des problèmes d’un monde dont il connaît bien le fonctionnement, Barack Obama nous permet de mieux nous situer à l’échelle des grandes questions qui nous concernent tous aujourd’hui. Une vidéo nous rapporte son intervention en dialogue avec Angela Merkel et ses interlocuteurs allemands dans une ambiance chaleureuse qui se marque sur les visages des participants (6). Nous présentons ici des extraits de cette intervention.

 

Un idéal à partager

Barack Obama rappelle que sa vie publique a commencé en travaillant avec les églises dans les quartiers pauvres de Chicago. «  Lorsqu’on veut créer un monde meilleur, cela requiert de regarder vers un but et d’avancer avec foi (sense of purpose and sense of faith). Nous avons besoin de croire que nous pouvons entrer en relation avec les gens avec de la gentillesse et de la tolérance et que nous pouvons gérer les différences entre les nations, entre les religions. Nous trouvons une unité dans la croyance en Dieu. Ce sont ces convictions qui m’ont porté dans mon travail et dans ma vie et je suis très encouragé en voyant autant de jeunes aujourd’hui ».

La jeune génération est une force montante. « A une époque où le monde  est un lieu très compliqué, où nous sommes bouleversé par une violence terrible, telle qu’elle vient de se manifester à Manchester, nous savons que le terrorisme est un grand danger, car il y a des gens qui veulent faire du mal aux autres simplement parce qu’ils sont différents d’eux. Mais cette époque est aussi une période de grande opportunité. Maintenant que je ne suis plus président, mais néanmoins en situation d’influence, je pense être en capacité d’aider de plus en plus de jeunes à faire face à ces défis. Je veux encourager une nouvelle génération dans l’exercice d’un leadership de manière à marginaliser ceux qui veulent nous diviser et à rassembler de plus en plus de gens pour réaliser un bien commun.

 

Une tâche à poursuivre

Pendant huit ans, Barack Obama a été président des Etats-Unis. Comment a-t-il exercé son action dans cette haute fonction ? « Je suis très fier du travail que j’ai effectué en étant président. Quand vous entrez dans la vie publique, vous devez reconnaître que vous ne réaliserez jamais 100%  de ce que vous souhaiteriez. Ce que vous devez essayer de faire, c’est travailler avec d’autres qui partagent les mêmes valeurs, la même vision, pour essayer de rendre les choses meilleures en sachant que vous n’atteindrez pas la perfection ». Barack Obama cite en exemple la  réforme de l’accès aus soins médicaux (« Obamacare »). 20 millions de personnes nouvelles ont bénéficié de cette réforme, mais nous n’avons pas réussi à couvrir 100% de la population et aujourd’hui. Après mon départ, la réforme est remise en question ».

Le progrès se réalise pas à pas, avec parfois des reculs provisoires. Au delà du court terme, il faut voir à plus long terme . Il y a des étapes. Barack Obama estime qu’après avoir accompli sa tâche, avec ses imperfections, il est bon de passer la relève à une génération plus jeune. « Chaque génération a une contribution à apporter. En considérant ce qui est arrivé pendant ma vie, malgré toutes les tragédies actuelles, le monde n’a jamais été plus riche, en meilleure santé, mieux éduqué. Les jeunes aujourd’hui ont accès à une information et à des opportunités qui étaient inconnues à l’époque où je suis né. Mais la poursuite du progrès dépend de la jeune génération. Je me donne pour but de l’aider ».

 

Quel ordre international ?

L’ordre international est à un tournant. C’est un moment important pour la communauté internationale. Je suis né en 1961. A l’époque, Berlin était divisé. Nous venions tout juste de sortir d’une guerre dévastatrice. Les dictatures régnaient dans une grande partie du monde.  Certains pays commençaient seulement à sortir du colonialisme. L’apartheid prévalait en Afrique du Sud. Pourtant, à cause d’un ensemble d’idéaux et de principes : le règne du droit, la dignité de l’individu, la liberté de religion, la liberté de la presse, une économie libérale basée sur le marché, à cause de ces principes qui ont prévalu en Europe et aux Etats-Unis et dans d’autres pays qui se sont joint à eux en ce sens, nous avons vu un progrès incroyable. En Europe, il n’y a jamais eu plus grande prospérité et plus grande paix que dans ces trois ou quatre dernières décennies. C’est une remarquable réalisation. Et parfois les jeunes la considèrent comme allant de soi. Mais aujourd’hui, nous devons reconnaître qu’à cause de la mondialisation et de la technologie, et de la disruption que cela entraine, à cause des inégalités qui existent entre les nations et à l’intérieur des pays, à cause de l’inquiétude en lien avec le rétrécissement du monde à l’ère de la communication internet, à cause de la crise des réfugiés, cet ordre international qui a été créé et existe aujourd’hui, devrait changer, être remis à jour, être renouvelé, parce que nous sommes confrontés aujourd’hui à un récit concurrent empreint de peur, de xénophobie, de nationalisme, d’intolérance, de tendances anti-démocratiques. Comme citoyen des Etats-Unis et membre de la communauté mondiale, je pense qu’il est très important que nous soutenions les valeurs et les idéaux qui sont les meilleurs et que nous repoussions les tendances qui violent les droits humains, suppriment la démocratie ou réduisent la liberté de conscience et la liberté religieuse. C’est une bataille significative que nous devons mener et elle n’est pas toujours facile ». Barack Obama cite alors l’exemple de la Syrie avec toute la désolation qui règne dans ce pays. On ne peut se désintéresser de ce qui arrive dans une autre partie du monde. « Nous devons reconnaître que ce qui arrive dans une autre partie du monde  ou dans des pays isolés, que ce soit en Afrique, en Asie, en Amérique latine, a un impact sur nous et que nous sommes appelés à nous engager pour aider ces pays à trouver la paix et la prospérité. Comme président des Etats-Unis, j’ai fait de mon mieux même si je n’ai pas toujours eu les outils pour le faire. Mais du moins j’ai essayé. Et lorsque nous persévérons, il peut arriver dans ces situations  ce que le président Abraham Lincoln a évoqué : « Les anges les meilleurs de notre nature peuvent s’éveiller »

 

Comment aider les réfugiés ?

L’Allemagne a été confronté récemment à un afflux de réfugiés et ce problème a été affronté avec beaucoup de courage par la chancelière Angela Merkel. Barack Obama a donc été interrogé sur cette question. « En fonction de la géographie, de la présence des océans, nous n’avons pas eu un aussi grand nombre de réfugiés venant de Syrie ou d’Afghanistan. Mais il y a aux Etats-Unis, une immigration importante venant du Mexique et, plus récemment, d’Amérique centrale et d’Amérique latine. Et comme président des Etats-Unis, j’ai été confronté à ce problème.

Aux yeux de Dieu, un enfant, de l’autre côté de la frontière, est aussi digne d’amour et de compassion que mon propre enfant. Nous ne pouvons les distinguer en terme de valeur et de dignité, et tous méritent amour, abri, éducation et opportunité . Mais lorsque nous sommes à la tête de grands états nationaux et  que nous avons une responsabilité  vis à vis de nos citoyens et des gens à l’intérieur de nos frontières, alors le travail du gouvernement est d’exprimer humanité, compassion et solidarité avec ceux qui sont dans le besoin, mais aussi de reconnaître que nous devons agir  dans le cadre de contraintes légales, de contraintes institutionnelles et des obligations vis à vis des citoyens des pays que nous servons. Et ce n’est pas toujours facile.  Un moyen de faire du meilleur travail est de créer plus d’opportunité pour les gens dans leur propre pays. C’est donc un défi de faire comprendre à nos concitoyens que lorsque nous suscitons du développement en Afrique, ou que nous sommes impliqués dans une résolution de conflits ou dans des endroits où il y a une guerre, lorsque nous faisons des investissements pour faire face au changement climatique et aux problèmes que ce changement entraîne pour les agriculteurs, nous ne faisons pas tout cela simplement par charité, parce que c’est une bonne chose d’agir avec gentillesse, mais aussi parce que si il y a une disruption dans ces pays, si il y a un conflit, si il y a une mauvaise gouvernance, si il y a une guerre, si il y a de la pauvreté, alors dans ce nouveau monde où nous vivons, nous ne pouvons pas nous isoler, nous cacher derrière un mur. Il est très important pour nous de voir que ces investissements contribuent à notre propre bien être et sécurité.

 

Les religions et la vie politique

Quel rapport entre les religions et la vie politique ? Barack Obama s’exprime à partir de l’exemple américain. « Les Etats-Unis sont un pays très religieux et je pense que c’est une grande source de force. Mais, pour une part, historiquement, ce dynamisme est lié à la séparation entre l’Etat et l’Eglise qui a été envisagée comme une protection des communautés de foi pour qu’elles puissent pratiquer librement ». Comment le rapport entre religions et vie politique peut-il s’exercer au mieux ? « Nous avons besoin de reconnaître que, dans toute démocratie, il y a des gens engagés dans des religions très différentes. Et la démocratie requiert des compromis. Quand nous évoquons la foi religieuse, par définition, il y a certains points où nous ne faisons pas de compromis. Et je pense que nous faisons parfois fausse route en introduisant ce refus de compromis dans le processus politique ».

Barack Obama appelle au respect et à la gestion de la diversité. « Si nous sommes probablement une nation chrétienne, nous sommes aussi une nation musulmane, une nation hindoue, une nation juive et une nation de non croyants. Mais nous pouvons trouver des conceptions et des principes moraux qui nous relient ensemble et nous rencontrer sur ce consensus qui nous permet de progresser ensemble.

Même dans notre propre famille religieuse, il y a certains points où nous pouvons être en désaccord. Parfois cela peut nous troubler. Personnellement, dans ma propre foi, je pense qu’il est utile d’accepter un petit bout de doute. Nous croyons en des réalités qui ne sont pas visibles et, en conséquence, j’essaie d’être humble. Je ne prétend pas que Dieu parle exclusivement à travers moi. J’assume que Dieu partage de la sagesse dans tous les gens. Si je suis convaincu que j’ai toujours raison, la conclusion logique se traduit parfois en une grande cruauté et une grande violence. Dans un monde pluraliste, dans un monde où il y a des gens différents venant de diverses traditions religieuses, cherchons à réaliser que nous sommes, les uns et les autres, partie de la vérité ».

 

La foi : une motivation 

« Je pense aux défis auxquels nous devons faire. Si notre réponse n’est pas parfaite et s’élabore à travers l’action et la réflexion, elle est motivée par notre foi et les valeurs et les idéaux qui sont les plus importants pour nous. Nous devrions être prêts à risquer quelque chose pour la cause à laquelle nous tenons. Nous devrions être prêts à contester une pratique traditionnelle. Aux Etats-Unis, ce sont des gens de foi qui, les premiers, ont parlé contre l’esclavage. Cela appelait une juste colère contre une institution qui semblait ressortir de l’ordre naturel. C’était un mouvement radical qui a élevé la conscience du peuple et qui a conduit une longue marche vers la liberté. Ainsi nous sommes appelé à agir selon ce que nous croyons vrai et juste. Lorsque nous agissons ainsi, ma seule suggestion, c’est de nous rappeler que Dieu ne parle pas seulement à nous. Pour moi, la force de notre foi trouve sa confirmation lorsque nous acceptons de nous engager avec des gens ayant des vues différentes et d’être prêts à les écouter et à les considérer ». L’avancée peut prendre du temps. L’important, c’est de persévérer même quand c’est difficile.

 

Les grandes questions

Quelles sont les grandes questions qui concernent la politique internationale, Barack Obama énonce deux questions. La première est relative au développement. La seconde concerne les budgets militaires.

« L’écart croissant entre les opportunités, les inégalités de plus en plus grandes entre les nations et à l’intérieur des nations, voilà une des questions majeures que cette génération et les prochaines générations auront à affronter. Le volume de richesse, d’opportunité et de consommation qui existe au sommet, en comparaison avec les besoins énormes qui existent dans le monde, est une situation que je trouve insupportable.

Il y a assez pour nourrir chacun, pour loger et vêtir chacun, pour éduquer chacun si nous sommes capables de mettre en route un processus social qui reflète nos valeurs. Ce n’est pas facile à faire. Ce n’est pas simplement faire un chèque et envoyer de l’argent. C’est créer une société qui parvienne à se suffire à elle-même et manifeste de la détermination et de la dignité. C’est pourquoi  quand nous examinons un budget pour une aide au développement, nous nous centrons sur la manière non pas de donner simplement du poisson, mais d’apprendre à le pêcher. Nous voulons aussi nous assurer que la gouvernance cherche à promouvoir les intérêts de gens à la base.       Cependant, on doit se rendre compte des énormes progrès qui ont été réalisés, même dans la durée limitée de mon existence. Juste dans les dernières décennies, il y a eu des centaines de millions de gens qui sont sortis de l’extrême pauvreté, en Chine, en Inde, dans certaines parties de l’Afrique. Il y a beaucoup à faire, mais il encourageant de voir tout ce qui a été déjà fait ».

Il y a une autre grande question. Elle concerne les budgets militaires. « Ce que j’aurais aimé voir, par exemple, c’est l’ultime élimination des armes nucléaires de cette planète. Absolument !  Un moment, nous sommes parvenus quelque peu à réduire les armements nucléaires russes et américains. Cependant, de la même façon qu’il a fallu du temps pour sortir des gens de la pauvreté, réduire le besoin de budgets militaires demandera un effort long et persévérant. Il est vrai que nous vivons dans un monde dangereux ». Barack Obama cite l’exemple de l’Afrique où les Etats-Unis sont appelés à intervenir pour rétablir la paix et assurer la sécurité des organisations humanitaires. Il montre aussi combien les conflits militaires sont souvent en rapport avec des problèmes de développement. Ainsi, « notre budget national de sécurité ne devrait pas être conçu uniquement en terme d’armements, mais aussi en terme de développement, en terme de diplomatie, en terme de soutien à l’éducation des filles et des paysans ».

 

A un carrefour de l’histoire

A ce moment de l’histoire, l’Occident semble traversé par deux tendances adverse. D’un côté, animée par le rêve d’une grandeur passée, inquiète par rapport aux changements économiques, sociaux , culturels, une tendance qui préconise un retour en arrière, un repli sur soi, le renvoi des migrants, un rejet de la solidarité internationale. En regard, un mouvement engagé de longue date, mais qui aujourd’hui prend de l’ampleur : une coopération internationale croissante  tant économique  que sociale et culturelle, la prise de conscience d’une unité du monde dans la construction d’une civilisation nouvelle attentive aux droits humains, une solidarité accrue face à des menaces internes et externes comme le maintien ou la progression des inégalités ou le réchauffement climatique. Si la description de ces deux tendances opposées est quelque peu sommaire, voire caricaturale, il y a là néanmoins le cadre  d’une forte tension marquée en 2016 par des succès importants remportés par la tendance régressive au cœur même de l’Occident : la victoire du Brexit en Grande-Bretagne, l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis.

Pendant ses deux mandats présidentiels, Barack Obama a conduit les Etats-Unis dans la voie de l’ouverture, de la solidarité internationale, du respect des minorités, d’une progression d’un mieux être social, du progrès écologique. Il a mené cette lutte dans un esprit de respect vis à vis des personnes, une attitude empathique et chaleureuse induisant un consensus. Dans cette tâche difficile, il a été porté par une inspiration chrétienne ouverte. Sa présence au Kirchentag en mai 2017 nous paraît ainsi particulièrement significative. Barack Obama exprime le mouvement pour un monde plus solidaire et plus respectueux des personnes, un mouvement tourné vers l’avenir et non vers le passé. Il s’adresse tout particulièrement à la jeune génération qui est en train de grandir sur les différents continents.

Quelques jours auparavant, l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République Française témoignait de la victoire d’une tendance « progressiste » qui marquait une inflexion majeure dans la conjoncture internationale en marquant un coup d’arrêt par rapport à la tendance préconisant le repli, le rejet, le dissociation. Ainsi, Barack Obama a pu intervenir dans un contexte où, à nouveau, on pouvait entrevoir un horizon d’ouverture. Au cœur de l’Europe, à Berlin, ce dialogue a témoigné d’une espérance qui, dans le contexte du Kirchentag, s’exprimait dans une ambiance de fraternité chrétienne.  Barack Obama nous aide ici à voir quels sont actuellement les grands enjeux politiques et de quelle manière on peut les aborder. Il nous permet de dépasser nos ressentis immédiats pour nous situer dans la durée. Le processus démocratique nous permet d’avancer vers de meilleures solutions, mais il inclut aussi des reculs. Barack Obama nous appelle à un engagement patient et persévérant. Nous partageons ici ce que nous percevons à travers la vidéo de cette rencontre : une conviction, une pensée ouverte et prospective, une convivialité fraternelle.

Jean Hassenforder

 

(1) Présentation du Kirchentag sur « Free Wikipedia » : « le « Deutscher Evangelischer Kirchentag » est une assemblée de membres laïcs de l’Eglise Evangélique allemande qui organise un rassemblement biaannuel concernant la foi, la culture et la politique ».
https://en.wikipedia.org/wiki/German_Evangelical_Church_Assembly
Du 24 au 28 mai 2017, le Kirchentag a célébré le 500è anniversaire de la Réforme dans une grande manifestation « joyeuse, diverse et multiculturelle »     («  Réforme »). Un compte-rendu sur le site du Centre d’information sur l’Allemagne : http://www.allemagne.diplo.de/Vertretung/frankreich-dz/fr/__pr/nq/2017-05/2017-05-30-kirchentag-protestant-pm.html?archive=4908386  L’hebdomadaire « Réforme » (1er juin 2017) a consacré une double page (p 4-5) à cet événement marquant qui, à travers une forte participation jeune et internationale, témoigne de la vitalité d’une foi chrétienne au sein du monde d’aujourd’hui. Dans un article intitulé « La foi visible », Jean-Paul Willaime écrit ainsi : « Le fait que deux éminentes personnalités politiques protestantes : l’ancien président des Etats-Unis, Barack Obama et la chancelière Angela Merkel aient accepté de discuter de démocratie et d’engagement à Berlin au 36è Kirchentag… constitue incontestablement un événement »

(2) Discours de Barack Obama sur la démocratie (Athènes. (le 16 novembre 2016) : https://www.youtube.com/watch?v=xKirW7AQ2oo
Dans une perspective historique et à partir de son expérience, Barack Obama nous apporte ici un enseignement majeur sur les vertus et les problèmes de la démocratie aujourd’hui : https://obamawhitehouse.archives.gov/the-press-office/2016/11/16/remarks-president-obama-stavros-niarchos-foundation-cultural-center

(3) Lors de ses déplacements internationaux, Barack Obama s’adresse fréquemment aux « leaders » des régions visitées dans des rencontres caractérisées par un dialogue dynamique et convivial. Deux exemples : Asie du Sud Est : https://www.youtube.com/watch?v=j3GuzhWdiiI
Argentine et Amérique Latine :
https://www.youtube.com/watch?v=zbq2gmYq780

(4) On peut percevoir des analogies entre Barack Obama et Emmanuel Macron dans une approche dialoguante et inclusive. Emmanuel Macron nous dit avoir beaucoup reçu du philosophe français, Paul Ricoeur : https://le1hebdo.fr/journal/numero/64/j-ai-rencontr-paul-ricoeur-qui-m-a-rduqu-sur-le-plan-philosophique-1067.html

(5) L’inspiration chrétienne chez Barack Obama :
« De Martin Luther King à Barack Obama » : http://www.vivreetesperer.com/?p=2065
« La rencontre entre Barack Obama et le pape François » :
http://www.vivreetesperer.com/?p=2192
« La prière dans la vie de Barack Obama » :
http://www.vivreetesperer.com/?p=2326

(6) Barack Obama and Angela Merkel speak at Kirchentag in Berlin. Vidéo principalement à partir de laquelle nous avons travaillé pour présenter des extraits adaptés en français. Nous renvoyons à cette vidéo qui apporte non seulement la parole dans son extension, mais aussi l’expression des participants  à travers leurs visages.
https://www.youtube.com/watch?v=ZV6yjj50lGc
Autres versions : https://www.youtube.com/watch?v=PXrmmVMnUg4
https://www.youtube.com/watch?v=qEFi0UKeGE8</a

Sur ce site, voir aussi : « La prière de Barack Obama. Un ancrage face à la peur » : http://www.temoins.com/priere-vie-de-barack-obama/
« La foi de Barack Obama » :
http://www.temoins.com/frank-h-ekra-la-foi-de-barak-obama/
« Le phénomène Obama. Un signe des temps ? » :
http://www.temoins.com/jean-hassenforder-le-phenomene-obama-un-signe-des-temps/

Les Mayas. Une histoire au présent

Culture-Les Mayas1/ Les Mayas au cœur de la modernité mondialisée. Indianité et mondialisation.

Comment ne pas les caricaturer, ni prétendre les “comprendre”?  Respecter leur mystère, qui seul permettra l’ébauche d’une rencontre !

Les images, les odeurs, les couleurs… de ce peuple croisé plus que rencontré, nous autorisent à risquer la rencontre. Ne sommes nous pas d’ailleurs invités à cette rencontre en ces temps de mondialisation ?

– Globalisation/Mondialisation.
Accepter ce phénomène comme un événement objectif avant de le qualifier. Il y a beaucoup à dire sur cette mondialisation injuste pour la majorité des peuples ,contre l’ asservissement économique, culturel ou religieux,… les bouleversements que provoque l’interdépendance , qui nous fait proches plus que frères ou sœurs !

  • Et si nous nous risquions à accepter une certaine communauté de chemin ? Dans l’esprit de la Maison Commune dont parle le pape François. Avec ce monde méso-américain nous avons un passé commun qu’il nous faut découvrir pour ne pas le réduire à quelques clichés négatifs ou positifs.

Avons nous un présent commun ? Quant à l’avenir éprouvons nous une commune responsabilité ? En acceptant la réciprocité ?

  • L’interdépendance mondiale est chose bien pénible. Elle caractérise pourtant notre avenir et celui de nos proches. Comment la gérer ? Par la guerre qui vise à tuer celui qui veut s’imposer ? Par la pseudo- liberté qui laisse les plus forts imposer leur loi ? Par le choix du partenariat pour construire ENSEMBLE les réponse aux défis qui nous assaillent ?
  • L’accroissement des inégalités dans un monde où les 2/3 des populations n’ont pas voix au chapitre. Comment imaginer la paix face à une telle injustice ?
  • Le déboussolement du fait du choc des cultures et de la multiplication des propositions pour donner sens à notre vie.

Mettons-nous à l’écoute des textes fondateurs mayas (Popol Vuh) qui racontent la création du monde, l’expérience du déluge ou de la vanité des humains, de la crainte que les hommes peuvent inspirer à des dieux qui se sentent menacés.

 

Indianité.

Indien ? Un mot dû à une erreur de nos navigateurs qui croyaient avoir déjà fait le « tour du monde » et en connaître tous les peuples.

Une réalité pour le Centre et le Sud de l’Amérique. Les frères et sœurs indiens du Nord sont réduits à un triste sort. Au Guatemala les indiens sont près 60% de la population. Une majorité qui se retrouve en faits très minoritaire en termes de pouvoir et de Bien-Vivre.

L’image de l’indien est souvent négative : celui qui est différent, porteur d’une culture que nous rejetons ou au mieux ignorons. Ou celui qui est extérieur à notre modernité.

La rencontre avec les communautés mayas nous invite à nous décentrer ?

  • Comment est-on indien ? Par la filiation : une très grande majorité de la population a du sang indien dans les veines.

Par la revendication. Elle s’accentue dans ce pays comme dans d’autres en Amérique latine. La constitution de Bolivie en fait état. A un moindre degré celle de l’Equateur. Rien de tel au Guatemala où cette réalité majoritaire est « ignorée ».

Cette revendication peut être source d’exclusion vis à vis du reste de la population. Elle peut aussi provoquer un enfermement stérile, voire des oppositions dangereuses. Et pourtant il est bon de « dire qui l’on se sent être » !

Par le retour à des coutumes et pratiques traditionnelles à travers le folklore, les arts, les produits artisanaux… Et bien plus à travers une manière de vivre « indienne » en redécouvrant les richesses du passé, de la nature et les intégrant dans celles de la modernité.

– Emergence des mouvements indiens.

Après la dépossession de la terre, de la culture, de la religion, du pouvoir et de soi-même provoquée par la « Conquête », l’on assiste à un renouveau des mouvements indiens à travers le continent.

Découvrons ces « luttes » non comme une menace mais comme la légitime affirmation de l’altérité.

Aujourd’hui près de 230 millions d’indiens vivent sur le continent. 44% de la population indienne vit sous le seuil de pauvreté. Les inégalités, y compris au sein des communautés indiennes, atteignent des records vertigineux !

Les revendications portent sur le respect effectif des droits humains fondamentaux à leur égard.

Certains groupes indiens ont fait le choix de participer à la vie de leur pays en y exerçant des responsabilités, au Mexique, Bolivie, Equateur. D’autres se refusent à toute participation tant que les « règles du jeu » ne seront pas équitables.

D’autres accentuent les replis ethniques, identitaires ou les fuites en avant et une certaine violence. Combien de récupérations populistes de l’indianité ?

Une mise en réseau-inter indien se produit (le CCFD y est très présent) permettant de dépasser les rivalités anciennes et de partager l’expérience d’une inscription de leurs traditions renouvelées dans la modernité.

A la lumière de la dynamique des droits de l’homme.

Celle ci n’est pas une affaire occidentale même si ce continent en a marqué la formulation. Aujourd’hui les « résistants » du monde entier s’y réfèrent même s’ils en souhaitent une meilleure diversification. La référence de base est la Déclaration Universelle des droits de l’homme proclamée le 10.12.1948 par les Nations Unies.

Ce texte, complété par une centaine d’autres, intervenait juste après le constat du « suicide » mondial. Les droits humains ne sont ni un gadget ni une recette miracle mais le rappel commun des limites à ne pas dépasser dans la gouvernance pour ne pas tuer l’Humain sur cette terre.

Ils proclament universellement la dignité de la personne humaine. Puis des droits et devoirs sont déclinés. Enfin l’engagement est pris par tous les états de réunir les conditions politiques et économiques qui permettent à tous l’accès à l’exercice des droits énoncés.

Dans leur mise en œuvre, la référence aux réalités culturelles locales doit intervenir non pour fabriquer des droits de l’homme à la « sauce chinoise, arabe ou européenne », mais pour, sous le regard et la surveillance de tous les partenaires, incarner ces objectifs dans une société donnée.

Ils invitent à un dialogue universel sur des notions fondamentales telles que la liberté, le pouvoir, la dignité, le minimum vital, la participation populaire… Ils se construisent en coresponsabilité, ce qui va à l’encontre des replis identitaires actuels. Ils favorisent l’émergence d’une société civile (ce qui est vrai au Guatemala) et instaurent des mécanismes de contrôle indépendants des pouvoirs en place.

Ainsi au Guatemala plusieurs intervenants ont-ils souligné l’intérêt du travail accompli par la Commission Internationale contre l’impunité au Guatemala (2007) après 3O années de guerre civile et plus de 200.OOO morts !

La dynamique des droits de l’homme intéresse aussi les droits économiques et sociaux de la population, ainsi que les impératifs qu’impose le rétablissement des grands équilibres écologiques.

Dans la rencontre entre l’indianité/maya et les conditions de la modernité, les droits de l’homme peuvent fixer des caps à atteindre, ensemble. Une boussole à la fois protectrice des richesses de chaque peuple et incitatrice à apprendre à vivre ensemble.

 

2/  Des acteurs de solidarité en marche !

– A propos de la société civile.

Il s’agit d’un ensemble de personnes et de groupes qui agissent directement sur la vie de la société sans être institutionnellement liés à l’exercice du pouvoir politique (au sens des institutions publiques) : associations, réseaux, rassemblements de femmes, d’hommes ou de jeunes ayant un ou des objectifs précis (agriculture, santé, formation…) Nous en avons rencontré au moins 6, plus des responsables politiques et religieux.

La société civile travaille dans plusieurs directions :

  • Le constat, de l’inacceptable vécu par la population. Attention, ne nous habituons pas à l’inacceptable !
  • Elle procède à des études. Il est parfois difficile de faire accepter aux donateurs ce travail d’études qui seul fonde le sérieux de la suite des démarches de développement. Les injustices ont des causes sur lesquelles une action est possible.
  • Forts de ces analyses parfois très diverses, les acteurs doivent se donner les moyens de la dénonciation auprès d’une opinion publique saturée d’informations. Des actions ponctuelles ou collectives ont lieu auprès des « décideurs ».
  • En même temps des groupes réalisent des projets qui incarnent leurs revendications et en montrent la faisabilité.
  • La difficulté est de passer d’une « microréalisation » à des changements d’envergure générale. Il paraît évident de devoir changer les choses puisqu’elles ont été jugées inacceptables !
  • Le Réseau CCDA, Kuchub’Al, Tierra Nostra, Actoras de Cambio (les droits des femmes), en sont des exemples bien vivants. Pour les responsables politiques, il est important d’être en lien avec ces acteurs de terrain pour ne pas se couper des réalités. (Les députés Léocadio Juracan, et Sandra Moran).

La société civile se doit de tenir l’équilibre entre la nécessaire autonomie par rapport aux circuits politiques et l’indispensable collaboration avec eux.

Attention : que la société civile ne prétende pas remplacer les élus politiques, ou qu’elle n’accepte pas de se laisser instrumentaliser par eux pour « faire l’action sociale « dont ils se débarrasseraient !

– Tel est depuis 56 ans le défi que tente de relever le CCFD-Terre solidaire (en lien avec bien d’autres). A partir de la campagne mondiale contre la faim (1960), le pape Jean XXIII a invité les catholiques à prendre leur place dans cette démarche. Ils le font, non pas en envoyant sur place leurs « experts » mais en passant des accords de partenariat avec des associations locales engagées dans le même esprit. (Cf. doc. CCFD-Terre Solidaire).

Avec ces partenaires, nous lançons des campagnes de remise en cause de certaines des sources d’injustice : lutte contre les Paradis fiscaux qui privent les plus pauvres de leurs revenus, dénonciation des Biens Mal Acquis par certains dirigeants qui confondent leur poche et celle de l’Etat, systèmes économiques et industriels prédateurs par certaines grandes sociétés…

Des chrétiens, acteurs engagés  au Guatemala.

Je n’oublie pas les actions néfastes qui ont été soutenues par des responsables d’Eglise. Je n’oublie pas non plus la présence d’acteurs non chrétiens très engagés.

Cependant il est bon de dire notre soutien à ceux et celles qui, au nom de leur foi, prennent les risques de l’action.

Nous l’avons vu avec Mgr Ramazzini, le chercheur Fernando Giron, et bien d’autres.

Ils s’appuient sur la Pensée sociale de l’Eglise qui propose, à partir de la lecture de l’Evangile, des orientations pour contribuer au Bien commun : « Quiconque ne renoncera pas aux rapines ne saurait faire l’aumône. Vous aurez beau jeter des richesses sans nombre aux mains des indigents, tant que vous serez ravisseurs injustes du bien d’autrui, vous resterez aux yeux de Dieu l’égal des homicides. » (Saint Jean Chrysostome au 4ème siècle). Plus proches de nous il s’agit de nombreux textes des papes et en particulier des encycliques. Sans oublier les apports d’autres communautés. Le pasteur Dietrich Bonhoeffer, tué sur ordre d’Hitler proclamait peu avant la guerre « Seuls ceux qui crient avec les juifs, peuvent chanter du grégorien ! » Martin Luther King et son combat contre la ségrégation raciale. Le Père Doudko en URSS… et bien d’autres.

  • La Pensée sociale de l’Eglise s’articule autour de :
    • la dignité de la personne crée à l’image de Dieu,
    • la destination universelle des biens et le choix prioritaire avec les pauvres,
    • la solidarité,
    • la subsidiarité dans l’exercice des responsabilités,
    • l’écologie intégrale…/…
  • En Amérique latine se développa la théologie de la libération vers les années 1960. Le constat de l’irruption des pauvres et de la pauvreté dans la société a conduit les théologiens à relire, avec les communautés de base, la Bible sous l’angle du souci de Dieu envers les pauvres. A partir de Moïse, des prophètes et du témoignage de Jésus cette théologie proposa des expressions diverses. Il fut reproché à certains courants de s’inspirer par trop de la pensée marxiste, Mais la théologie de la libération n’était pas athée ! Le Concile Vatican II, les nombreuses interventions du Conseil Œcuménique des Eglises, ont nourri cette réflexion. En Amérique Latine de grandes rencontres catholiques furent organisées visant plus ou moins expressément cette théologie,

Dans les années 1970 se développait la doctrine de la Sécurité Nationale (soutenue par les USA) qui, parfois avec la complicité des autorité catholiques laissèrent agir des dictatures. D’autres épiscopats s’y opposèrent très courageusement. (Dom Helder Camara, Romero…).

Aujourd’hui le pape François évoque la Théologie du peuple.

  • Cette controverse (à propos de la théologie de la libération), très néfaste pour le témoignage évangélique, affaiblit la présence de l’Eglise catholique dans les communautés populaires.
  • Au Guatemala de 1962 à 1996, dans le cadre d’une « guerre civile » opposant des forces paramilitaires et des puissants de la dictature aux résistants populaires, souvent des chrétiens, (parfois sous forme de guérillas)… près de 200.000 personnes furent tuées, massacrées, exécutées, torturées. Parmi elles de très nombreux chrétiens. Les piliers du parvis de la cathédrale de Guatemala Ciudad en témoignent. Mgr Gérardi, évêque guatémaltèque présenta un rapport complet en 1998. Il fut assassiné 2 jours plus tard ! (Cf. : La Bête et la Tourterelle de Charles Antoine éd. Cerf).
  • Un important travail de mémoire est accompli par les Eglises. Mgr Ramazzini soulignait l’importance de « Construire un monde juste, au-delà des conflits ». Il est lui-même très engagé, en particulier en ce moment contre l’emprise de grandes sociétés étrangères qui au nom de l’extraction minière ou de la grande agriculture extensive d’exportation blesse la terre, appauvrit les populations et détruit le tissu social local.

Nous avons rencontré plusieurs actrices/acteurs qui paient aujourd’hui le prix de la résistance à de tels choix.

3/ Nos modèles de développement en question.

  • Accepter l’interpellation.
  • Plusieurs personnes rencontrées nous ont dit les limites du système économique mondialement imposé. Dans la « complexité » du monde actuel en mutations, il est normal de s’interroger. Non pour le plaisir de changer, de faire la révolution mais pour s’adapter avec intelligence aux exigences nouvelles de la justice au cœur de la modernité. « L’une des causes de cette situation, à mon avis se trouve dans le rapport que nous entretenons avec l’argent. Ainsi la crise financière que nous traversons nous fait oublier son origine première située dans une profonde crise anthropologique. Dans la négation du primat de l’homme ! » (Pape François 16.05.013).
  • Il n’existe pas un modèle à imposer partout. Il existe des points de repère universels (les droits humains) à partir desquels nous pouvons ouvrir le débat sur les solutions les plus justes à adopter et à adapter aux diverses situations.
  • C’est l’utilité du Partenariat organisé et patient. Avec les sociétés civiles, et dans des réseaux organisés, le débat peut s’ouvrir sur les besoins les plus urgents à respecter à la fois au plan planétaire et local. Comment exprimerions-nous les conditions que nous jugeons indispensables pour le Vivre Ensemble ? Le local ne doit pas être opposé au mondial ni réciproquement. Le repli identitaire n’est pas la bonne solution pas plus que les modèles universels.
  • Le CCFD-Terre Solidaire a vécu, récemment, à la demande de certains partenaires des évènements significatifs. Autour de la dénonciation publique des Biens Mal Acquis par 37 responsables politiques du monde (il y en a bien d’autres !). L’un d’eux porta plainte contre nous pour diffamation. La Justice française eut à dire si notre travail de dénonciation était non seulement admissible mais souhaitable. Nous fumes relaxés et le CCFD déclaré : « Association de bonne foi ! ».
  • De même lorsque nous dénonçons, avec nos partenaires, la nocivité des méthodes extractivistes qui, au nom de la rentabilité maximale saignent la terre, la rendent infertile et mutilent gravement les sociétés. Un évêque du Pérou me révélait que dans son diocèse sur l’Altiplano, le « sang des enfants était plombé », empoisonné par le produit utilisé pour extraire le minerai. Le sang de nos enfants au service du super bénéfice ! Est ce une condition acceptable pour le vivre ensemble ? Et ce bien au delà des légitimes divergences politiques. Il est possible d’obtenir, non pas la fin de l’exploitation minière mais sa réalisation dans des conditions qui ne tuent pas les populations locales ! De même à propos de la destruction de millions d’hectares à travers le monde. Est il acceptable que les matières premières agricoles soient l’objet de jeux spéculatifs qui font que moins il y a des ressources et plus les spéculateurs s’enrichissent ?
  • Les travailleurs peuvent ils être traités n’importe comment ? Ainsi, il y a quelques années, l’effondrement de l’atelier du Rana Plaza (Bengladesh) provoqua plus de 1200 morts. Un rapport avait signalé le danger quelques temps avant. Or certains industriels français (et autres) faisaient fabriquer les vêtements dans cet atelier. Ne sont ils pas co-responsables du drame. Le CCFD et d’autres ONG sont intervenus pour faire voter fin Février 2017 la loi sur le devoir de vigilance qui impose à toute société française de rendre compte des méthodes utilisées par ses filiales ou sous-traitants. Il convient de parvenir peu à peu à une régulation mondiale de cette responsabilité sans se soumettre à la loi des supers profits.
  • Des partenaires montrent que dans le domaine agricole l’agriculture familiale, vivrière, adaptée aux exigences modernes de la production et de la distribution est plus productive à moyen et long terme que les procédés de la grande agriculture extensive.
  • Comment nos modèles de production tiennent-ils compte de la participation des populations locales. Il est démontré que la négociation avec elles et la recherche d’un accord tenant compte de la diversité des intérêts, est, à long terme préférable et plus rentable. Ainsi au Guatemala des communautés entières se soulèvent-elles contre les grands projets hydro-électriques, non par opposition à l’électricité mais pour exiger le respect de la terre et surtout partager les bienfaits de ces réalisations avec les populations locales.
  • A propos de l’usage de l’argent la société civile a contraint les grandes banques à s’intéresser aux « produits » de finance solidaire qui partagent les profits entre des particuliers et des projets de développement. Les Mutuelles de Solidarité soutenue par la SIDI (filiale du CCFD ou par la Fondation Terre solidaire) montrent qu’il est possible de remettre l’argent à sa juste place.
  • La Beauté est notre alliée ! Avec nos amies de Actoras de Cambio nous avons apprécié combien la création artistique et le souffle de la tradition étaient capables d’exprimer les cris des femmes violentées ainsi que leur envie de vivre. Ne laissons pas de coté les expressions artistiques pour sensibiliser non seulement l’intelligence mais le « cœur » de nos concitoyens.

A travers la découverte du Guatemala, approfondissons la conscience des Risques de mort qui menacent cette société et en même temps célébrons les Chances de vie incarnées par le courage de ces femmes et hommes rencontrés, dans la joie de la beauté d’une nature qui réjouit nos cœurs en profondeur.

Guy Aurenche. Mars 2017

 

Etude ayant servi de base à l’accompagnement par Guy Aurenche d’un voyage de groupe organisé au Guatémala par La Vie

Guy Aurenche est l’auteur de : La solidarité, j’y crois (Ed Bayard). Justice sur la terre comme au ciel (Ed Salvator)

 

Articles de Guy Aurenche sur ce site :

« La fraternité sauvera le monde » : http://www.temoins.com/la-fraternite-sauvera-le-monde/

« Une vision renouvelée des relations internationales. Interview de Guy Aurenche » : http://www.temoins.com/une-vision-renouvelee-des-relations-internationales-interview-de-guy-aurenche/

Autour d’un livre de Guy Aurenche :

« Guy Aurenche : De l’ACAT au CCFD-Terre Solidaire. Le souffle d’une vie » : http://www.temoins.com/guy-aurenche-de-lacat-au-ccfd-terre-solidaire-le-souffle-dune-vie/

 

 

Comprendre le rapport entre les sciences et les grandes traditions religieuses

 

Fondations et objectifs du site

Le site éducatif sciencesetreligions.com (1) fut créé par l’Université Interdisciplinaire de Paris (UIP), avec l’aide de la Fondation John Templeton et sous l’impulsion du chercheur pluri-disciplinaire Jean Staune, qui rassembla autour de lui une équipe de personnes intéressées par la relation entre science et religion – un groupe assez divers dans la mesure où des chercheurs de l’Université Catholique de Lyon (UCLy) côtoyaient entre autres des représentants de la chaîne de télévision musulmane Oumma, notre principal partenaire au niveau des médias. Actuellement, le suivi technique du site – géré par l’Association Science et Sens dont je suis le président – est encore assuré par l’UIP, mais sciencesetreligions.com est désormais intégré dans les activités de la Chaire Science et Religion de l’UCLy avec un financement de la Templeton World Charity Foundation. C’est un site qui essaie de rassembler tout ce qui a été publié en français en accès libre qui traite du rapport entre les sciences et les grandes traditions religieuses, allant de thèses universitaires très spécialisées jusqu’à des dépêches d’actualités de la part des médias visant le grand public. Le site s’organise autour de 12 questions fondamentales: D’ou vient l’univers ? La matière est-elle seulement “matérielle” ? Pourquoi y a-t-il de la vie dans univers? Science et religion : conflit inévitable? Qu’est-ce qu’une personne humaine ? Le cerveau est-il conscient ? Quelle est la place de l’homme dans l’univers ? Du désordre peut-il naître de l’ordre ? Les mathématiques font-elles connaître le réel ? Peut-on croire en une vie après la mort ? Les miracles sont-ils possibles ? Un monde sans violence ni souffrance peut-il exister ?

Mon intérêt personnel pour le sujet (2) date en quelque sorte de toujours (je suis moi-même fils d’un chercheur scientifique), mais plus spécifiquement de 2009, date à laquelle j’organisai une série de sessions sur la relation entre science et religion pour l’Eglise américaine de Paris à l’occasion des 150 ans de la publication de L’Origine de Charles Darwin. L’engouement des auditeurs fut tel que par la suite on élargit le projet par d’autres conférences dans le cadre d’une initiative intitulée ‘Scientists in Congregations’ (Scientifiques dans les Eglises). Elles donnèrent lieu à des discussions assez riches, non seulement lors de l’intervention de plusieurs personnalités internationalement connues dans le domaine (Keith Ward, Holmes Rolston III, Simon Conway Morris, ainsi que Jean Staune lui-même) mais aussi autour du cours vidéo Test of Faith developpé par l’Institut Faraday à Cambridge et spécifiquement destiné à un public chrétien non-spécialisé aux prises avec le matérialisme scientifique représenté par des auteurs tels que Richard Dawkins ou Christopher Hitchens.

Dialogue science et religion

En abordant le thème du rapport entre discours scientifiques et religieux, ce qui m’intriguait en particulier était l’histoire souvent compliquée et mal comprise de la relation entre la foi chrétienne et le projet (techno)-scientifique moderne occidental et son impact à la fois théologique, philosophique et sociologique – un thème sur lequel j’ai écrit en 2010 un mémoire de Maîtrise en théologie systématique à l’Université du Pays de Galles. J’avais et j’ai cependant l’impression d’un bilan assez mitigé en ce qui concernait les tentatives des croyants engagés dans ce débat – surtout dans les pays anglo-saxons – pour contrer le Nouvel Athéisme par une nouvelle apologétique essayant de montrer (par des idées certes valables telles que le “principe anthropique” ou les “réglages fins de l’univers”) que la position matérialiste était beaucoup moins solide que son image souvent véhiculée au grand public. Je ne voudrais pas nier les mérites d’une telle approche dans la mesure où les failles logiques du Nouvel Athéisme sont assez faciles à montrer par la seule philosophie, mais cela me semble assez timide comme démarche, on pourrait même dire que se concentrer sur une stratégie essentiellement défensive peut être interprété comme une sorte d’admission tacite que le christianisme n’aurait pas d’arguments positifs recevables pour les sciences pour justifier son existence ! Il est vrai qu’il est bon ton dans certains cercles théologiques de dire que la foi ne saura être prouvée par la science, mais ce genre d’argument est difficile à réconcilier avec les origines chrétiennes qui selon le Nouveau Testament reposent sur l’historicité de certains événements, dont tout d’abord la Résurrection du Christ et les miracles de Jésus en général. J’y ajouterai – quelque chose qui n’est curieusement pas toujours souligné – tout ce qu’on trouve dans les Actes des Apôtres au niveau de l’irruption du surnaturel à la naissance de l’Eglise, relaté par un homme de science, le médecin St Luc, qui présente notamment la Pentecôte comme un évènement quand même publiquement accessible.

En même temps, je m’aperçois que de plus en plus de chercheurs – surtout dans les neurosciences – commencent à remettre sérieusement en question des présupposés du “scientisme” à partir de leur expérience en tant que scientifiques et (par exemple dans le cas des médecins), sans qu’on puisse les accuser d’une motivation religieuse antérieure. Ce sont avant tout les recherches sur les expériences de mort imminente – sujet du récent colloque “La Conscience et L’Invisible” à Paris au mois de février qui a attiré un public de 2000 personnes) – qui semblent être en train de bouleverser la donne en faveur d’un retour progressif dans la perception publique de ce qu’on pourrait appeler la “métapsychique”. En d’autres termes, le paradigme de l’athéisme scientiste réductionniste d’un univers composé uniquement de “hasard et nécessité” selon les célèbres mots de Jacques Monod, habité par l’homme uniquement “neuronal” d’après un Jean-Pierre Changeux se trouve confronté à des anomalies de plus en plus indéniables, dont de plus en plus de gens connaissent l’existence.

Les acteurs du dialogue

Une lecture attentive de l’histoire des sciences dans un contexte français révèle que l’investigation de tout un spectre de phénomènes (médiumnité, perception non-sensorielle et d’autres) apparemment irréconciliables avec le matérialisme scientifique était regardée comme absolument légitime comme objet de recherche par des intellectuels de premier ordre (comme Henri Bergson, William James, Charles Richet, Pierre et Marie Curie…) jusqu’à la Première Guerre Mondiale. La métapsychique fut pourtant progressivement évacuée du “mainstream” scientifique, en partie sous l’influence de la psychiatrie et la psychanalyse freudienne, et reléguée au domaine peu recommandable de la “parapsychologie”. Un des problèmes actuels, c’est qu’il y a visiblement un public de dimensions non-négligeables qui rejette le paradigme du scientisme mais qui interprète de tels phénomènes dans un cadre plutôt apparenté au Nouvel Âge ou qu’on pourrait appeler dans un contexte francophone “néo-spirite” en faisant référence au père du spiritisme français au XIXème siècle, Allan Kardec. Ce sont des gens – en effet majoritaires dans le débat autour de sujets comme les états de conscience modifiés, mais aussi très présents dans certains courants écologiques – qui ont souvent une vraie quête spirituelle mais qui sont pour diverses raisons assez réfractaires envers la tradition judéo-chrétienne. Ils constituent en quelque sorte la “troisième force” dans la discussion entre Science et Religion, une communauté qu’on appelle en anglais spiritual but not religious (“spirituelle mais non-religieuse”), qui n’a pas été prise très au sérieux par la théologie universitaire jusqu’à maintenant, mais qui est d’une importance considérable au niveau sociologique, et qu’il faudrait absolument prendre en compte si on veut que le dialogue avance. Présenter le point de vue de cette communauté n’est pas le but exprès de sciencesetreligions.com, notre priorité étant de regrouper plutôt du matériel signé soit par des représentants officiels des grandes religions, soit des auteurs scientifiques et philosophiques/théologiques attitrés, mais on ne va pas prétendre que les spiritual but not religious n’existent pas.

Particularités du site sciencesetreligions.com

Une des particularités du site sciencesetreligions.com par rapport à d’autres sites engagés dans le dialogue Science / Religion au niveau international est l’espace consacré à la phénoménologie. Cet aspect semble pour la plupart curieusement négligé dans la discipline appelée “Science et Religion” dans le monde anglo-saxon qui est plus caractérisé par des discussions herméneutiques autour de questions telles que la compatibilité du livre de la Genèse et la théorie de l’évolution, un thème très présent sur les sites tels que biologos.org. Des questions d’interprétation des Ecritures des grandes religions à la lumière de la science ont bien entendu leur place sur sciencesetreligions.com, et pas uniquement dans un cadre chrétien – voyons par exemple les débats autour des publications créationnistes du musulman Harun Yahya – mais nous nous limitons pas à cela. Nous essayons plutôt de regrouper sans tabous ou présupposés confessionnels tout ce qui pourrait avoir un impact sur la conversation entre science et foi, y compris des articles (que ce soit des publications d’auteurs actifs dans le domaine, ou bien des reportages de sources sérieuses telles que les chaînes de télévision ou radios francophones) sur des phénomènes qui, si authentiques, imposeraient une remise en question des paradigmes actuels sur la relation cerveau-esprit, la possibilité de la vie après la mort et contact avec un monde invisible, l’existence de miracles aujourd’hui etc.

La question des récits de mort imminente déjà citée est un bon exemple d’un dossier phénoménologique tel qu’on trouve sur sciencesetreligions.com, mais il y en a beaucoup d’autres. Que dire des miracles allégués lors de la prière de guérison à laquelle assistent 1200 personnes chaque jeudi soir à l’église parisienne de St Nicolas des Champs, menée par un prêtre qui est aussi docteur en philosophie et enseignant au Collège des Bernardins ? Quelles sont les implications des copieux témoignages et enregistrements réalisés sur le terrain par des membres de l’Association Internationale des Exorcistes, une organisation plutôt sobre qui n’a peu en commun avec les caricatures hollywoodiennes et qui travaille en lien étroit avec des professionnels de la santé mentale ? Que penser des cas célébrissimes de stigmatisation à l’époque moderne comme Padre Pio, Marthe Robin ou, pour prendre un exemple vivant, la syrienne Myrna Nazzour ? En reprenant la fameuse question des philosophes, pourquoi y a-t-il quelque chose ici plutôt que rien ? Ou bien, tournant à d’autres traditions, comment évaluer les expériences shamaniques de Corine Sombrun en Mongolie, le “channeling” du Nouvel Âge, les troublants écrits de Carl Jung (notamment dans le Livre Rouge récemment rendu accessible au public) où la frontière entre hypothèse scientifique et expérience métapsychique n’est pas toujours claire, les études anthropologiques du vaudou haïtien… ? Est-ce tout peut être réduit à des supercheries, des phénomènes d’hystérie collective ou le travail de l’inconscient ? Ou bien, est-ce qu’on a réellement à faire avec l’invisible (d’ailleurs pas toujours bienveillant) ? Comment faire le tri ? On peut se positionner comme on veut par rapport à ces cas, mais l’attitude très souvent rencontrée parmi des universitaires qui consiste à dire “circulez, il n’y a rien à voir” semble manquer de sérieux. Il y a quelque chose à voir ici, mais quoi ? Une analyse rigoureuse s’impose, bien entendu, utilisant tous les outils critiques de la recherche interdisciplinaire, mais une analyse ouverte, dépourvue de préjugés d’ordre idéologique, et qui prend en considération toutes les données, non seulement celles qui sont susceptibles de conforter les idées reçues. La première étape, c’est au moins de présenter ces données souvent méconnues du grand public, afin que le travail d’évaluation critique puisse commencer. C’est donc cela que nous essayons de faire.

Le site se distingue également par un important volet philosophique consacré à une réflexion sur l’avenir des technosciences, un sujet qui en principe concerne tout le monde. Il faudrait souligner que la science n’est pas uniquement un ensemble de connaissances théoriques, mais aussi – ce qui est très évident même dans les écrits des fondateurs de la science occidentale moderne comme Francis Bacon ou René Descartes – un projet ambitieux et ambigu visant à connaître les processus du monde naturel afin de pouvoir contrôler la nature, voir l’exploiter par la technologie. Ce qui est loin d’être neutre philosophiquement et éthiquement. Si sciencesetreligions.com est évidemment intéressé par le regard des sciences sur les religions, ici cela marche également dans le sens inverse par le biais d’auteurs qui essaient de dégager les tendances profondes de la démarche technoscientifique en faisant référence à la tradition biblique.

En partant de penseurs tels qu’Ivan Illich ou Jacques Ellul jusqu’aux auteurs contemporains tels que Jean-Pierre Dupuy, Bruno Latour, Olivier Rey, Bertrand Vergely ou Dominique Bourg, il nous semble important d’inviter les lecteurs à prendre acte d’un débat très riche sur des thèmes comme le transhumanisme et les implications de la “convergence NBIC” entre nanotechnologie, bio-technologie, intelligence artificielle et sciences cognitives. Ce qui est en jeu ici est de taille, ayant des implications profondes pour notre vision de la personne humaine, ses responsabilités, sa place dans l’univers et ses rapports à la nature. Parmi nos derniers articles à paraître se trouve par exemple un dossier consacré aux réflexions très intéressantes du Professeur Dominique Lambert de l’Université de Namur, consulteur au Conseil Pontifical pour la Culture, au sujet des enjeux éthiques de la robotique, y compris l’usage des “robots autonomes armés” dans les conflits militaires. Un autre domaine important de réflexion concerne l’impact de l’activité humaine – donc la “science appliquée” en quelque sorte – sur la planète, une problématique aussi mise en valeur par le Pape François dans l’encyclique Laudato Si’, ce qui pose la question de la relation entre théologie et écologie.

Sciencesetreligions.com, projet d’évangélisation ?

Est-ce que sciencesetreligions.com devrait être compris comme un projet d’évangélisation ? La réponse est oui et non. Non dans la mesure où c’est avant tout un site éducatif où la pluralité des grandes traditions religieuses est respectée – si les auteurs chrétiens dominent numériquement, nous avons aussi un assez grand nombre d’articles d’auteurs musulmans ou bouddhistes. Notre politique est de signaler l’existence de publications qu’on estime importantes pour le débat par leur qualité intellectuelle ou une certaine représentativité de courants d’opinion sociologiquement signifiants, qu’on soit personnellement d’accord avec eux ou non (on trouvera sur sciencesetreligions.com même du contenu signé par des athées attitrés !). Nous essayons par contre d’écarter tout ce qui est de l’ordre de la propagande religieuse – ou anti-religieuse – basée sur la seule rhétorique plutôt que sur des arguments logiques. Après, c’est aux lecteurs de juger la cohérence des opinions des auteurs ce présentés par le site. En même temps, en tant que chrétien, je dirai “oui” à la question de savoir si sciencesetreligions.com est compatible avec ce qu’on appelle depuis quelques décennies déjà la Nouvelle Evangélisation. D’abord parce que les auteurs des articles, vidéos ou recensions de livres (dont moi-même ainsi que mon collègue Philippe Gagnon du Centre Théologique de Meylan-Grenoble, également responsable pour le contenu du site) ne cachent pas leurs propres convictions religieuses. Mais aussi, plus fondamentalement, parce que ce qui anime le site, c’est une quête sincère de la vérité à l’égard des 12 questions qui le structurent. Cette démarche ne peut pas être en contradiction avec Celui qui pour nous est le Chemin, la Vérité et la Vie (Jean 14,6). Même si la science ne peut pas “prouver Dieu”, nous sommes convaincus que la considération du “phénomène religieux” à la lumière des sciences mais plus généralement de l’analyse rationnelle peut être utile pour trancher entre des opinions divergentes au sujet de ces grandes questions, car certaines réponses semblent être appuyées par les faits avérés scientifiquement, tandis que d’autres seraient de simples affirmations sans fondement logique apparent. Pour être vrai, un article de foi quelconque doit être capable de résister à la confrontation avec des faits – à distinguer bien évidemment d’hypothèses scientifiques, qui n’ont pas le même poids. Et s’il y a du vrai dans ce que nous mettons à la disposition du public, cela aura sa propre force de conviction.

Peter Bannister

Titre et sous-titres mis par la rédaction

(1) http://sciencesetreligions.com
(2) Peter Bannister est l’auteur de plusieurs articles sur ce site : « Interview de Peter Bannister, musicien, compositeur et théologien » : http://www.temoins.com/interview-de-peter-bannister-musicien-hors-pair-et-theologien-jean-hassenforder/ « Sciences et foi. Etat des lieux et enjeux actuels » : http://www.temoins.com/science-et-foi-etat-des-lieux-et-enjeux-actuels/

Le monde en tension

Thomas FriedmanLe monde en tension : accélération du changement et adaptation sociale

La réalité et les enjeux selon Thomas Friedman, journaliste au New York Times et analyste au long cours des technologies de la communication

Nous pressentons la rapidité du changement. Nous percevons les peurs et les enfermements.  Les évènements récents nous montrent que c’est là une question prioritaire. Qui peut nous éclairer là dessus ?

En 2005, un journaliste américain publiait un livre : « The world is flat » (1) qui décrivait le processus à travers lequel le monde est devenu interconnecté. A partir d’une enquête internationale, ce livre faisait apparaître un paysage nouveau. Pendant des décennies, l’auteur, Thomas Friedman a couvert l’actualité internationale, et aujourd’hui chroniqueur au New York Times, il tient un blog qui apporte une information précieuse sur le déroulement de cette actualité (2). Et, en 2016, il publie à nouveau  un ouvrage qui va faire date en mettant en évidence l’accélération du changement et en nous interpellant sur les moyens d’y faire face. « Le titre : « Thank you for being late » peut nous intriguer (3). C’est un appel à faire une pause pour réfléchir comme l’attente engendrée par un retard peut nous laisser cette opportunité. Mais le sous-titre est plus explicite : « An optimist’s guide to thriving in the age of acceleration ».

Cet ouvrage nous apporte des informations originales dernier cri. Il induit une compréhension nouvelle de la conjoncture mondiale. Tout ceci est rapporté dans un style attractif, jalonné par le compte-rendu de rencontres avec des personnalités innovantes qui participent à l’expérience et à la réflexion de l’auteur.

Un changement accéléré

Dans son livre, « The world is flat », Thomas Friedman avait décrit les transformations des modes de communication qui, à la fin du XXè siècle, avait permis une unification du monde. Ainsi, au début du XXIè siècle, le monde était désormais interconnecté à un tel degré que, de plus en plus de gens, en de plus en plus d’endroits , avaient désormais une opportunité d’entrer en relation, de se concurrencer et de collaborer. Mais le changement ne s’est pas arrêté là. L’auteur a perçu une nouvelle inflexion dans le mouvement autour de l’année 2007. C’est alors que sont apparus de nouveaux processus encore inconnus lors de l’écriture du livre précédent : Facebook, Twitter, Linkedin, Skype entre autres (p 25). « Entre 2000 et 2007, en deux vagues successives, nous sommes entrés dans un monde où la connection est devenue rapide, libre, facile et omniprésente et où ensuite traiter la complexité est devenu rapide, libre, facile et invisible ». « Le monde n’est pas seulement devenu plat, sans frontières, mais rapide ». « Le prix de la production, du stockage et du traitement des données s’est effondré. La vitesse du chargement et du déchargement des données s’est envolée. Steve Jobs a donné au monde un appareil mobile avec une extraordinaire souplesse d’utilisation… Ces processus se sont croisés. Une immense énergie a été donnée aux êtres humains et aux machines, à un point qu’on a jamais vu et qu’on commence seulement à comprendre. Tel est le point d’inflexion qui est advenu autour de l’année 2007 » (p 93).

Aujourd’hui, tout s’est accéléré dans trois grands domaines que l’auteur appelle  « la Machine, le Marché, et Mère Nature ».

Nous sommes passé d’un premier âge de la machine, celui engagé par la Révolution industrielle où travail et machines sont complémentaires à un nouvel âge « où nous commençons à automatiser davantage de tâches cognitives et bien plus de tâches de contrôle ». Le « marché » est un raccourci pour désigner l’accélération de la globalisation. C’est le flux global du commerce, de la finance, du crédit, des réseaux sociaux et l’interconnection qui tisse les marchés, les médias, les banques, les entreprises, les écoles, les communautés et les individus… Les flux d’informations et de savoirs qui en résultent rendent le monde non seulement interconnecté et hyperconnecté, mais aussi interdépendant » (p 26).

« Mère Nature » est un raccourci pour désigner le changement climatique, la croissance de la population et le déclin de la biodiversité. Et, là aussi, tout s’accélère.

Quelques exemples de cette accélération. Un des plus emblématiques est la baisse du prix des microprocesseurs qui a suscité un accroissement vertigineux du pouvoir des ordinateurs. « La clé a été la croissance exponentielle dans la puissance de calcul telle qu’elle est représentée dans la loi de Moore. Cette théorie émise en 1965 par le cofondateur d’Intel, Gordon Moore, postule que la vitesse et la puissance des microprocesseurs, qui engendrent la puissance du calcul, doubleraient environ tous les deux ans…Cette loi, qui indique une croissance exponentielle, a été validée pendant cinquante ans » (p 25). Cet accroissement de puissance impressionnant a rendu possible de nouvelles innovations comme des voitures se conduisant toutes seules ou des programmes capables de gagner aux échecs.

Cette expansion accélérée a abouti à l’irruption du « cloud » qui, au delà des appareils que nous utilisons, emmagasine un immense ensemble de données résultant des multiples activités en cours et auquel nous pouvons avoir nous-mêmes accès. C’est une réalité nouvelle sans précédent dans l’histoire humaine. Sa puissance est telle que Thomas Friedman préfère parler du « cloud » en terme de « supernova » pour en marquer l’originalité incomparable.

Cette croissance accélérée des technologies de la communication en rejoint une autre, celle de la globalisation entendue ici sous le terme de « Marché ». La globalisation n’est plus seulement la circulation des biens physiques, des services et des transactions financières. C’est une réalité bien plus vaste et bien plus impressionnante. « C’est la capacité pour toute personne et pour toute entreprise de se connecter, d’échanger, de collaborer ou de se concurrencer ». Et, à cet égard, aujourd’hui, la globalisation est en train d’exploser… «  A travers les téléphones mobiles et la supernova, nous pouvons maintenant envoyer partout des flux digitaux et en recevoir de partout » (p 120). « Le monde est plus interdépendant qu’il ne l’a jamais été ». Et « ce monde ne peut pas être connecté en tant de domaines et dans une telle profondeur sans être lui-même en train d’être transformé et réorganisé (« reshape » ». Le besoin d’interconnexion est devenu aujourd’hui une aspiration majeure, un désir vital. L’auteur cite une enquête sur l’importance accordée au téléphone mobile. 50% des personnes interrogées préféreraient se passer de vacances pendant un an plutôt que de perdre l’accès au téléphone mobile (p 121). Et, dans les pays du sud, le téléphone mobile est maintenant un bien prioritaire et le support de multiples communications. Les pauvres migrants eux-mêmes en sont dotés. Thomas Friedman raconte comment il en a fait l’expérience dans une rencontre où, à l’aide du téléphone mobile, ils se sont pris en photos mutuellement (p 123). L’auteur nous donne des exemples  concrets des transformations de pratiques et de comportements induites par l’interconnexion.

Thomas Friedmann est également familier avec la question écologique à laquelle il a consacré un livre précédent : « Hot, flat and crowded ». Comme d’autres experts, il nous met en garde contre le réchauffement climatique et la réduction de la biodiversité. Là aussi, les évolutions sont rapides.

Les transformations actuelles convergent. Au cœur de cet ouvrage, il y a la thèse que « le Marché, Mère Nature et la loi de Moore envisagés ensemble, engendrent cet « âge de l’accélération dans lequel nous nous trouvons aujourd’hui. Le même mouvement affecte les mécanismes centraux de la machine. Ces trois accélérations ont un impact l’une sur l’autre. Davantage de loi de Moore suscite davantage de globalisation et davantage de globalisation engendre davantage de changement climatique. Mais davantage de loi de Moore suscite également plus de solutions possibles par rapport au changement climatique et à beaucoup d’autres défis » (p 27).

Face aux déséquilibres et aux dangers.

Cette accélération du changement induit des déséquilibres parce qu’elle requiert une adaptation qui n’est pas acquise au même rythme. Dans le passé, on a pu observer des adaptations par rapport à certains changements, mais le temps nécessaire avait pu être trouvé parce que ces changements étaient moins rapides. L’auteur nous propose deux courbes : celle de l’adaptation humaine qui monte lentement et celle du progrès technologique qui s’élève de plus en plus rapidement ( p 32). Aujourd’hui, un décalage commence à apparaître. Si l’adaptabilité s’est accrue par rapport au passé en fonction d’une meilleure éducation et d’une diffusion plus efficace des savoirs, l’accélération actuelle du changement peut dépasser notre capacité d’adaptation et susciter aussi beaucoup d’angoisse et de résistance. Aujourd’hui, très concrètement, « si il est vrai qu’il faut maintenant dix à quinze ans pour comprendre une nouvelle technologie et créer en conséquence de nouvelles lois et régulations pour protéger  la société, comment régulons-nous quand une technologie vient et s’implante en une courte période de 5 à 7 ans ?» (p 33).

La globalisation est ambivalente. Ses effets dépendent des valeurs et des outils que nous mettons en œuvre en regard. Aujourd’hui, on perçoit de vives réactions politiques face à une immigration mal contrôlée. Comment adapter de saines protections sans perdre les avantages décisifs de la circulation des flux ? « Si beaucoup d’américains se sont récemment sentis submergés par la globalisation, c’est parce que nous avons laissé les technologies physiques (immigration, commerce et flux digital) prendre le dessus et dépasser les technologies sociales : l’éducation et les outils d’adaptation nécessaires pour amortir l’impact et ancrer les gens dans de communautés saines qui puissent les aider à vivre et prospérer » (p 155) . Nous avons besoin d’un leadership qui prenne en compte et apprivoise l’anxiété. Dans un âge où des situations extrêmes apparaissent, des politiques particulièrement innovantes sont nécessaires. Elles peuvent combiner des idées traditionnelles et de nouveaux processus. « Je parle d’une politique qui renforce les filets de sécurité pour les travailleurs afin de sauvegarder ceux qui sont dépassés par la rapidité du changement. Je parle d’une politique capable de susciter davantage de technologies sociales pour faire face aux changements entrainés par les technologies physiques. Finalement, je parle d’une politique qui comprenne que dans le monde d’aujourd’hui la grande opposition politique n’est pas entre la gauche et la droite, mais entre une société ouverte et une société fermée » (p 336).

Ce changement technologique accéléré engendre un accroissement considérable du pouvoir. C’est le pouvoir des machines. C’est le pouvoir des flux, mais c’est aussi le pouvoir des hommes, le pouvoir d’un groupe, mais aussi le pouvoir d’un seul. Ce qu’une personne isolée peut faire en terme de construction ou de destruction a été porté aujourd’hui à un haut niveau. Jusqu’ici une personne pouvait en tuer une autre. Maintenant, il est possible d’imaginer un monde où, un jour, une personne puisse tuer toutes les autres. Qu’on se souvienne de l’attaque contre les tours jumelles de New York, il y a quinze ans. Mais l’inverse est vrai aussi. Une personne peut maintenant en aider beaucoup d’autres. Elle peut éduquer, inspirer, divertir des millions de gens. Une personne peut maintenant communiquer une nouvelle idée, un nouveau vaccin ou une nouvelle application au monde entier » (p 87). Cet accroissement de puissance appelle en regard une élévation de la conscience.

Et de même, on constate aujourd’hui que l’humanité a créé un nouveau royaume pour l’interaction humaine. « Mais il n’y a personne en charge du cyberespace où nous sommes tous connectés » (p 339). Cette situation requiert évidemment le développement d’une régulation, mais elle appelle aussi une conscientisation morale et éthique. Il est impératif d’équilibrer le progrès technologique par le sens de l’humain.

Pour une conscientisation morale et éthique.

C’est bien là le message de Thomas Friedman. Il y aura toujours du mal dans le monde, nous dit-il. Mais la question, c’est comment augmenter les chances pour réduire les mauvaises conduites.

« La première ligne de défense pour toute société, ce sont ces garde-fous : les lois, la police, la justice, la surveillance… des règles de décence pour les réseaux sociaux. Tout cela est nécessaire, mais n’est pas suffisant à l’âge de l’accélération. Clairement, ce dont on a besoin, et c’est à la portée de chacun, c’est de penser avec plus de sérieux et plus d’urgence à la manière dont nous pouvons nous inspirer davantage des valeurs qui portent : l’honnêteté, l’humilité, et le respect mutuel. Ces valeurs génèrent la confiance, le lien social et, par dessus tout, l’espoir » (p 347).

Pour faire face au grand défi auquel nous sommes confrontés, Thomas Friedman nous incite à appliquer la « règle d’or », quelle que soit la version qui nous a été transmise. La « règle d’or » (4), c’est de ne pas faire aux autres ce qu’on ne voudrait pas qu’on vous fit » (p 347).  C’est simple, mais cela produit beaucoup d’effets. Cela peut paraître naïf. Mais « je vais vous dire ce qui est vraiment naïf, c’est ignorer le défi : ce besoin d’innovation morale à une époque où abondent de gens en colère, maintenant superpuissants ». Pour moi, « cette naïveté, c’est le nouveau réalisme » (p 348).

Thomas Friedman cite le discours du président Obama lors de sa visite à Hiroshima le 27 mai 2016. Barack Obama évoque le pouvoir de la science en bien comme en mal. Il appelle à une coopération paisible entre les nations. « Et peut-être par dessus tout, nous devons réimaginer notre relation les uns avec les autres comme membres de notre unique humanité » (p 349).

« Oui, nous avons besoin d’une évolution sociale et morale très rapide ». Mais où commencer ? « Une manière pratique de commencer est d’ancrer le plus de gens possible dans des communautés saines. Au delà des lois, de la police, de la justice, il n’y a pas de meilleure source de mesure qu’une forte communauté. Les africains ont forgé cette phrase : « On a besoin de tout un village pour élever un enfant ». Les communautés créent un sens d’appartenance qui engendre la confiance sous-jacente à la règle d’or et aussi les contrôles invisibles qui s’imposent à ceux qui veulent franchir les lignes rouges » (p 349) . L’auteur cite le film « The Martian » (Le Martien) qui met en valeur un geste de solidarité internationale. Si dans ce monde, il y a une stratégie pour vivre et prospérer, « c’est de construire des interdépendances saines, profondes et durables ». Et il y a aussi un obstacle : c’est « notre caractère tribal ». « Là est le défi et le besoin pour une innovation morale. Dans un monde bien plus interdépendant, nous avons besoin de redéfinir la tribu, c’est à dire d’élargir la notion de communauté, précisément comme le président Obama l’a plaidé dans son discours d’Hiroshima. « Ce qui fait notre espèce unique, c’est que nous ne sommes pas liés à un  code génétique pour répéter les histoires du passé. Nous pouvons apprendre. Nous pouvons choisir. Nous pouvons raconter à nos enfants une histoire différente, une histoire qui décrit notre humanité commune » (p 392).

L’homme est un être social. Dans nos sociétés occidentales, l’isolement est bien trop répandu. L’auteur rapporte un entretien avec une autorité médicale américaine. « La plus grande maladie aux Etats-Unis aujourd’hui, ce n’est pas le cancer, ce n’est pas la maladie de cœur. C’est l’isolement. Le grand isolement, c’est la plus grande pathologie » (p 450).

Durant son enfance, Thomas Friedman a vécu dans une communauté saine à Saint-Louis dans le Minnesota. Son livre s’achève par le récit de ce qu’il a vécu en revisitant ce lieu où il a grandi. C’est à partir de cette expérience qu’il peut nous dire l’importance d’une relation humaine dans le respect, la réciprocité, la solidarité.

A un moment ou des poussées d’agressivité apparaissent dans le monde occidental et sont exprimées dans des formes qui contredisent  des valeurs majeures comme le respect de l’autre, il est urgent de comprendre ce qui est en question.

Or, nous savons que notre monde traverse une période de grande mutation . Nous en percevons des aspects, mais qu’en est-il plus profondément?  Pour cela sans doute, faut-il comprendre au plus près, l’évolution des technologies qui ont, manifestement, un rôle moteur pour le meilleur ou pour le pire.

En 2005,  Thomas Friedman, dans son livre : « The world is flat » nous informait sur les processus qui ont abouti à l’unification du monde. Aujourd’hui, il est toujours celui qui va puiser l’information aux meilleures sources pour la partager avec nous et nous apporter à la fois sa connaissance et son expérience.

Avec lui, nous comprenons mieux ce qui se passe aujourd’hui et ce qui est en jeu. Et nous recevons d’autant plus son appel à un renouveau moral, éthique et spirituel. Il rejoint là la recherche qui se poursuit sur ce site depuis quelques années (5).

En fin de compte, nous sommes aujourd’hui confrontés à une crispation qui s’étend à de nombreux pays et qui résulte de la peur engendré par un changement technique, économique et social accéléré. Cette crainte engendre un rejet, une agressivité qui débouchent sur la recherche d’un pouvoir fort où la violence  s’exprime dans des réflexes d’exclusion et d’autoritarisme.

La crainte de l’avenir suscite le retour au passé et à l’imaginaire religieux qui l’accompagne.

En regard, pour aller de l’avant, conscients des menaces, mais aussi des promesses, pressentant une civilisation nouvelle qui s’esquisse, nous choisissons une société ouverte et non une société fermée, et, nous avons besoin pour cela de trouver notre inspiration dans une espérance, dans une vision qui puisse s’exprimer dans un récit (6).

Dans ce mouvement, une foi chrétienne bien entendue, participe à cette requête, car, comme l’écrit le théologien de l’espérance,  Jürgen Moltmann, « elle est résolument tournée vers l’avenir et invite au renouveau. L’avenir n’est pas un aspect du christianisme, mais l’élément de la foi qui se veut chrétien…la couleur du jour nouveau, la teinte dominante du tableau. La foi est chrétienne lorsqu’elle est la foi de Pâques. Avoir la foi, c’est vivre dans la présence du Christ ressuscité et tendre vers le futur Royaume de Dieu » (7).

Dans cette tempête, tous humains,  gardons le cap.  En nous aidant à comprendre les ressorts de la situation, Thomas Friedman nous aide puissamment.

J H

Une nouvelle manière de vivre en société

Roger SueIndividu relationnel et société associative

« La contresociété », selon Roger Sue

 

Si certains épisodes comme l’élection présidentielle en France suscitent des mobilisations, dans la durée, on assiste plutôt à un rejet du pouvoir politique qui s’exprime à travers un pessimisme et un désengagement. Plus généralement, dans tous les domaines, les institutions hiérarchisées, qui ont longtemps encadré la société française, sont aujourd’hui plus ou moins sujet de défiance. Ainsi, peut-on ressentir un malaise dans la vie publique qui s’exprime dans un vocabulaire de crise. Ce désarroi se conjugue avec une révolte diffuse qui nourrit les extrémismes. Et pourtant, on peut également observer en regard des mouvements qui sont porteurs d’espoir. Nous avons besoin d’y voir plus clair. Cette situation appelle des diagnostics et des propositions.

A cet égard, des chercheurs en sciences sociales viennent éclairer les transformations actuelles. Ainsi, dans son livre : « La contresociété » (1), Roger Sue nous apporte une vision positive : « Le contrat social ne tient plus ». Dans le vide actuel, « surgissent les monstres, les extrémistes de l’ordre et du désordre. Mais se lève aussi l’immense majorité des individus anonymes, qui, hors des institutions verticales, retissent les liens d’une société horizontale et associative, une contresociété. Celle des réseaux qui créent internet, celle de l’économie collaborative qui renouvelle la relation au travail et à la richesse, celle de la connaissance qui défie ceux qui prétendent à son monopole, celle de l’engagement et de l’action qui redonne son sens original à la politique et à la démocratie… » (page de couverture)

Dans ce livre, Roger Sue met en évidence, par delà les héritages encore dominants, l’émergence d’une nouvelle forme de lien social, d’un « individu relationnel », moteur d’une société associative. Il décrit les comportements, les initiatives, les innovations qui portent ce changement et en témoignent. Enfin, en conclusion, il propose trois orientations stratégiques pour que « la contresociété devienne la société elle-même et dessine une autre figure politique en rapport avec l’évolution du lien social : l’ouverture de l’école à la société de la connaissance, l’universalité du service civique et la participation des citoyens à la politique ».

 

Une nouvelle manière de vivre en société

Si nous ressentons un état de crise qui entraine un repli, une morosité et se traduit par un rejet du politique, Roger Sue perçoit, dans le même temps, un mouvement sous-jacent dans lequel s’élabore une nouvelle manière d’envisager la société. A l’encontre de la société dominante, cette « contresociété » « préfigure de nouveaux modes d’organisation du social, de l’économique et du politique ». « Là où la plupart des observateurs décrivent la fragmentation, l’éclatement, la déconstruction des collectifs, le repli sur soi, sur fond de désert idéologique et politique,  et l’absence d’avenir, émerge un mouvement social de fond… » (p 8). Ce mouvement, en opposition aux formes anciennes de la société, s’affirme dans la désertion et la contestation, mais aussi dans la reconstruction. L’auteur décrit ces trois moments, mais comme les deux premiers , nous paraissent bien identifiées, nous mettons l’accent sur son analyse concernant la reconstruction.

Roger Sue nous appelle d’abord à ne pas nous focaliser sur la crise dans l’attente d’un retour au passé. « Le discours du retour au passé reste le fond de la promesses politique, à gauche et à droite, et à fortiori à l’extrême droite » (p 11). Nous ne devrions pas nous sentir prisonniers de représentations de l’économie liées au passé. Au delà des vicissitudes de l’économie, une transformation sociale est en cours qui va elle-même influer sur la vie économique. Un mouvement de fond est en train d’apparaître. « il est lié aux nouvelles manières de vivre ensemble, de se lier aux autres, de communiquer, de produire d’apprendre, de « faire société », bref aux évolutions du lien social » (p 13). Cette évolution est une nouvelle étape d’une transformation historique : « Le lien communautaire du passé enfermait la société et leurs membres sur eux-mêmes, dans leurs traditions statutaires et séculaires, et dans une économie de la reproduction relativement autarcique alors que la naissance de l’individu les ouvre aux liens contractuels de la modernité, à la démocratie, au marché, au progrès et au développement »  (p 15à

Nous entrons aujourd’hui dans une nouvelle étape. « L’évolution du lien social se caractérise par la montée en puissance d’un individu relationnel : les réseaux sociaux et associatifs ne se sont pas étendus aussi rapidement, puissamment et efficacement par hasard… ». « Un lien d’association ou de l’associativité se diffuse dans l’ensemble des relations sociales » et ce phénomène « a une portée révolutionnaire encore ignorée, de la famille à l’entreprise, en passant par les réseaux sociaux, de la manière de « faire connaissance » à celle de concevoir la politique » (p 15). Ainsi se développe une vie en réseau dans un grand nombre de domaines. « La famille fonctionne de plus en plus souvent comme une sorte d’association à géométrie variable…  De même l’irruption des technologies numériques, des grands réseaux sociaux, des mobiles est impensable sans une configuration sociale assez horizontale et associative…Le fonctionnement à grande échelle de l’internet est impossible sans une grande propension à l’associativité de la société… » (p 16-17). On retrouve cette influence de l’associativité dans l’émergence de la société de la connaissance, de l’économie collaborative, de la démocratie participative.

Nous rejoignons la question de Roger Sue : « La crise n’est-elle pas l’effet du choc d’une contresociété  de plus en plus horizontale face à des institutions et une organisation politique dramatiquement verticales ». Cette question implique une analyse de la situation qui correspond à notre expérience.

 

Une nouvelle forme du lien social : L’individu relationnel, source de la société associative.

« La forme du lien social gouverne notre relation à l’autre, aux autres et à la société. Aujourd’hui, cette évolution modifie toutes nos relations : le couple, la famille, les amis, le travail, l’entreprise ; les loisirs, les institutions et la politique » (p 22). En analysant l’évolution sociale, Roger Sue nous fait entrer au cœur du processus qui génère une culture et une société associatives.

La recherche met en évidence le développement de l’individualisation au cours des derniers siècles et des dernières décennies . Cette évolution a pu être perçue par certains comme synonyme d’individualisme. Et effectivement, il y a eu des accents différents selon les phases et les moments de cette évolution. Mais globalement, il y a un lien entre individualisation et socialisation. Et ce lien est bien marqué aujourd’hui.

Selon Roger Sue, on assiste aujourd’hui à « une recomposition du rapport social de l’individu à lui-même, au collectif et à la société, c’est à dire du lien social » (p 23). L’auteur explore ces trois dimensions. Dans le rapport à soi, il y a attente et reconnaissance de la singularité de chacun. Cette singularité est liée à une capacité accrue de réflexion, mais aussi à la diversité des expérience vécues. « Elle tient à la faculté d’endosser des identités multiples ou successives ».  A la suite du livre de Bernard Lahire : « L’Homme pluriel », on perçoit de mieux en mieux « la diversité des identités  qui traversent la même personne » ( p 27). Le lien social n’est pas seulement extérieur à l’individu. Il  le compose aussi intérieurement, mentalement, psychologiquement comme individu associé » (p 28).

Si nous adhérons à la proposition de Roger Sue de nommer « individu relationnel », le stade actuel de l’individualité, il en résulte une énergie nouvelle : « Face à la décomposition des institutions, la socialisation procède désormais essentiellement du flux relationnel permanent qui émane des individus » (p30). C’est le développement d’une société en réseau. C’est l’émergence d’une société associative.

En France même, on assiste aujourd’hui à un développement constant de la vie associative. « On compte aujourd’hui plus de 1,3 million d’associations en activité, auxquelles s’ajoutent en moyenne 70000 créations chaque année. Ce rythme ne se dément pas. Il faut le comparer avec les 20000 créations des années soixante qui restent pourtant dans la mémoire comme la  grande période d’engagement, de  militantisme, de culture populaire et d’action civique » (p 43). « La France compterait aujourd’hui plus de 20 millions de bénévoles, soit près de 40% de la population, avec une remarquable progression de 12% au cours des années 2010-2016 » (p 42). Et, par ailleurs, les associations sont hautement appréciées par les français (79% de jugements positifs) devançant largement les institutions (p 29)/

Cet esprit associatif se répand également dans la sphère politique malgré les résistances qui lui sont opposées. Les exemples sont multiples. Cependant, les oppositions que l’esprit d’association rencontre dans un système social et une sphère politique caractérisés par les séquelles de la hiérarchisation, engendre un malaise profond. Le diagnostic de Roger Sue nous paraît pertinent. « Le pessimisme ambiant fortement marqué en France, tient moins à la dégradation objective des conditions de vie qu’à la montée des subjectivités et des aspirations à l’association. Aspirations confrontées à une réalité socio-institutionnelle figée, décalée, qui paraît  d’autant plus distante. Du choc de l’horizontalité des réseaux de relation face à la verticalité des institutions nait la violence sociale qu’on retourne contre l’individu » (p 50)

 

Quelles perspectives ?

Dans notre recherche où la crise actuelle apparaît comme un effet des mutations en cours (3), où des transformations sociales en profondeur comme l’individualisation s’effectuent dans un processus à long terme (4), où des aspirations nouvelles se manifestent à travers un puissant mouvement d’innovation (5), le livre de Roger Sue vient nous apporter un éclairage qui confirme un certain nombre de prises de conscience et contribue à une synthèse dans les convergences qu’il met en évidence. En proposant la notion d’ « individu relationnel », il met en évidence une nouvelle étape, bienvenue, dans le processus d’individualisation. En proposant la vision d’une « société associative, il donne du sens à toutes les innovations sociales qui apparaissent aujourd’hui, et, plus généralement  aux changements en cours qui manifestent un nouvel état d’esprit dans la vie sociale, économique et politique et qui se heurtent aux obstacles et aux oppositions « d’une réalité socio-institutionnelle figée, décalée », encore fortement hiérarchisée. Si cette grille de lecture n’épuise pas toutes les questions que nous nous posons aujourd’hui comme nos interrogations sur les origines de la puissance actuelle des forces qui montent à l’encontre des sociétés ouvertes, elle nous apporte une vision cohérente d’une société associative et participative dont nous voyons qu’elle répond à des aspirations convergentes.

Cette approche s’applique à l’ensemble de la vie sociale, et donc, entre autres, au champ religieux. Ici, à Témoins, nous poursuivons notre recherche sur la pertinence des pratiques d’église en rapport avec l’évolution des mentalités. La présence chrétienne dans la vie contemporaine implique une affinité avec tout ce qui est bon et positif dans ce registre. Lien relationnel et société associative sont des termes qui résonnent favorablement chez ceux pour lesquels le message de l’Evangile s’exprime dans une vision relationnelle de la société et du monde. Dieu, communion d’amour se révèle en Jésus qui nous appelle à l’amour et à la paix. Le théologien Jürgen Moltmann met en évidence l’œuvre de Dieu en des termes relationnels. « L’essence » de la création dans l’Esprit est, par conséquent, « la collaboration » et les structures manifestent la présence de l’Esprit dans la mesure où elles font reconnaître « l’accord général ». (Au commencement était la relation (Martin Buber) » (6).

La vision d’une société associative fondée sur un lien relationnel nous paraît en affinité avec notre perception de l’Eglise primitive. Par contre, de même que cette vision tranche avec le contexte socio-institutionnel hiérarchisé qui prévaut encore à notre époque, de même, elle interpelle des institutions ecclésiales marquées par des siècles de chrétienté où une civilisation patriarcale a modelé les esprits. Dans le contexte d’une autorité descendant de haut en bas, on voit bien aussi combien le rôle mineur  encore souvent attribué aux femmes est un archaïsme d’autant plus marqué que la société globale a beaucoup évolué en ce domaine. Ainsi comme sur d’autres registres, l’apport de ce livre éclaire le chemin

Jean Hassenforder

S’engager et méditer en temps de crise

Un livre de Cécile Entremont pour vivre et agir pendant la transition vers une civilisation écologique

 

Psychologue clinicienne, psychothérapeute et formatrice, Cécile Entremont vient de publier un livre : « S’engager et méditer en temps de crise. Dépasser l’impuissance et préparer l’avenir » (1). Cécile s’est décidé à écrire ce livre dans la conscience de la dimension écologique de la crise que nous vivons. Face aux difficultés de vie qui se manifestent aujourd’hui, elle vient apporter son expérience de psychothérapeute pour une meilleure capacité de faire face au stress environnant. Cécile Entremont nous dit ainsi son intention : « Un grand bouleversement de la civilisation mondiale se prépare. Le pressentir autour de soi dans le malaise ambiant. Il faut le courage de la regarder en face, les yeux grands ouvert. Soixante cinq ans de vie et quarante deux ans d’exercice professionnel dans le champ des relations humaines constituent un socle d’expériences à partir duquel on peut s’autoriser à penser ce qui se passe, à ce qui peut advenir, imaginer comment s’y préparer et aider les jeunes

générations à s’y préparer. Des lectures documentées et des échanges variés viennent corriger ou valider les réflexions premières, en tout cas, les enrichir » (p 9).
Cécile Entremont nous a fait part de son parcours dans une interview sur le site de Témoins (2). Elle a également participé à la journée du 26 novembre 2017 sur le thème : « Parcours de foi aux marges des cadres institutionnels » (3). Nous entendons ici son point de vue sur l’évolution de la société et la manière dont elle envisage le développement d’une capacité personnelle permettant de résister aux agressions mentales et de pouvoir ainsi agir positivement face aux enjeux et aux défis de notre temps.

Un temps de crise

Les premiers chapitres du livre sont consacrés à un constat de la crise écologique et économique (« Constats d’un monde en crises globalisées ») et aux moyens de faire face et d’aller de l’avant (« Quel futur ?).

Dans son environnement social, l’auteure perçoit face à la crise actuelle « une angoisse diffuse » qu’elle décrit à partir de son expérience de psychologue. Au regard de la crise, à laquelle nous sommes tous confrontés, elle met en garde contre « le déni, entre refus de percevoir et rejet de l’intolérable ». « Pour prendre vraiment conscience des dangers planétaires annoncés, pour croire à ce que nous savons, nous avons à anticiper les émotions que nous ressentirons » (p 61). En ce sens, il s’agit pour l’auteure, d’entrer, au sens psychologique, dans un « travail de deuil ». Cécile Entremont évoque le livre de René Kaës : « Le Malêtre ». Ce « malêtre » est défini comme « douleur dans l’être même de l’humanité, avec effacement du sujet, absence de répondant, incertitude et angoisse » (p 67). Dans l’esprit de Cécile Entremont, ce travail de deuil doit aider à accepter la réalité à venir, et, par là, à sortir de l’immobilisme pour amorcer « une sortie positive d’un mode de vie qui devient totalement fou » (p 73). « Plus tôt on apprendra à vivre autrement, avec d’autres références, d’autres valeurs, d’autres liens, mieux ce sera pour retrouver le goût et le sens de la vie » (p 73).

Ainsi, il est aujourd’hui impératif de « changer nos représentations ». Cécile Entremont nous fait part de son itinéraire de recherche qui croise le notre à cet égard. Elle appelle à « interroger et à modifier nos représentations, penser autrement » (p 80). Un monde est en train de disparaître. Un autre monde s’annonce. Il nous fait penser en terme de transition. « Comme l’écrit Patrick Viveret, « une période se termine, mais une autre s’ouvre. Ce qui différencie fondamentalement les résignés des bâtisseurs, c’est que les premiers ne voient que le déclin et la chute, tandis que les seconds pressentent la germination créative au coeur même de l’épreuve ». Pour lui, « Transition et résilience sont deux concepts féconds particulièrement adaptés à la période de bouleversement civilisationnel que nous vivons et stimulants pour la confiance et la créativité » (p 92). Cécile Entremont explicite ces deux concepts familiers pour les psychologues. Et elle invite à entreprendre, à « agir dans et pour la transition » (p 110) en présentant de nombreuses initiatives en ce sens.

Un deuxième souffle

Cependant, la montée des périls appelle « un deuxième souffle » à même d’inspirer un nouveau mode de vie. C’est passer du vivre ensemble au faire ensemble, développer des pratiques personnelles favorisant vie intérieure et équilibre émotionnel, promouvoir une nouvelle éducation. Ces chapitres s’appuient directement sur le savoir-être et le savoir-faire de l’auteure et sont particulièrement denses et riches. Ce bref compte-rendu ne peut en donner que quelques aperçus.

L’auteure appelle un « agir éthique ». « L’éthique concrétise et met en pratique les valeurs et les vertus auxquelles on accorde de l’importance tant au niveau individuel que social » (p 127). Cécile Entremont évoque des valeurs fondamentales comme le respect, et aussi les vertus cardinales que sont la prudence, la force / ou le courage, la tempérance et la justice. Elle se réfère à des philosophes comme André Comte-Sponville et Emmanuel Lévinas ainsi qu’à l’encyclique sur l’écologie du pape François. Elle met en valeur le mouvement actuel en faveur de l’altruisme, de la collaboration et de la convivialité.

Le chapitre sur « les pratiques personnelles » s’appuie sur l’observation quotidienne et l’expérience professionnelle de Cécile Entremont, une expérience inspirée par une « anthropologie ternaire, c’est à dire une vision holistique de l’être humain comme l’unité « corps physique, vie psychique, cœur profond (ou âme) » (p 150).

La revalorisation du corps est indispensable. « Notre corps nous permet naturellement l’ancrage dans la réalité, ici et maintenant, et révèle la densité de notre présence à nous-mêmes et à notre entourage » (p 152). Aujourd’hui, de nombreuses pratiques corporelles, souvent originaires de l’orient, sont à notre disposition. L’auteure met l’accent sur l’approche de la « pleine conscience ». « Lors d’un atelier de pleine conscience que j’anime, j’ai pu constater les effets bénéfiques de cette pratique ». On peut y faire appel « lors d’épreuves angoissantes, avant le coucher, pour un meilleur endormissement, pour stopper la rumination ou la procrastination ou encore la tentation addictive… ». C’est « une voie évidente pour installer le calme en soi, et bénéficier ensuite du recul nécessaire… On avance alors vers une vision du corps bien plus riche qui nous conduit à éprouver du respect pour la vie, la notre et celle qui nous entoure » (p 156).

Bien des problèmes de santé perdurent parce qu’on ne remonte pas à la racine du problème. De par sa pratique professionnelle, Cécile Entremont est en situation d’évaluer les effets de la psychothérapie. Les bienfaits correspondants se manifestent sur différents registres : meilleure santé, meilleure communication avec les autres et même « un chemin de vérité, d’ouverture et de sagesse ». « Ce chemin mène vers le mystère de la vie, en soi et dans l’univers ». « De par mon expérience, j’en suis venue à conclure que ce travail de « choisir son véritable moi » selon les mots de Charles Taylor et de « lier son être existentiel et son être essentiel », pour reprendre le vocabulaire de Graf Durkheim, est à la fois libérateur de notre potentiel et nécessaire pour assumer notre responsabilité dans ce monde » (p 162).

Cécile Entremont, elle-même aujourd’hui engagée dans le champ de l’accompagnement spirituel (4), nous apporte sa définition de la spiritualité. « La spiritualité est synonyme d’une recherche de profondeur, d’unification, d’attention à la transcendance dans l’ici et maintenant de la vie. Une recherche assidue et ancrée dans la réalité se traduit par une paix intérieure et des actes naturellement altruistes… » (p 165). Si « la spiritualité, en échappant à la rationalité, à la science et au dogme, reste encore suspecte » dans certains milieux en France (p 162), cette situation est en train de changer rapidement. La vie spirituelle emprunte différents chemins. L’horizon s’élargit encore si on ajoute à ces différentes pratiques, l’art et la créativité. « Le domaine de l’émerveillement, de la sensibilité, de l’intuition » est vital pour notre espace intérieur et, partant, pour la pleine santé de notre être » (p 171). Dans l’économie de ce livre, ce chapitre sur « les pratiques personnelles » manifeste à la fois la compétence et l’engagement de l’auteur : « Le temps venu de la transition nous invite à nous rapprocher de la nature et de notre créativité, de réaliser une sorte de « conversion écologique » profonde, écologie extérieure et intérieure ». « Se recentrer dans et grâce au corps ; pouvoir parler de soi, apprendre à communiquer sans violence et à se libérer des blessures et des culpabilités par un travail sur soi approfondi ; prendre la responsabilité de sa vie et lui donner du sens, retrouver la joie de vivre, pratiquer la compassion en prenant soin de sa spiritualité : autant de traits de sagesse que nous pouvons acquérir et qui nous aideront à rebondir quand les temps seront difficiles » (p 173).

La réflexion de Cécile Entremont sur la manière de vivre dans le monde d’aujourd’hui se poursuit dans un chapitre sur l’éducation.

Dans ses relations et sa pratique professionnelle, elle est amenée à envisager concrètement cette question. Son approche s’inspire de toute son expérience et de la vision du monde qu’elle développe dans ce livre.

Cette vision inspire son engagement tel qu’elle l’exprime dans sa conclusion : « A chacun de nous de prendre ses responsabilités ! En commençant par nous-mêmes : nourrir « notre spiritualité écologique », tenir notre conscience éveillée et bouger nos vies avec conviction, courage et bienveillance, et, portés par le désir et l’espérance de la fraternité, se mettre en marche et agir avec les autres « pour mieux vivre ensemble » (p 206).

Comment entrer dans un nouveau monde ?

Ce livre nous rapporte une démarche qui s’appuie sur l’expérience de toute une vie, une expérience professionnelle de psychologue et de psychothérapeute et une vision de l’existence qui est le fruit d’un parcours engagé. La prise de conscience écologique est au cœur de cette réflexion. Comment faire face à la crise actuelle et entrer dans une nouvelle époque ? Pour répondre à cette question, qui est aussi une interrogation existentielle, Cécile Entremont nous communique son savoir-être et son savoir-faire.

Nous aussi, au fil des années, nous nous interrogeons sur ce monde en mutation et, en regard, sur les changements en cours dans les représentations et sur les innovations positives qui apparaissent aujourd’hui. Bien entendu, aux différences dans les parcours correspondent des  variations dans les appréciations.

Comme Cécile Entremont, nous sommes bien conscient de la menace à laquelle nous sommes aujourd’hui confrontés. En réponse nous sommes appelés à un changement de genre de vie qui requiert une transformation des mentalités. Bref, nous sommes engagés dans une grande mutation (5). Face à ce défi, Cécile Entremont manifeste une inquiétude légitime, mais qui, selon nous, pourrait être davantage tempérée par une conscience des évolutions profondes déjà en cours (6).

Un des grands mérites de ce livre est de mettre en valeur des pratiques orientées vers un développement personnel permettant une unification et une pacification de l’être dans une vision holistique et une anthropologie ternaire : « corps physique, vie psychique, coeur profond (ou âme). A l’encontre d’un rationalisme étroit ou d’un autoritarisme religieux, Cécile Entremont ouvre la voie à une approche spirituelle qui répond manifestement à des aspirations en grande croissance. S’adressant à un vaste public, l’auteure nous paraît discrète quant au potentiel, en ce domaine, d’une foi chrétienne sainement entendue. Il est vrai qu’on rencontre encore des séquelles d’un héritage religieux qui entrainent des allergies. En regard, il y a aujourd’hui une approche théologique qui ouvre des compréhensions nouvelles (7). Ainsi, Jürgen Moltmann a très tôt proposé une vision chrétienne de l’écologie (8). Ce même théologien nous propose également une théologie de l’Esprit (9) qui nous permet de reconnaître l’œuvre de Dieu à la fois sur le registre de l’immanence et celui de la transcendance. Personnellement, nous entendons la spiritualité chrétienne dans une perspective holistique à l’image de la définition que le chercheur britannique, David Hay (10), donne de la spiritualité : une « conscience relationnelle » en lien avec soi-même, avec les autres, avec la nature et avec Dieu.

Ainsi, différentes approches convergent aujourd’hui dans la grande mobilisation pour la promotion d’une nouvelle civilisation fondée sur une harmonie entre l’humanité et la nature. Le livre de Cécile Entremont associe un effort de connaissance et un apport d’expérience pour réaliser un guide qui, d’étape en étape, veut nous permettre d’entrer dans cette mobilisation en conjuguant action et méditation. C’est un livre dense et original qui mérite toute notre attention. Ici même, Cécile nous présente son ouvrage dans une interview en vidéo.

Jean Hassenforder