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« La paix, ça s’apprend » Une pratique de paix, selon Thomas d’Ansembourg

Nos sociétés sont traversées par des poussées de violence. Il y a là des phénomènes complexes qui peuvent être analysés en termes sociaux, économiques, culturels, politiques, mais également dans une dimension psychosociale, un regard sur les comportements. En dehors même de ces épisodes, dans la vie ordinaire, nous pouvons percevoir et éprouver des manifestations d’agressivité. A une autre échelle, au cours de l’histoire, nous savons combien la guerre a été un fléau dévastateur (1). Ainsi, affirmer la paix aujourd’hui, c’est garder la mémoire du malheur passé pour empêcher son retour, mais c’est aussi effectuer un pas de plus : réduire les sources de violence, pacifier les comportements.

Psychothérapeute, engagé depuis des années dans une campagne pour le développement de la personne, auteur de plusieurs livres, animateur d’un site (2), Thomas d’Ansembourg milite pour répandre des pratiques de paix. Dans cette interview en vidéo à la Radio Télévision Belge Francophone (3), il explique pourquoi il vient d’écrire un nouveau livre en ce sens : « La paix, ça s’apprend. Guérir de la violence et du terrorisme » (4). « Nous avons réagi, David (le co-auteur) et moi à l’attentat du Bataclan, vite relayé par l’attentat de Bruxelles. Nous avons réalisé qu’on ne peut se contenter de mesures de sécurité (renforcement de frontières et traitement de symptômes). Il nous est apparu que le terrorisme est un épiphénomène d’un malaise extrêmement profond de la société et qu’il était intéressant de voir ce qui génère un tel malaise. Dans nos pratiques, lui comme historien et moi comme accompagnant de personnes, nous avons réalisé que la paix, c’est une discipline. Cela ne tombe pas du ciel. C’est une rigueur, c’est un exercice. Cela demande un engagement, de la détermination et du temps, et, petit à petit, on atteint des états de paix qui deviennent de plus en plus contagieux. Et cela devrait s’apprendre, depuis la maternelle, dans toutes les écoles. Tel est le propos de ce livre. C’est de faire savoir. Mettons en place des processus pour pouvoir éduquer des populations à se pacifier ».

 

Pour une pacification intérieure

 « Depuis près de vingt-cinq ans que j’accompagne des personnes dans la quête de sens et la pacification intérieure, j’ai acquis cette confiance que la violence n’est pas l’expression de notre nature. C’est parce que notre nature est violentée que nous pouvons être violents. Quand mon espace n’est pas respecté, je puis être agressif. Quand mon besoin d’être compris et écouté, n’est pas nourri et respecté, je puis être agressif. Et il en va de même lorsque des besoins importants ne sont pas respectés. D’où l’importance d’apprendre à respecter notre nature et donc de la connaître ». Ainsi « apprendre la connaissance de soi dès l’école maternelle nous paraît absolument essentiel aujourd’hui. Jusqu’ici, cela me semblait un enjeu de santé publique, mais aujourd’hui cela me paraît aussi un enjeu de sécurité publique. Tout citoyen qui va à l’école a besoin d’apprendre qui il est, qu’est-ce qui le met en joie… mais aussi qu’est-ce qui le chagrine, qu’est-ce qui le met en colère. Il est bon de comprendre ce qui vous met en rage avant de faire exploser sa rage à la tête des autres. On a largement dépassé la notion de développement personnel. Il y a là un enjeu de santé publique. La plupart de nos gouvernants ne savent pas tout cela, ne connaissent même pas les outils correspondants et la plupart des médias dédaignent cette approche en la considérant comme du « bisounours » alors que ces outils sont des clés pour le vivre ensemble ».

 

Des outils pour le vivre ensemble

 La paix peut s’apprendre à travers des outils. Thomas d’Ansembourg n’a pas souhaité réaliser un inventaire de tous les outils. Dans ce livre, il nous en présente trois qui sont particulièrement efficaces.

« La Pleine conscience » est une approche de méditation qui se dégage des rituels religieux traditionnels et qui peut être vécue d’une façon laïque et d’une manière spirituelle si on le souhaite. Elle permet de trouver un espace de fécondité, de créativité, d’alignement qui est très bénéfique pour le vivre ensemble ».

Thomas d’Ansembourg nous parle également de la communication non violente, une approche « qu’il enseigne depuis des années et qui est proposée dans de nombreux milieux depuis des classes maternelles jusqu’à des prisons en passant par des cockpits d’avion… C’est une approche pratico-pratique pour mieux vivre les relations humaines, dépasser les conflits, les querelles d’égo ».

Il y a une troisième pratique, celle de la bienveillance.

« Il y a plusieurs aspects de la bienveillance : accueillir l’autre tel qu’il est et non tel que je voudrais qu’il soit, être ouvert à son attitude et à sa différence, être disponible à une remise en question par son attitude. Cela demande de l’humilité, peut-être du courage. Et puis, il y a cette attitude positive de prendre soin, bien veiller sur l’autre, l’encourager dans son développement qui n’est pas forcément celui que j’aurais aimé avoir pour lui. Je pense par exemple à notre attitude avec les enfants, ne pas projeter sur eux nos attentes. Cela demande du travail sur soi. Ce n’est pas ingénu. Cela requiert une hygiène de conscience pour remettre en question nos projections, nos attentes, nos préjugés, des idées toutes faites, pour ouvrir notre cœur.

Le monde se transforme à vive allure. « Nous assistons à un métissage incroyable de la planète, de grands exodes en fonction du réchauffement climatique. C’est plus urgent d’apprendre à vivre ensemble, et pour cela, d’avoir des clés de connaissances de soi pour avoir une bonne estime de soi et une capacité d’accueillir la différence, des clés d’ouverture à l’autre et la cohabitation. Cela ne tombe pas du ciel. On voit bien qu’il y a des tentatives de repli et de méfiance. Ce n’est pas comme cela que nous allons grandir ensemble. Nous avons besoin d’approches pour vivre ensemble. On n’en trouve pas encore dans nos pratiques scolaires, ni même dans nos pratiques religieuses. Il y a de belles idées , mais cela appelle une pratique. Comment est-ce qu’on vit quand on est plein de rage et de colère ? On a besoin d’apprendre à vivre la rage et la colère pour la transformer. Grâce à la communication non violente, j’ai appris à faire des colères non violentes, à exprimer ma colère sans agressivité. Ce sont des apprentissages que l’on peut faire ».

 

Promouvoir la paix

Thomas d’Ansembourg porte une dynamique et il l’envisage sur différents registres. Ainsi peut-il souhaiter la création d’un ministère de la paix avec un budget, des formations, de la recherche scientifique en neurosciences, en relations humaines.

Et au plan de la transformation des relations quotidiennes, il a conscience de la puissance des outils existants. « Je sais que ces outils transforment la vie des gens. Je rencontre des personnes dont la vie a pivoté parce qu’ils ont appris à savoir qui ils sont, qu’est ce qui fait sens pour eux… ». Ainsi, « il y a des processus, il y a des clés efficaces. J’aimerais qu’ils soient fournis au grand public. Nous assistons à tellement de détresses dans notre société : solitudes, addictions, divorces douloureux, dépendances… Des outils magnifiques existent. Ne pas les faire connaître est une sorte de non assistance à personne en danger ».

Au milieu des drames de l’histoire, l’inspiration de la non violence apparaît comme un fil ténu, mais solide avec des moments de lumière qui sont entrés dans notre mémoire collective depuis les premières communautés chrétiennes jusqu’à  Gandhi et Martin Luther King (5).

Aujourd’hui, le mouvement pour la paix peut s’appuyer sur de nouvelles méthodes où s’allient une orientation d’esprit et des approches nourries par la psychologie, une conscience renouvelée du corps et les neurosciences. Ainsi, face aux routines traditionnelles, une motivation nouvelle peut apparaître en s’appuyant  sur l’efficacité démultipliée de  nouvelles méthodes. Dans ce livre et dans cette interview, Thomas d’Ansembourg nous apporte une bonne nouvelle : la paix, ça s’apprend ! La paix, c’est possible ! Une voie est ouverte. A nous de nous mobiliser…

Jean Hassenforder

  1. « Une philosophie de l’histoire, selon Michel Serres » : http://www.temoins.com/philosophie-de-lhistoire-selon-michel-serres/
  2. Site de Thomas d’Ansembourg : http://www.thomasdansembourg.com
  3. « La paix, ça s’apprend ! Il était une foi 02.2017 RTBF » https://www.youtube.com/watch?v=hP-_atpsfT0
  4. David Van Reybroucq. Thomas D’Ansembourg. La paix, ça s’apprend. Guérir de la violence et du terrorisme. Actes sud, 2016
  5. « La sagesse peut-elle changer le monde ? Mandela et Gandhi » : http://www.temoins.com/mandela-gandhi-sagesse-changer-monde/ Martin Luther King, 50 ans après : http://www.temoins.com/mlk-50-ans-apres-10-morceaux-indispensables-selon-le-king/

L’entraide, puissance de vie dans la nature et dans l’humanité.

L’entraide, l’autre loi de la Jungle,  par Pablo Servigne et Gauthier Chapelle

Comment nous représentons-nous le monde ? Comme un champ de bataille où les plus forts éliminent les plus faibles, ou bien, au contraire, comme un espace où l’entraide et la collaboration peuvent s’affirmer. Certes, la réalité est plus complexe. Elle est parcourue par des contradictions. Cependant, notre conception du monde a une influence directe sur notre manière d’y vivre et d’y agir. Si notre vision de monde et de la société est sombre et ne laisse pas de place à l’espoir, alors le pessimisme entrainera le repli sur soi et la démobilisation. Au contraire, si nous voyons dans ce monde une place pour le bien et le beau, alors nous pourrons chercher à l’accroitre et à participer à une œuvre d’amélioration et de transformation positive.

Ces visions du monde varient dans le temps et dans l’espace et on peut percevoir une relation entre ces manières d’envisager le monde et les conceptions philosophiques et religieuses. Aujourd’hui, des changements interviennent dans nos représentations au sujet de l’homme et de la nature. La parution du livre de Pablo Servigne et Gauthier Chapelle : « L’entraide. L’autre loi de la jungle » (1) témoigne de cette évolution. En effet, les auteurs font apparaître une vision nouvelle à partir d’une littérature de recherche, récente, abondante, multiforme en réalisant ainsi « un état des lieux transdisciplinaires, de l’éthologie à l’anthropologie, en passant par l’économie, la psychologie et les neurosciences ». Et, à partir de cette synthèse, ils démontrent qu’à côté de la lutte pour la vie ou de la loi du plus fort,  il y a aussi « une autre loi aussi ou plus puissante qu’elle, la loi de la coopération et de l’entraide ». « De tout temps, les humains, les animaux, les plantes, les champignons et les micro organismes ont pratiqué l’entraide. Qui plus est, ceux qui survivent le mieux aux conditions difficiles ne sont pas forcément les plus forts, mais ceux qui s’entraident le plus ». Et les auteurs vont ainsi nous aider à « comprendre la nature coopérative de l’être humain dans le sillage de celle des autres organismes vivants ».

 

La nature, de la lutte pour la vie à l’entraide   

A partir de l’œuvre de Darwin, une interprétation s’est développée mettant l’accent sur la lutte pour la vie, la loi du plus fort, la loi de la jungle.  Dans certains milieux, cette interprétation s’est étendue à l’humanité en justifiant les pires excès. Mais aujourd’hui, cette interprétation est non seulement battue en brèche, elle est bousculée par un ensemble de recherche qui mettent en valeur l’importance de l’entraide dans l’univers du vivant. « A partir de Darwin, et durant presque tout le XXè siècle, les biologistes et les écologues ont cru que les forces principales qui structuraient les relations entre espèces au sein de ces systèmes étaient la compétition et la prédation. Les expériences ont été conçues pour mettre cela en évidence et, naturellement, c’est ce qu’on a fini par observer. L’histoire de l’observation des forces inverses (les relations mutuellement bénéfiques) a été bien plus laborieuse. Elle a véritablement explosé dans les années 1970. Aujourd’hui, les études se comptent par milliers » (p 33). Ainsi, la recherche aujourd’hui fait apparaître des modes d’entraide très variés dans tous les registres du monde animal et du monde végétal. « Entre semblables, entre lointains cousins, entre organismes qui n’ont rien à voir », nous disent les auteurs. Et, dans ce paysage multiforme, les espèces les plus anciennes ont également poursuivi leur évolution en association avec les autres êtres vivants. Ainsi les bactéries pratiquent l’entraide à tous les niveaux. Et elles s’associent aux plantes et aux animaux. « Depuis 3,8 milliards d’années, le vivant a développé mille et une manière de s’associer, de coopérer, d’être ensemble ou carrément de fusionner. Ces relations entre êtres identiques, semblables ou totalement différents peuvent prendre des formes multiples… On découvre avec émerveillement ce que nous nommons « symbiodiversité »…. Et la conclusion, « c’est que, chez les autres qu’humains,1) l’entraide existe 2) elle est partout 3) elle implique potentiellement tous les êtres vivants, y compris  l’espèce humaine » (p 49-50).

 

L’homme et la nature

Alors pourquoi des milieux influents ont-ils retenu dans leur étude de la nature principalement ce qui était rivalité, violence, prédation ? Cette attitude remonte au début de la modernité, à une époque où l’homme s’est hissé au dessus de la nature en projetant sur elle un caractère de sauvagerie. Mais cette tendance s’est accrue au XIXè siècle  où la parution du livre de Charles Darwin : « De l’origine des espèces au moyen de la sélection naturelle » a donné lieu à des interprétations valorisant la lutte pour la vie et la loi du plus fort. Cependant, certains se sont opposés à ces représentations. Ainsi, un géographe russe, par ailleurs prince et anarchiste, Pierre Kropotkine, a publié en 1902 un livre : « L’entraide, facteur de l’évolution ». Il est aujourd’hui remis à l’honneur après des décennies où les théories compétitives  avaient le vent en poupe. Au milieu des années 1970, encore, une nouvelle discipline apparaît : la sociobiologie selon laquelle le socle de la vie serait la compétition entre les gènes et entre les individus. Cependant, au début des années 2000, le fondateur de la sociobiologie, E O Wilson revient sur son hypothèse initiale en privilégiant le milieu par rapport aux gènes. On assiste à « un effondrement du château de cartes théoriques de la sociobiologie des années 70 ». Mais, plus généralement, au début du XXIè siècle, il y a un changement majeur de tendance. « La période qui s’ouvre dans les années 2000, est caractérisée par une véritable escalade du nombre d’expériences sur les mécanismes d’entraide, en particulier grâce aux avancées en économie expérimentale, en sciences politiques, en climatologie ou encore en neurosciences ainsi qu’à l’explosion de la génétique moléculaire qui confirme  l’omniprésence et l’ancienneté des symbioses » (p 67).

 

L’évolution de l’entraide humaine 

L’entraide humaine a été active aux différentes étapes de l’histoire humaine. Elle s’est généralisée à travers des normes sociales. Ce livre est introduit par un sociologue Alain Caillé qui se réfère à l’œuvre de l’anthropologue Marcel Mauss dans son célèbre « Essai sur le don ». « Au cœur du rapport social, on trouve non pas le marché, le contrat ou le donnant-donnant, mais la triple obligation de donner, recevoir et rendre. Ou si l’on préfère la loi de la réciprocité »  ( p 25). Autour de la « Revue du Mauss », un groupe de chercheurs s’inspire de cette analyse et réfute une croyance dominante : « l’axiomatique utilitariste de l’intérêt » : l’interprétation de la vie sociale en terme d’intérêts individuels en compétition. Cette croyance inspire le néolibéralisme actuel. Mais  comme la conception compétitive est aujourd’hui remise en cause en biologie, la même contestation apparaît dans les sciences sociales. Une nouvelle vision de l’homme émerge. A travers un ensemble de  recherches rapportant de nombreuses situations, les auteurs font ressortir l’omniprésence de l’entraide dans la vie sociale d’aujourd’hui. Ainsi s’égrainent plusieurs chapitres : « L’entraide spontanée. Les mécanismes de groupe. L’esprit de groupe. Au delà du groupe ». Ces chapitres ne démontrent pas seulement la puissance de l’entraide. Il décrivent et analysent avec précision les pratiques engagées et les processus en cours. Ainsi, on peut se reporter à ces chapitres pour analyser et améliorer ses propres pratiques.

 

Une prise de conscience

Pourquoi cette prise de conscience intervient-elle après une longue période où l’entraide a été méconnue ? Quels ont été les obstacles ? Et aujourd’hui à quoi tiennent les résistances ?

« Le principal obstacle à l’assimilation de ces travaux est la puissance de deux mythes fondamentaux de notre imaginaire collectif

  • La croyance que la nature (dont la nature humaine) est fondamentalement compétitive et égoïste, et, par conséquent
  • La croyance que nous devons nous extraire de celle-ci pour empêcher le retour de la barbarie.

Baignés dans cette mythologie depuis plus de 400 ans, nous sommes devenus des experts en compétition, considérant que ce mode constituait l’unique principe de vie (p 277).

En regard, les auteurs montrent, combien, dans une histoire longue, l’entraide s’est affirmée comme une caractéristique de l’humanité. « Ce qui fait de nous des êtres ultra-sociaux provient à la  fois de notre passé (animal) et aussi de notre longue histoire culturelle et de nos interactions sociales présentes » ( p 278). Aujourd’hui, en considérant l’environnement social, on peut mettre en évidence les facteurs propices à l’entraide chez les êtres humains.

 

Un livre innovant

Ce livre est la résultante d’un travail de longue haleine qui n’aurait pu advenir sans la motivation et l’enthousiasme de ses auteurs. « Nous avons démarré ce chantier il y a une douzaine d’années avec autant d’enthousiasme que de naïveté. Notre label « biologique » ne nous avait pas préparé à absorber les incroyables avancées des sciences humaines. Explorer tout cela a été une incroyable aventure » (p 28). Cet ouvrage ouvre des chemins nouveaux. Il participe à un nouvel état d’esprit qui s’ouvre à l’émerveillement et au respect des êtres vivants. « L’écriture de ce livre nous a fait ressentir notre participation intense à une vague qui  redéfinit en douceur ce que l’on est, et donc ce que l’on peut être… un sentiment fort d’appartenir à un ensemble plus grand, à une famille étendue…  Ce voyage a révélé notre interdépendance radicale avec l’ensemble de la toile du vivant et celle des interactions humaines. Pour nous, ce concept même d’individu a commencé à perdre son sens comme si aucun être vivant n’avait jamais existé, n’existe et n’existera seul. Notre liberté semble s’être construite à travers cette toile d’interactions, grâce à ces liens qui nous maintiennent debout depuis toujours » ( p 298).

 

Perspectives

Nous vivons dans un temps de crises (2). C’est une époque où on assiste à la fois à des décompositions et des recompositions.  Les menaces sont bien souvent apparentes. Elles retiennent donc notre attention au point parfois de nous entrainer dans une polarisation sur tout ce que l’on peut craindre. Et alors, nous risquons de nous égarer, car nous ne sommes plus à même d’apercevoir les changements positifs, les voies nouvelles qui sont en train d’apparaître et donc d’y participer. Ainsi, aujourd’hui, il y a bien des changements positifs dans les mentalités, encore à bas bruit, si bien qu’il faut y prêter attention.

Ce livre sur l’entraide s’inscrit dans un mouvement profond qui prend de l’ampleur depuis la fin du XXè siècle. Au cours des dernières années, par deux fois, le magazine Sciences humaines nous a informé sur l’évolution des esprits. En février 2011, c’est un dossier consacré au « retour de la solidarité : empathie, altruisme, entraide » (3). La coordinatrice du dossier, Martine Fournier, peut déjà anticiper par rapport au livre de Pablo Servigne et Gauthier-Chapelle. « Alors que la théorie de l’évolution était massivement ancrée dans un paradigme Darwinien « individualiste », centré sur la notion de compétition et de gène égoïste, depuis quelques années, un nouveau visage de la nature s’impose. La prise en compte des phénomènes de mutualisme, symbiose et coévolution entre systèmes tend à montrer que l’entraide et la coopération seraient des conditions favorable de survie et d’évolution des espèces vivantes, à toutes les étapes de la vie ». Et elle rejoint aussi le préfacier du livre, Alain Caillé, dans un rejet de l’idéologie de l’ « homo oecumenicus » à la recherche de son intérêt égoïste et des vertus de la société libérale et de la compétition.

En juin 2017, Sciences Humaines publie un nouveau dossier sur le même thème : « Empathie et bienveillance. Révolution ou effet de mode ? » (4). Le coordinateur, Jean Dortier, met en évidence un mouvement profond qui prend de l’ampleur. Ainsi l’usage du mot : empathie « grimpe en flèche dans les décennies 1990 et 2000 ».

Au cours des dernières années, plusieurs ouvrages ont également porté cette vision nouvelle. Entre autres, nous avons présenté le livre de Jérémie Rifkin : « Vers une civilisation de l’empathie » ( 2011) (5) et celui de Jacques Lecomte : « La bonté humaine. Altruisme, empathie, générosité » (2012) (6).

En 2017, le livre de Michel Serres : « Darwin, Bonaparte, le samaritain. Une philosophie de l’histoire » (7) vient nous interpeller, car il nous propose « un grand récit » qui récapitule les différentes étapes de notre évolution pour nous proposer une vision anticipatrice. En effet, après avoir décrit les affres d’un « âge dur » voué aux guerres et dominé par la mort, Michel Serres perçoit un tournant intervenu depuis la fin de la seconde guerre mondiale : l’apparition d’un « âge doux » convivial et inventif en lutte contre la mort. Cet « âge doux » se caractérise par l’importance donnée au soin et à la médecine, un mouvement pour assurer et développer la paix, l’expansion d’internet et la révolution numérique. C’est la montée d’un nouveau mode de relation entre les hommes. A l’occasion, face à des préjugés contraires, Michel Serres écrit : « Contre toute attente, les statistiques révèlent que les hommes pratiquent l’entraide plutôt que la concurrence ».

La prise de conscience actuelle du rôle majeur de l’entraide et de la collaboration est le fruit d’un ensemble de recherches, mais ces recherches elles-mêmes traduisent un changement de regard. Il y a un phénomène qui s’inscrit dans une trame historique et qui marque un changement de cap. Si on considère le passé, c’est un « âge dur » qui apparaît. Certains y ont vu une « guerre de la nature » et une lutte constante pour la vie. Pour ceux qui ne se résignent pas à voir l’histoire comme  une victoire définitive des puissants sur les plus faibles, comme un chemin de croix perpétuel, la prise de conscience des manifestations de l’entraide est un précieux apport. Il y a dans cette période des faits historiques qui interviennent comme des germes d’une autre vie. Ainsi, par exemple, les paroles de Jésus, comme la parabole du samaritain mise en exergue par Michel Serres marquent l’affirmation d’une autre vision du monde, d’une autre pratique de vie. A travers les méandres de sa mise en œuvre, « la leçon majeure du christianisme n’enseigne-t-elle pas l’incarnation, l’allégresse vive de la naissance, enfin la résurrection non pas comme une victoire contre les ennemis comme pendant le règne de la mort, mais contre la mort elle-même », écrit Michel Serres. Jürgen Moltmann, le théologien de l’espérance, envisage la résurrection non seulement comme une victoire contre la mort, mais comme le point de départ d’un processus de nouvelle création vers un monde en harmonie où Dieu sera tout en tous ». « Le christianisme est résolument tourné vers l’avenir et il invite au renouveau. La foi est chrétienne lorsqu’elle est la foi de Pâques. Avoir la foi, c’est vivre dans la présence du Christ ressuscité et tendre vers le futur royaume de Dieu » ( 8). Dans cette perspective, il est important de pouvoir constater que la constitution de la nature, envisagée dans les termes d’une première création, est déjà, pour une part, dans l’entraide et la collaboration.

La nature est aussi caractérisée par une interrelation entre tous ses éléments. C’est la constatation des auteurs en fin de parcours : « Ce voyage a révélé notre interdépendance radicale avec l’ensemble de la toile du vivant et celle des interactions humaines ». Et, en entrée de livre, figure une magnifique citation de Victor Hugo : « Rien n’est solitaire, tout est solidaire… Solidarité de tout avec tout et de chacun avec chaque chose. La solidarité des hommes est le corollaire invincible de la solidarité des univers. Le lien démocratique est de même nature que le rayon solaire ». Nous pouvons envisager cette solidarité dans la vision que nous propose Jürgen Moltmann dans son livre : « Dieu dans la création. Traité écologique de la création » (1988) (9) : « L’essence » de la création dans l’Esprit est, par conséquent, la « collaboration » et les structures manifestent la présence de l’Esprit, dans la mesure où elles font reconnaître l’ « accord général ». « Au commencement était la relation » (Martin Buber).

Et si la prise de conscience de la réalité et de la montée de l’entraide, de la collaboration, de l’empathie et de la bienveillance était une inspiration de l’Esprit et un signe dans un parcours traversé par des crises et des soubresauts. Cette mise en évidence de l’entraide n’entre-t-elle pas dans une vision nouvelle de l’humanité qui commence à se faire jour dans la grande crise à laquelle elle est confrontée ?

Ce livre sur l’entraide est un livre important. Voici un chantier que les deux auteurs, Pablo Servigne et Gauthier Chapelle ont commencé il y a une douzaine d’années et l’ont conduit avec persévérance pour réaliser la synthèse de multiples recherches dans des disciplines différentes. Ils confirment ainsi la puissance du courant de recherche qui assure la reconnaissance et la promotion de l’entraide. Cependant, à travers plusieurs chapitres, cet ouvrage peut également nous guider pour mieux comprendre et améliorer nos pratiques sociales. Voici un livre qui compte dans le mouvement des idées pour une nouvelle vision de la nature et de l’humanité.

Jean Hassenforder

 

  1. Pablo Servigne. Gauthier Chapelle. L’entraide. L’autre loi de la jungle. Les liens qui libèrent, 2017 Voir aussi une vidéo OBS : « La loi de la jungle, c’est aussi la loi de l’entraide » : https://www.youtube.com/watch?v=-gB5x4LshGo
  2. Michel Serres. Temps des crises. Le Pommier, 2009 (Poche)          Voir aussi la vidéo : «  Le temps des crises » : https://www.youtube.com/watch?v=-gB5x4LshGo                   « Un monde en mutation. La guérison du monde selon Frédéric Lenoir » : http://www.temoins.com/un-monde-en-mutation-la-guerison-du-monde-selon-frederic-lenoir/
  3. « Quel regard sur la société et sur le monde ? » : http://www.vivreetesperer.com/?p=191
  4. « Empathie ou bienveillance. Révolution ou effet de mode » : http://www.temoins.com/empathie-et-bienveillance-revolution-ou-effet-de-mode/
  5. « Vers une civilisation de l’empathie. A propos du livre de Jérémie Rifkin » : http://www.temoins.com/vers-une-civilisation-de-lempathie-a-propos-du-livre-de-jeremie-rifkinapports-questionnements-et-enjeux/
  6. « La bonté humaine. La recherche et l’engagement de Jacques Lecomte » : http://www.vivreetesperer.com/?p=674
  7. Michel Serres. Darwin, Bonaparte et le samaritain. Une philosophie de l’histoire. Le Pommier, 2016 http://www.temoins.com/philosophie-de-lhistoire-selon-michel-serres/
  8. Jürgen Moltmann. De commencements en recommencements. Une dynamique d’espérance. Empreinte. Temps présent, 2012 ( p 109-110) Voir aussi : « Une théologie pour notre temps. L’autobiographie de Jürgen Moltmann » : http://www.temoins.com/une-theologie-pour-notre-temps-lautobiographie-de-juergen-moltmann/
  9. Jürgen Moltmann. Dieu dans la création. Traité écologique de la création. Cerf, 1988 ( p 25) Sur le blog : L’Esprit qui donne la vie : « Dieu dans la création » : http://www.lespritquidonnelavie.com/?p=766

 

Ensemble, chantons notre espérance : un événement dans la ville

Dans une ville de la région parisienne, en banlieue sud, à Antony, depuis cinq ans, des chorales chrétiennes se rassemblent chaque année dans un concert de plus en plus fréquenté.

Ainsi, le 12 novembre 2017, le cinquième concert : « Ensemble, chantons notre espérance » a rassemblé près de 600 personnes et 12 églises protestantes d’Antony et de sa région à l’espace Vasarely.
Une vidéo rend compte de cet évènement, nous en indique le sens et nous en montre la portée (1).

Ainsi, l’inspirateur de ces rencontres, Pascal Colin, directeur général d’Initiatives, exprime l’intention : « Dans ce monde qui change, qui bouge, qui se transforme, il est nécessaire que des chrétiens puissent témoigner de leur espérance, de leur joie et de leur foi ».

Cependant, ce concert n’est pas seulement une expression spirituelle, c’est aussi un espace de rencontre. En effet, une concorde interreligieuse s’exprime à cette occasion par la présence de représentants de différentes communautés religieuses. Et, manifestement, leurs déclarations sur la vidéo témoignent d’une sympathie conviviale. Parce qu’il manifeste et crée des liens entre les communautés et renforce ainsi le tissu social, ce concert est également apprécié par les instances politiques locales. Ainsi le maire d’Antony manifeste sa satisfaction. Et la députée, également présente, apporte un soutien qui n’a rien de convenu. Ce concert suscite un consensus positif.

Ce consensus va-t-il de soi dans une société où les divisions abondent ? il nous parait le fruit d’un processus où des liens se sont peu à peu tissés. Et déjà à l’intérieur de l’univers chrétien protestant avec ses particularités et dans sa diversité, il a fallu se reconnaître et s’entendre. Plus largement, l’œcuménisme a élargi l’audience.
Cependant, la forme de l’évènement a été elle-même un facteur décisif de la réussite. En effet, c’est le chant, c’est la musique qui exprime la transcendance dans un commun qui rassemble. Oui, le chant, la musique correspondent aux aspirations spirituelles qui se manifestent aujourd’hui. A cet égard, la réussite des chorales Gospel est particulièrement significative (2). Dans le chant se manifeste à la fois la fraternité et un sens que l’on rejoint et où on se rejoint. Ce sens, cette signification sont bien exprimés dans le titre du concert : « Ensemble, chantons notre espérance ». Cette espérance porte une dynamique qui ouvre un horizon.
On sait qu’il y a actuellement dans notre société un excès de défiance (3). Cette situation est cause de préjudice. Et c’est le cas aussi dans l’exercice de la citoyenneté. Aussi tout ce qui peut accroitre la confiance est bienvenu. On comprend pourquoi les instances politiques locales accueillent positivement cet événement. Il génère la confiance. Cependant, il y a là aussi une conjoncture locale favorable. Car, en France, cette concorde ne va pas partout de soi. Dans le registre du religieux, il y a une mémoire conflictuelle, celle de deux camps opposés au XIXè siècle. La loi de 1905 a créé les bases d’un compromis pacificateur en assurant la séparation des églises et de l’état, la neutralité du pouvoir politique. Cependant, il a fallu ensuite des décennies pour que cette laïcité puisse se réaliser dans une forme apaisée. Le développement en France d’une nouvelle composante religieuse, la religion musulmane, a réveillé les antagonismes. Ainsi, dans certains milieux, demeure une méfiance vis à vis du religieux qui se traduit par une volonté de le réduire à la dimension de la vie privée. Ainsi doit-on réaffirmer que la laïcité signifie la neutralité de l’état et non la neutralisation de la société et de l’espace public. C’est une conception pluraliste qui s’inscrit dans la mondialisation et dans l’unification européenne (4). Le concert organisé à Antony participe à cette conception de la laïcité.

Aujourd’hui, le pouvoir politique prend conscience de la nécessité de promouvoir une société de confiance. Toutes les dimensions de la vie sociale sont concernées. Sur le plan religieux cela implique la reconnaissance de l’apport des composantes religieuses et spirituelles à la vie commune. Le récent « discours des voeux du Président de la République aux autorités religieuses » (5) apporte à cet égard un bel éclairage : « Nous savons bien ce que notre nation doit au cours de son histoire aux multiples apports religieux et philosophiques et, le dire, ce n’est pas renoncer au pacte laïque, mais plutôt reconnaître cette aspiration qui continue d’animer nombre de nos contemporains à une forme de transcendance que Jaurès décrivait en ces termes : « Il serait mortel de comprimer les aspirations religieuses de l’âme humaine. Dès lors qu’il aura réalisé la justice, l’homme s’apercevra qu’il lui reste un vide immense à remplir ». Ce vide immense à remplir, certains voudraient le combler par des discours de haine ou en développant des perspectives mortifères… Vous avez votre part de responsabilité dans ce vide immense à remplir. Nous avons notre part de responsabilité dans la reconnaissance de votre rôle et la possibilité de traduire justement cette action avec confiance et bienveillance ». Il nous paraît que le concert : « Ensemble, chantons notre espérance » est une initiative pionnière qui s’inscrit dans cette voie.

Jean Hassenforder

(1) Vidéo You Tube : Ensemble, chantons notre espérance : https://www.youtube.com/watch?v=cjnyXQAe4ZM&feature=youtu.be
(2) Les chorales Gospel se sont multipliées en France. Sur ce site, la dynamique de « New Gospel Family » : http://www.temoins.com/new-gospel-family-le-19-octobre-2013-a-lolympia/
(3) « Promouvoir la confiance dans une société de défiance » (Yann Algan, Piere Cahuc, André Zylbergerg. La fabrique de la défiance) : http://www.vivreetesperer.com/?p=1306
(4) Sur ce site : « Les rapports entre le politique et le religieux » : http://www.temoins.com/les-rapports-entre-le-politique-et-le-religieux/
(5) « Transcription du discours des voeux du Président de la République aux autorités religieuses » : http://www.elysee.fr/declarations/article/transcription-du-discours-des-v-ux-du-president-de-la-republique-aux-autorites-religieuses/

Foi et spiritualité : le hiatus

A propos de la Biennale 2017 d’art contemporain de Venise.

 

Je suis allé, début octobre, à la biennale d’art contemporain de Venise. Le voyage en vaut la peine. De toutes parts, dans le hall principal autant que dans les pavillons attribués à chaque pays, les questions et les attentes spirituelles de nos contemporains se livrent à visage découvert. J’ai sillonné des installations, souvent bouleversantes, pendant trois journées entières, avec, ici ou là, des pauses nécessaires pour digérer ce que l’on voit. Il m’arrive de visiter des expositions d’art contemporain qui me laissent indifférent et qui me semblent assez gratuites. Rien de tel ici.

Dès l’entrée la question du vivre ensemble est posée avec plusieurs installations qui utilisent la métaphore de la couture pour s’interroger sur ce qui nous relie les uns aux autres. L’artiste taiwanais Lee Mingwei s’attelle au raccommodage de vieux habits et tire des fils jusqu’à un mur qui évoque une gigantesque carte du monde.

 

Lee Mingwei, The mending project / Le projet « raccommodage », 2009-2017

 

Les guerres civiles, les migrations, les déracinements, ont percuté directement les biographies de nombreux artistes. Petrit Halilaj, Kosovar vivant à cheval entre son pays l’Italie et l’Allemagne, décrit sa condition comme celle de papillons de nuit éblouis par la lumière et collés sur un mur décrépi.

Petrit Halilaj, Do you realise that there is a rainbow even if it’s night ? / Sais-tu qu’il y a un arc-en-ciel, même s’il fait nuit ?, 2017

Les nouveaux dieux qui gouvernent les foules subjuguées et les poussent à s’affronter dans des guerres massives et sanglantes remplissent le pavillon russe. Grisha Bruskin parle d’un « changement de scène » pour mettre en exergue les logiques mondialisées qui connectent les conflits les uns aux autres au-delà des kilomètres.

Quand ce n’est pas notre rapport aux autres, c’est notre rapport à la nature qui est l’objet des recherches artistiques. Les relations complexes que nous nouons entre l’univers artificiel que nous construisons et l’univers naturel que nous habitons, que nous le voulions ou non, sont mis en scène de manière frappante. Ici c’est la dénaturation d’espaces désolés qui nous est montrée. Ailleurs, un artiste Japonais, Koki Tanaka, parcourt à pied la distance qui le sépare de la centrale nucléaire la plus proche de chez lui, après la catastrophe de Fukushima. Il « marche dans l’inconnu », comme se nomme son projet, alors qu’il est à quelques kilomètres de chez lui.

Les conséquences de nos actes sont un objet constant de préoccupation. L’Argentine Liliana Porter place depuis plusieurs années des figurines humaines miniatures dans des environnements qui les dépassent. Un tout petit homme, muni d’une hache, se tient à la frontière d’un monde ravagé par la destruction. Que fait-il ? Est-il l’auteur, fût-ce indirect, de ce carnage ? Ou bien cède-t-il au désespoir ? L’œuvre garde ces interprétations concurrentes ouvertes.

Liliana Porter, El hombre con el hacha y otras situaciones breves / L’homme à la hache et autres courtes situations, 2017

 

De place en place je me trouve renvoyé à ce qui fait le cœur de ma vie de foi. Même l’argumentaire d’ensemble présenté par la commissaire de la Biennale, Christine Mancel, me renvoie aux évangiles. Christine Mancel a voulu proposer un lieu qui « nous élève au-dessus des tendances du temps et des intérêts personnels ». Quelque chose qui nous face échapper « à l’individualisme et à l’indifférence ». « Dans un monde rempli de conflits, de heurts » le propos est que « l’art rende témoignage de la part la plus précieuse de ce qui fait de nous des humains ». On pourrait trouver cette introduction un peu optimiste, lorsque l’on connaît les masses d’argent considérables qui circulent dans l’art contemporain. L’art n’est certainement pas à l’abri des marchés mondialisés. Il n’en reste pas moins que les œuvres présentées se hissent, bel et bien, à la hauteur de cette ambition.

Mais il me semble, sillonnant ces allées, que je suis plutôt isolé dans la connexion que je fais entre ma foi et ces questions spirituelles. Les grandes religions sont plutôt évoquées comme des obstacles ou des sources de conflit supplémentaires. Lorsque l’on se penche sur les traditions du passé, ce sont des religions de contrebande ou des systèmes de croyance méconnus qui sont mis en avant. Le pavillon du Liban remet en scène la Lamentation sur la chute d’Ur vieux texte de 2.000 avant Jésus-Christ, dans une pièce gigantesque, dont les murs sont tapissés de pièces de monnaie et qui accueille en son centre, une brillante réalisation technique : un réacteur de fusée. Le symbole est transparent. Mais pourquoi faut-il aller chercher un texte si lointain pour signifier la crise symbolique que traversent les sociétés actuelles ?

Les grandes religions semblent figées dans des formes rituelles qui ne font plus sens, autant pour les artistes que pour la plupart des visiteurs. Et elles suscitent la méfiance parce qu’elles se sont érigées en magistère moral dès qu’elles ont accédé au pouvoir.

Ainsi donc se développe une spiritualité hors les murs qui a du mal à s’accrocher à des symboles stables. Guan Xiao, artiste chinois, en donne une interprétation, en soulignant que nous glissons d’un lieu culturel à l’autre, « only recording, but not remembering ». C’est une partie du problème : les questions spirituelles sont devenues, elles aussi, un marché, où l’on passe d’une offre à une autre sans s’attacher à aucune. Tout est enregistré, mais rien ne se structure dans notre mémoire.

Mais le paradoxe de cette situation m’interroge, malgré tout. L’idée qu’au travers de ces multiples interrogations Dieu pourrait nous faire signe et chercher à nous parler apparaît comme saugrenue. Reconnecter foi en Dieu et spiritualité est un grand défi : sans doute le défi qui est devant nous pour les années qui viennent.

Frédéric de Coninck

Un mouvement pour la paix en Centrafrique

Rodolphe Gozegba-de-Bombémbé, Rodolphe Gozegba-de-Bombémbé, pasteur et théologien en Centreafrique est venu en France pour préparer une thèse sur la théologie d’espérance dans une situation critique à partir de la pensée de Jürgen Moltmann. Il vient  de rentrer d’un court séjour dans son pays. Nous lui avons posé quelques questions.

1 Rodolphe, pourquoi as-tu choisi de rédiger une thèse à partir de la pensée de Jürgen Moltmann ?

Les années 2012-2016 ont été des années de deuil, de souffrance, de pleur et de gémissement pour les centrafricains. Ainsi, on a entendu des pleurs, comme le dit le prophète Jérémie, « des pleurs amers. » (Jérémie 31, 15). Ce sont les centrafricains qui pleurent sur leurs biens détruits et sur leurs proches parents qu’on a froidement tués. Nous étions bombardés tous les jours et chaque jour. Comme Moltmann dans le contexte de la destruction d’Hambourg, j’ai vu des dégâts tout autour de moi en Centrafrique. J’ai vu des édifices de l’État détruits et saccagés. Des membres de ma famille ont souffert de graves agressions. La destruction généralisée de maisons et de lieux de travail a obligé  des milliers de Centrafricains à fuir, principalement vers des pays voisins comme le Cameroun, le Congo RDC et le Congo Brazzaville. Pour faire face à ces tristes réalités, j’ai consacré mes études de thèse de doctorat à la théologie de Jürgen Moltmann. Dans sa théologie, Moltmann interprète la souffrance de Jésus-Christ sur la croix comme la volonté de Dieu d’intervenir dans la souffrance humaine et de la transformer. Le but principal de la thèse est donc de montrer combien le Christ Crucifié et ressuscité a souffert à la croix pour libérer l’humanité dans toute oppression.

2 Tu étais pasteur en Centreafrique. En quoi cette recherche théologique est-elle en rapport avec les questions que tu te posais  et en quoi penses-tu qu’elle éclaire ta pratique ? 

Mon pays est passé par une expérience similaire à l’expérience de désolation vécue par Moltmann – Tout cela me frappe tellement que je me suis senti porté à comprendre – en partie – la théologie de Moltmann. J’ai eu comme motivation  de concevoir –  des bases théologiques –  sur des perspectives pour mon pays. Cela ne veut pourtant pas dire que la théologie de Moltmann soit systématiquement transposable  ou convertible en Centrafrique. Mais, si je la reprends, je me trouve face à un vécu réel, intelligent, et sensible qui me concerne directement. Je peux donc en déduire que cela a modifié le sentiment du désespoir que je ressentais à propos mon pays. J’ai été touché par la théologie de Moltmann parce que ce que Moltmann a vécu en Allemande et qu’il a raconté est très proche de ce que j’ai également vécu en Centrafrique. Voilà pourquoi l’idée d’écrire sur la théologie de Moltmann a pris tout son sens. Je suis un échantillon des centrafricains qui ont souffert dans leur chair de cinq ans de guerre, de violence et d’atrocité. Mon étude sur Moltmann a donc toute sa signification.

3 Peux-tu rappeler les événements politiques, en particulier la guerre civile, qui ont marqué l’histoire de la République Centrafricaine au cours de ces dernières années ?

Au mois de décembre de 2012, plusieurs groupes de rébellion dans le Nord du pays se sont associés pour former la Séléka – qui signifie « alliance ou coalition » en sango, l’une des deux langues officielles avec le français. Beaucoup de ces groupes étaient géographiquement situés dans les zones marginalisées du nord et étaient majoritairement musulmans. Ajoutant à cela, les forces qui composaient la Séléka contenaient également de nombreux mercenaires étrangers notamment du Tchad et du Soudan, pays majoritairement musulmans. Ces facteurs ont joué un rôle dans l’identification de la Séléka en tant que groupe musulman, malgré sa structure et sa composition fluide et disparate. Un cessez-le-feu a été négocié entre la Séléka et le gouvernement de la RCA, avec l’aide du Tchad, en 2013. Cette négociation a échoué et les gens de la Séléka ont repris leur lutte contre le gouvernement, s’emparant de Bangui, la capitale le 24 mars 2013. Cependant, les combats se sont poursuivis entre les forces de la Séléka et les partisans de François Bozizé, le président de l’époque. Le pire de la violence a eu lieu en septembre. À ce moment-là, les forces anti-Balaka, formées en grande partie par des milices chrétiennes d’autodéfense dans les années 90, se sont impliquées dans la lutte contre les Séléka. Le porte-parole autodidacte du groupe, Sébastien Wenezoui, a déclaré que les anti-Balaka luttaient pour défendre les chrétiens contre les musulmans, et bon nombre des recrues anti-Balaka continuent encore aujourd’hui à provenir des communautés chrétiennes et animistes. Cela a renforcé la dimension religieuse des combats qui se sont considérablement développés depuis 2013. À la fin de 2013 et au début de 2014, la violence avait atteint des niveaux sans précédent et le potentiel de génocide a été reconnu par la communauté internationale, ce qui a amené au déploiement par la France de l’opération Sangaris, et l’intervention des Nations-Unies à travers la MINUSCA.  Grâce à cette action la situation a été contrôlée. Depuis décembre 2012, nous avons vu un pays dévasté.  Selon les différentes évaluations, de  3 000 à 6 000 personnes sont mortes. Des milliers d’autres ont trouvé refuge à l’extérieur du pays en laissant derrière elles leurs maisons et leurs biens. 1 300 000 personnes supplémentaires ont été déplacées à l’intérieur du pays , vivant dans des circonstances dégradantes, privées d’abri, d’eau potable, d’électricité, de nourriture et de soins médicaux. Des centaines de blessés sont morts faute de soin médicaux. Des milliers d’enfants se couchaient terrifiés par les tirs de rafales et à l’arme lourde. Des milliers ne dormaient pas dans leur propre lit, forcés de quitter leur maison pour se retrouver avec leurs enfants sans abri et vivant dans des hangars publics ou dans des lieux arides. D’autres ne savaient pas si eux ou leurs enfants et leurs proches verraient la lumière d’un nouveau jour. Des dizaines de milliers de familles ont perdu des êtres chers – un enfant, un père, une mère ou un mari.

4 Lors de ton récent séjour, comment as-tu perçu l’évolution de la situation politique, sociale et économique en Centreafrique ?

Cette guerre a vraiment affecté la situation politique et sociale de la Centrafrique. Socialement et psychologiquement les populations souffrent énormément. Cela ne m’a pas étonné parce qu’il n’existe nulle part dans le monde une guerre qui ne détruit pas le patrimoine culturel et les vies humaines.  Le gouvernement actuel fait de son mieux pour maintenir la normalité et la tranquillité dans les villes autant qu’il le peut. Bangui la capitale est relativement calme, mais il y a encore beaucoup d’insécurité dans les provinces, notamment le nord.

5 Plus particulièrement, comment la vie économique évolue-telle actuellement ?

Le coût de la vie est devenu très élevé à cause de la forte présence des étrangers (fonctionnaires des Nations Unies, fonctionnaires des organisations humanitaires, des forces conventionnelles…). J’ai constaté que les prix des denrées alimentaires ont explosé sur les marchés par rapport aux années passées ; les prix des loyers sont très chers. Internet ne fonctionne pas bien, si bien que durant mon séjour je ne me suis pas bien connecté. En outre, il y a un réel manque d’accès aux soins de santé, à l’éducation, à la nourriture et de nombreuses personnes sont au chômage

6 Comment as-tu perçu la vie actuelle des églises chrétiennes en Centreafrique ?

Les églises au niveau de Bangui mènent normalement leur vie chrétienne. Les églises se sont engagées pour donner un message d’espoir et d’encouragement. Elles ont également initié de nombreuses rencontres intercommunautaires pour la paix, le pardon et la réconciliation. Les églises apportent également un message de paix dans une diversité de points de vue biblique, et cette action contribue au changement de mentalité. En général les églises, au niveau de la capitale, ont coopéré avec le pouvoir politique pour pouvoir mettre un terme à la guerre.  Mais ce n’est pas le cas dans les églises provinciales – je veux parler des églises qui se trouvent dans le nord du pays. Les chrétiens de cette zone ,dont nombre d’entre eux a été victime sdu chaos et d’attaques des musulmans depuis 2012, craignent sans cesse des affrontements intercommunautaires. Cela étant dit, tant qu’il n’y aura pas une fin totale des conflits dans ladite zone, la population chrétienne continuera toujours à vivre des situations très difficiles.

7 Comment les églises chrétiennes participent-elles à la promotion de la paix en Centreafrique ?

Une plateforme des leaders religieux centrafricains a été mise en place. Peu connue début 2013, elle a fini par avoir un impact positif sur la vie du pays. Formée fin 2012, cette plateforme est dirigée par trois chefs religieux : le Cardinal de Bangui, Monseigneur Nzapalainga, le président de l’Alliance des évangéliques en Centrafrique, le pasteur Anicet Guerekoyame, et le président national de la communauté des musulmans centrafricains, l’Imam Kobine Lamaya. Ces trois responsables religieux se sont réunis parce qu’ils ont vu dans leur unité une possibilité de construire la paix au-delà de leurs différences religieuses. Ce but est porté dans leur devise, maboko na maboko téné ti siriri, ce qui signifie « ensemble pour la paix ». Leur mission est d’intervenir sur toute l’étendue du territoire centrafricain, de maison en maison, de famille en famille, et de personne à personne, pour apporter aux Centrafricains un message de guérison, de restauration, de réconciliation, de paix et d’espoir d’un lendemain meilleur. En 2013, la plateforme est devenue incontournable et a largement été reconnue, au niveau national comme international, pour sa capacité de leadership et ses actions menées. Pas une semaine ne pouvait se passer sans que les trois hommes ne soient sollicités par le gouvernement pour négocier la paix entre les communautés chrétienne et musulmane. La présence de cette plateforme interreligieuse est donc devenue très importante un peu partout dans le pays, là où le gouvernement et les forces conventionnelles internationales ne semblaient pas en mesure de trouver des moyens pacifiques pour mettre fin à la violence. La plateforme a joué un rôle important dans la création d’une passerelle entre le gouvernement et les porteurs d’armes. Alors que de nombreuses organisations non-gouvernementales sont orientées vers l’aide humanitaire, la plateforme, elle, fonctionne et plaide pour une fin du conflit dans le pays. Bien qu’elle n’ait jamais joué un rôle de médiateur à proprement parler, elle a exploré néanmoins des possibilités pour que les deux partis en guerre se réconcilient et puissent rester en contact comme des frères et sœurs, filles et fils d’un même pays. Par cette démarche, elle a su créer de la confiance des deux côtés. À maintes reprises, les trois leaders religieux ont été reçus par le gouvernement, qui les a encouragés dans leurs engagements pour la paix. C’est ainsi qu’au début de l’année 2014, ils ont été impliqués dans les pourparlers de paix et de réconciliation nationale en tant que conseillers spirituels et observateurs du processus de paix durable. La plateforme a été en mesure de combler un vide qui n’avait jamais été rempli par aucune organisation de la société civile en Centrafrique. Elle s’est engagée à  ne pas s’arrêter dans son combat tant que la paix ne serait pas advenue. En outre, elle ne s’est jamais rangée du côté des parties en conflits, mais s’est toujours identifiée aux personnes vulnérables. Elle s’est opposée aux groupes armés en raison de leur violence commise sur la population et a interpellé le gouvernement sur sa responsabilité à apporter la paix à la population. Pour atteindre son but, la plate-forme participe à l’éducation à la paix : une société pacifiée en profondeur. Cette éducation s’est faite grâce à la formation des communautés locales et à la proximité des chefs traditionnels. La plate-forme s’est engagée dans nombre d’activités pour la paix en Centrafrique. Ses actions ont forgé le pardon, ont réinséré d’anciens rebelles. Grâce à son dévouement et à sa persévérance, elle a fait des pas importants vers la paix espérée pour la Centrafrique.

8 Quel horizon pour la société centrafricaine dans les années à venir ?

Pour penser à l’avenir, il va falloir commencer par penser à la reconstruction du pays en investissant dans l’éducation des jeunes-gens pour un vrai changement de mentalité. C’est l’étape la plus importante. Et comme je l’ai précédemment dit, le pays a été vraiment détruit pendant les événements passés. Je plaide donc pour que la communauté internationale, les ONGs, des personnes de bonne foi soutiennent la Centrafrique.

Barack Obama au Kirchentag – 25 mai 2017

 Article Témoins sur Barack Obama au KirchentagUne espérance pour transformer le monde

Sa présidence achevée, Barack Obama poursuit son engagement politique sous une autre forme. Ainsi, le 25 mai 2017, a-t-il répondu à l’invitation du Kirchentag, un grand rassemblement socio-religieux et socio-culturel organisé, tous les deux ans, à l’instigation de l’Eglise protestante allemande (1), cette année en rapport avec le 500 ème anniversaire du commencement de la Réforme sous l’impulsion de Martin Luther.

Très populaire en Allemagne, Barack Obama a été accueilli par une foule enthousiaste où les jeunes étaient très nombreux. Il s’est exprimé de pair avec Angela Merkel. Après l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis et tout ce que cela représente de régression politique et sociale, Barack Obama avait prononcé à Athènes un remarquable discours sur le sens de la démocratie (2), puis il avait rencontré à Berlin Angela Markel, une partenaire politique estimée comme si il voulait l’encourager à assurer la défense des valeurs démocratiques dans un monde perturbé par une vague de peur et d’enfermement. Le revoilà donc à Berlin ce mois de mai dans une Europe affermie dans son existence démocratique par l’élection présidentielle d’Emmanuel Macron (4) auquel Barack Obama avait fait part de son soutien.

Lors de ses déplacements comme président des Etats-Unis dans les grands ensembles continentaux (Asie, Amérique latine, Afrique….), Barack Obama s’adressait aux jeunes leaders de ces ensembles pour les encourager dans leur action pour le développement et la démocratie dans une ambiance simple et conviviale. On pouvait y apprécier une attitude quasi fraternelle (3). Aujourd’hui, à partir de son expérience politique, il veut poursuivre ces échanges pour encourager une jeune  génération à prendre ses responsabilités. Lors de la rencontre au Kirchentag, il a rappelé son engagement à cette jeune génération particulièrement présente dans ce rassemblement.

Dans une vision chrétienne caractérisée par une tonalité d’espérance et d’ouverture (5), dans une analyse des problèmes d’un monde dont il connaît bien le fonctionnement, Barack Obama nous permet de mieux nous situer à l’échelle des grandes questions qui nous concernent tous aujourd’hui. Une vidéo nous rapporte son intervention en dialogue avec Angela Merkel et ses interlocuteurs allemands dans une ambiance chaleureuse qui se marque sur les visages des participants (6). Nous présentons ici des extraits de cette intervention.

 

Un idéal à partager

Barack Obama rappelle que sa vie publique a commencé en travaillant avec les églises dans les quartiers pauvres de Chicago. «  Lorsqu’on veut créer un monde meilleur, cela requiert de regarder vers un but et d’avancer avec foi (sense of purpose and sense of faith). Nous avons besoin de croire que nous pouvons entrer en relation avec les gens avec de la gentillesse et de la tolérance et que nous pouvons gérer les différences entre les nations, entre les religions. Nous trouvons une unité dans la croyance en Dieu. Ce sont ces convictions qui m’ont porté dans mon travail et dans ma vie et je suis très encouragé en voyant autant de jeunes aujourd’hui ».

La jeune génération est une force montante. « A une époque où le monde  est un lieu très compliqué, où nous sommes bouleversé par une violence terrible, telle qu’elle vient de se manifester à Manchester, nous savons que le terrorisme est un grand danger, car il y a des gens qui veulent faire du mal aux autres simplement parce qu’ils sont différents d’eux. Mais cette époque est aussi une période de grande opportunité. Maintenant que je ne suis plus président, mais néanmoins en situation d’influence, je pense être en capacité d’aider de plus en plus de jeunes à faire face à ces défis. Je veux encourager une nouvelle génération dans l’exercice d’un leadership de manière à marginaliser ceux qui veulent nous diviser et à rassembler de plus en plus de gens pour réaliser un bien commun.

 

Une tâche à poursuivre

Pendant huit ans, Barack Obama a été président des Etats-Unis. Comment a-t-il exercé son action dans cette haute fonction ? « Je suis très fier du travail que j’ai effectué en étant président. Quand vous entrez dans la vie publique, vous devez reconnaître que vous ne réaliserez jamais 100%  de ce que vous souhaiteriez. Ce que vous devez essayer de faire, c’est travailler avec d’autres qui partagent les mêmes valeurs, la même vision, pour essayer de rendre les choses meilleures en sachant que vous n’atteindrez pas la perfection ». Barack Obama cite en exemple la  réforme de l’accès aus soins médicaux (« Obamacare »). 20 millions de personnes nouvelles ont bénéficié de cette réforme, mais nous n’avons pas réussi à couvrir 100% de la population et aujourd’hui. Après mon départ, la réforme est remise en question ».

Le progrès se réalise pas à pas, avec parfois des reculs provisoires. Au delà du court terme, il faut voir à plus long terme . Il y a des étapes. Barack Obama estime qu’après avoir accompli sa tâche, avec ses imperfections, il est bon de passer la relève à une génération plus jeune. « Chaque génération a une contribution à apporter. En considérant ce qui est arrivé pendant ma vie, malgré toutes les tragédies actuelles, le monde n’a jamais été plus riche, en meilleure santé, mieux éduqué. Les jeunes aujourd’hui ont accès à une information et à des opportunités qui étaient inconnues à l’époque où je suis né. Mais la poursuite du progrès dépend de la jeune génération. Je me donne pour but de l’aider ».

 

Quel ordre international ?

L’ordre international est à un tournant. C’est un moment important pour la communauté internationale. Je suis né en 1961. A l’époque, Berlin était divisé. Nous venions tout juste de sortir d’une guerre dévastatrice. Les dictatures régnaient dans une grande partie du monde.  Certains pays commençaient seulement à sortir du colonialisme. L’apartheid prévalait en Afrique du Sud. Pourtant, à cause d’un ensemble d’idéaux et de principes : le règne du droit, la dignité de l’individu, la liberté de religion, la liberté de la presse, une économie libérale basée sur le marché, à cause de ces principes qui ont prévalu en Europe et aux Etats-Unis et dans d’autres pays qui se sont joint à eux en ce sens, nous avons vu un progrès incroyable. En Europe, il n’y a jamais eu plus grande prospérité et plus grande paix que dans ces trois ou quatre dernières décennies. C’est une remarquable réalisation. Et parfois les jeunes la considèrent comme allant de soi. Mais aujourd’hui, nous devons reconnaître qu’à cause de la mondialisation et de la technologie, et de la disruption que cela entraine, à cause des inégalités qui existent entre les nations et à l’intérieur des pays, à cause de l’inquiétude en lien avec le rétrécissement du monde à l’ère de la communication internet, à cause de la crise des réfugiés, cet ordre international qui a été créé et existe aujourd’hui, devrait changer, être remis à jour, être renouvelé, parce que nous sommes confrontés aujourd’hui à un récit concurrent empreint de peur, de xénophobie, de nationalisme, d’intolérance, de tendances anti-démocratiques. Comme citoyen des Etats-Unis et membre de la communauté mondiale, je pense qu’il est très important que nous soutenions les valeurs et les idéaux qui sont les meilleurs et que nous repoussions les tendances qui violent les droits humains, suppriment la démocratie ou réduisent la liberté de conscience et la liberté religieuse. C’est une bataille significative que nous devons mener et elle n’est pas toujours facile ». Barack Obama cite alors l’exemple de la Syrie avec toute la désolation qui règne dans ce pays. On ne peut se désintéresser de ce qui arrive dans une autre partie du monde. « Nous devons reconnaître que ce qui arrive dans une autre partie du monde  ou dans des pays isolés, que ce soit en Afrique, en Asie, en Amérique latine, a un impact sur nous et que nous sommes appelés à nous engager pour aider ces pays à trouver la paix et la prospérité. Comme président des Etats-Unis, j’ai fait de mon mieux même si je n’ai pas toujours eu les outils pour le faire. Mais du moins j’ai essayé. Et lorsque nous persévérons, il peut arriver dans ces situations  ce que le président Abraham Lincoln a évoqué : « Les anges les meilleurs de notre nature peuvent s’éveiller »

 

Comment aider les réfugiés ?

L’Allemagne a été confronté récemment à un afflux de réfugiés et ce problème a été affronté avec beaucoup de courage par la chancelière Angela Merkel. Barack Obama a donc été interrogé sur cette question. « En fonction de la géographie, de la présence des océans, nous n’avons pas eu un aussi grand nombre de réfugiés venant de Syrie ou d’Afghanistan. Mais il y a aux Etats-Unis, une immigration importante venant du Mexique et, plus récemment, d’Amérique centrale et d’Amérique latine. Et comme président des Etats-Unis, j’ai été confronté à ce problème.

Aux yeux de Dieu, un enfant, de l’autre côté de la frontière, est aussi digne d’amour et de compassion que mon propre enfant. Nous ne pouvons les distinguer en terme de valeur et de dignité, et tous méritent amour, abri, éducation et opportunité . Mais lorsque nous sommes à la tête de grands états nationaux et  que nous avons une responsabilité  vis à vis de nos citoyens et des gens à l’intérieur de nos frontières, alors le travail du gouvernement est d’exprimer humanité, compassion et solidarité avec ceux qui sont dans le besoin, mais aussi de reconnaître que nous devons agir  dans le cadre de contraintes légales, de contraintes institutionnelles et des obligations vis à vis des citoyens des pays que nous servons. Et ce n’est pas toujours facile.  Un moyen de faire du meilleur travail est de créer plus d’opportunité pour les gens dans leur propre pays. C’est donc un défi de faire comprendre à nos concitoyens que lorsque nous suscitons du développement en Afrique, ou que nous sommes impliqués dans une résolution de conflits ou dans des endroits où il y a une guerre, lorsque nous faisons des investissements pour faire face au changement climatique et aux problèmes que ce changement entraîne pour les agriculteurs, nous ne faisons pas tout cela simplement par charité, parce que c’est une bonne chose d’agir avec gentillesse, mais aussi parce que si il y a une disruption dans ces pays, si il y a un conflit, si il y a une mauvaise gouvernance, si il y a une guerre, si il y a de la pauvreté, alors dans ce nouveau monde où nous vivons, nous ne pouvons pas nous isoler, nous cacher derrière un mur. Il est très important pour nous de voir que ces investissements contribuent à notre propre bien être et sécurité.

 

Les religions et la vie politique

Quel rapport entre les religions et la vie politique ? Barack Obama s’exprime à partir de l’exemple américain. « Les Etats-Unis sont un pays très religieux et je pense que c’est une grande source de force. Mais, pour une part, historiquement, ce dynamisme est lié à la séparation entre l’Etat et l’Eglise qui a été envisagée comme une protection des communautés de foi pour qu’elles puissent pratiquer librement ». Comment le rapport entre religions et vie politique peut-il s’exercer au mieux ? « Nous avons besoin de reconnaître que, dans toute démocratie, il y a des gens engagés dans des religions très différentes. Et la démocratie requiert des compromis. Quand nous évoquons la foi religieuse, par définition, il y a certains points où nous ne faisons pas de compromis. Et je pense que nous faisons parfois fausse route en introduisant ce refus de compromis dans le processus politique ».

Barack Obama appelle au respect et à la gestion de la diversité. « Si nous sommes probablement une nation chrétienne, nous sommes aussi une nation musulmane, une nation hindoue, une nation juive et une nation de non croyants. Mais nous pouvons trouver des conceptions et des principes moraux qui nous relient ensemble et nous rencontrer sur ce consensus qui nous permet de progresser ensemble.

Même dans notre propre famille religieuse, il y a certains points où nous pouvons être en désaccord. Parfois cela peut nous troubler. Personnellement, dans ma propre foi, je pense qu’il est utile d’accepter un petit bout de doute. Nous croyons en des réalités qui ne sont pas visibles et, en conséquence, j’essaie d’être humble. Je ne prétend pas que Dieu parle exclusivement à travers moi. J’assume que Dieu partage de la sagesse dans tous les gens. Si je suis convaincu que j’ai toujours raison, la conclusion logique se traduit parfois en une grande cruauté et une grande violence. Dans un monde pluraliste, dans un monde où il y a des gens différents venant de diverses traditions religieuses, cherchons à réaliser que nous sommes, les uns et les autres, partie de la vérité ».

 

La foi : une motivation 

« Je pense aux défis auxquels nous devons faire. Si notre réponse n’est pas parfaite et s’élabore à travers l’action et la réflexion, elle est motivée par notre foi et les valeurs et les idéaux qui sont les plus importants pour nous. Nous devrions être prêts à risquer quelque chose pour la cause à laquelle nous tenons. Nous devrions être prêts à contester une pratique traditionnelle. Aux Etats-Unis, ce sont des gens de foi qui, les premiers, ont parlé contre l’esclavage. Cela appelait une juste colère contre une institution qui semblait ressortir de l’ordre naturel. C’était un mouvement radical qui a élevé la conscience du peuple et qui a conduit une longue marche vers la liberté. Ainsi nous sommes appelé à agir selon ce que nous croyons vrai et juste. Lorsque nous agissons ainsi, ma seule suggestion, c’est de nous rappeler que Dieu ne parle pas seulement à nous. Pour moi, la force de notre foi trouve sa confirmation lorsque nous acceptons de nous engager avec des gens ayant des vues différentes et d’être prêts à les écouter et à les considérer ». L’avancée peut prendre du temps. L’important, c’est de persévérer même quand c’est difficile.

 

Les grandes questions

Quelles sont les grandes questions qui concernent la politique internationale, Barack Obama énonce deux questions. La première est relative au développement. La seconde concerne les budgets militaires.

« L’écart croissant entre les opportunités, les inégalités de plus en plus grandes entre les nations et à l’intérieur des nations, voilà une des questions majeures que cette génération et les prochaines générations auront à affronter. Le volume de richesse, d’opportunité et de consommation qui existe au sommet, en comparaison avec les besoins énormes qui existent dans le monde, est une situation que je trouve insupportable.

Il y a assez pour nourrir chacun, pour loger et vêtir chacun, pour éduquer chacun si nous sommes capables de mettre en route un processus social qui reflète nos valeurs. Ce n’est pas facile à faire. Ce n’est pas simplement faire un chèque et envoyer de l’argent. C’est créer une société qui parvienne à se suffire à elle-même et manifeste de la détermination et de la dignité. C’est pourquoi  quand nous examinons un budget pour une aide au développement, nous nous centrons sur la manière non pas de donner simplement du poisson, mais d’apprendre à le pêcher. Nous voulons aussi nous assurer que la gouvernance cherche à promouvoir les intérêts de gens à la base.       Cependant, on doit se rendre compte des énormes progrès qui ont été réalisés, même dans la durée limitée de mon existence. Juste dans les dernières décennies, il y a eu des centaines de millions de gens qui sont sortis de l’extrême pauvreté, en Chine, en Inde, dans certaines parties de l’Afrique. Il y a beaucoup à faire, mais il encourageant de voir tout ce qui a été déjà fait ».

Il y a une autre grande question. Elle concerne les budgets militaires. « Ce que j’aurais aimé voir, par exemple, c’est l’ultime élimination des armes nucléaires de cette planète. Absolument !  Un moment, nous sommes parvenus quelque peu à réduire les armements nucléaires russes et américains. Cependant, de la même façon qu’il a fallu du temps pour sortir des gens de la pauvreté, réduire le besoin de budgets militaires demandera un effort long et persévérant. Il est vrai que nous vivons dans un monde dangereux ». Barack Obama cite l’exemple de l’Afrique où les Etats-Unis sont appelés à intervenir pour rétablir la paix et assurer la sécurité des organisations humanitaires. Il montre aussi combien les conflits militaires sont souvent en rapport avec des problèmes de développement. Ainsi, « notre budget national de sécurité ne devrait pas être conçu uniquement en terme d’armements, mais aussi en terme de développement, en terme de diplomatie, en terme de soutien à l’éducation des filles et des paysans ».

 

A un carrefour de l’histoire

A ce moment de l’histoire, l’Occident semble traversé par deux tendances adverse. D’un côté, animée par le rêve d’une grandeur passée, inquiète par rapport aux changements économiques, sociaux , culturels, une tendance qui préconise un retour en arrière, un repli sur soi, le renvoi des migrants, un rejet de la solidarité internationale. En regard, un mouvement engagé de longue date, mais qui aujourd’hui prend de l’ampleur : une coopération internationale croissante  tant économique  que sociale et culturelle, la prise de conscience d’une unité du monde dans la construction d’une civilisation nouvelle attentive aux droits humains, une solidarité accrue face à des menaces internes et externes comme le maintien ou la progression des inégalités ou le réchauffement climatique. Si la description de ces deux tendances opposées est quelque peu sommaire, voire caricaturale, il y a là néanmoins le cadre  d’une forte tension marquée en 2016 par des succès importants remportés par la tendance régressive au cœur même de l’Occident : la victoire du Brexit en Grande-Bretagne, l’élection de Donald Trump à la présidence des Etats-Unis.

Pendant ses deux mandats présidentiels, Barack Obama a conduit les Etats-Unis dans la voie de l’ouverture, de la solidarité internationale, du respect des minorités, d’une progression d’un mieux être social, du progrès écologique. Il a mené cette lutte dans un esprit de respect vis à vis des personnes, une attitude empathique et chaleureuse induisant un consensus. Dans cette tâche difficile, il a été porté par une inspiration chrétienne ouverte. Sa présence au Kirchentag en mai 2017 nous paraît ainsi particulièrement significative. Barack Obama exprime le mouvement pour un monde plus solidaire et plus respectueux des personnes, un mouvement tourné vers l’avenir et non vers le passé. Il s’adresse tout particulièrement à la jeune génération qui est en train de grandir sur les différents continents.

Quelques jours auparavant, l’élection d’Emmanuel Macron à la présidence de la République Française témoignait de la victoire d’une tendance « progressiste » qui marquait une inflexion majeure dans la conjoncture internationale en marquant un coup d’arrêt par rapport à la tendance préconisant le repli, le rejet, le dissociation. Ainsi, Barack Obama a pu intervenir dans un contexte où, à nouveau, on pouvait entrevoir un horizon d’ouverture. Au cœur de l’Europe, à Berlin, ce dialogue a témoigné d’une espérance qui, dans le contexte du Kirchentag, s’exprimait dans une ambiance de fraternité chrétienne.  Barack Obama nous aide ici à voir quels sont actuellement les grands enjeux politiques et de quelle manière on peut les aborder. Il nous permet de dépasser nos ressentis immédiats pour nous situer dans la durée. Le processus démocratique nous permet d’avancer vers de meilleures solutions, mais il inclut aussi des reculs. Barack Obama nous appelle à un engagement patient et persévérant. Nous partageons ici ce que nous percevons à travers la vidéo de cette rencontre : une conviction, une pensée ouverte et prospective, une convivialité fraternelle.

Jean Hassenforder

 

(1) Présentation du Kirchentag sur « Free Wikipedia » : « le « Deutscher Evangelischer Kirchentag » est une assemblée de membres laïcs de l’Eglise Evangélique allemande qui organise un rassemblement biaannuel concernant la foi, la culture et la politique ».
https://en.wikipedia.org/wiki/German_Evangelical_Church_Assembly
Du 24 au 28 mai 2017, le Kirchentag a célébré le 500è anniversaire de la Réforme dans une grande manifestation « joyeuse, diverse et multiculturelle »     («  Réforme »). Un compte-rendu sur le site du Centre d’information sur l’Allemagne : http://www.allemagne.diplo.de/Vertretung/frankreich-dz/fr/__pr/nq/2017-05/2017-05-30-kirchentag-protestant-pm.html?archive=4908386  L’hebdomadaire « Réforme » (1er juin 2017) a consacré une double page (p 4-5) à cet événement marquant qui, à travers une forte participation jeune et internationale, témoigne de la vitalité d’une foi chrétienne au sein du monde d’aujourd’hui. Dans un article intitulé « La foi visible », Jean-Paul Willaime écrit ainsi : « Le fait que deux éminentes personnalités politiques protestantes : l’ancien président des Etats-Unis, Barack Obama et la chancelière Angela Merkel aient accepté de discuter de démocratie et d’engagement à Berlin au 36è Kirchentag… constitue incontestablement un événement »

(2) Discours de Barack Obama sur la démocratie (Athènes. (le 16 novembre 2016) : https://www.youtube.com/watch?v=xKirW7AQ2oo
Dans une perspective historique et à partir de son expérience, Barack Obama nous apporte ici un enseignement majeur sur les vertus et les problèmes de la démocratie aujourd’hui : https://obamawhitehouse.archives.gov/the-press-office/2016/11/16/remarks-president-obama-stavros-niarchos-foundation-cultural-center

(3) Lors de ses déplacements internationaux, Barack Obama s’adresse fréquemment aux « leaders » des régions visitées dans des rencontres caractérisées par un dialogue dynamique et convivial. Deux exemples : Asie du Sud Est : https://www.youtube.com/watch?v=j3GuzhWdiiI
Argentine et Amérique Latine :
https://www.youtube.com/watch?v=zbq2gmYq780

(4) On peut percevoir des analogies entre Barack Obama et Emmanuel Macron dans une approche dialoguante et inclusive. Emmanuel Macron nous dit avoir beaucoup reçu du philosophe français, Paul Ricoeur : https://le1hebdo.fr/journal/numero/64/j-ai-rencontr-paul-ricoeur-qui-m-a-rduqu-sur-le-plan-philosophique-1067.html

(5) L’inspiration chrétienne chez Barack Obama :
« De Martin Luther King à Barack Obama » : http://www.vivreetesperer.com/?p=2065
« La rencontre entre Barack Obama et le pape François » :
http://www.vivreetesperer.com/?p=2192
« La prière dans la vie de Barack Obama » :
http://www.vivreetesperer.com/?p=2326

(6) Barack Obama and Angela Merkel speak at Kirchentag in Berlin. Vidéo principalement à partir de laquelle nous avons travaillé pour présenter des extraits adaptés en français. Nous renvoyons à cette vidéo qui apporte non seulement la parole dans son extension, mais aussi l’expression des participants  à travers leurs visages.
https://www.youtube.com/watch?v=ZV6yjj50lGc
Autres versions : https://www.youtube.com/watch?v=PXrmmVMnUg4
https://www.youtube.com/watch?v=qEFi0UKeGE8</a

Sur ce site, voir aussi : « La prière de Barack Obama. Un ancrage face à la peur » : http://www.temoins.com/priere-vie-de-barack-obama/
« La foi de Barack Obama » :
http://www.temoins.com/frank-h-ekra-la-foi-de-barak-obama/
« Le phénomène Obama. Un signe des temps ? » :
http://www.temoins.com/jean-hassenforder-le-phenomene-obama-un-signe-des-temps/