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Revue de presse des hebdos du 17 au 24 février 2007

Une nouvelle approche.
Nous accueillons, dans l’espace des actualités, une nouvelle
approche: une revue de la presse écrite française concernant le fait
chrétien. Chaque semaine, Henrik lindell, lui même journaliste, se
propose de signaler et de commenter ici des articles significatifs.
La presse chrétienne, catholique et protestante est examinée
prioritairement. Mais lorsque la presse généraliste publie des
articles qui concernent particulièrement les chrétiens, ils sont
également pris en compte. Henrik Lindell, journaliste à Témoignage
Chrétien, se dit en conséquence incapable de critiquer négativement
cet hebdomadaire. Mais son travail professionnel le rend
particulièrement en position de réaliser la revue de presse que nous
souhaitions.
Bien entendu, comme dans les autres médias, ce genre requiert une liberté d’appréciation et de ton. Il n’est donc pas question ici
d’exprimer les positions de l’association. Dans l’esprit de la
culture chrétienne interconfessionnelle de Témoins, qui associe
conviction et ouverture, voici un regard personnel sur l’expression
des mentalités et le mouvement des idées. Tenant compte du droit de
réponse, chaque mois, nous ferons le point en présentant les
éventuelles réactions. Voici donc cette première revue de presse.
Comme nous y invite le Livre des Proverbes, “prétons une oreilles
attentives aux critiques constructives”, car,”Qui écoute les
avertissements acquiert du bon sens” (Prov 15/31-32). Apprenons à observer et à réfléchir ensemble.

L’équipe Témoins

Deux grands thèmes animent particulièrement la presse chrétienne en ce moment : les caricatures de Mahomet et les interrogations soulevées par la reconnaissance des couples homosexuels. L’hebdomadaire Famille chrétienne, hebdo catholique s’il en est, est probablement celui qui s’est montré le plus virulent. Non sans courage, il déclare haut et fort son hostilité au mariage gay et à ce « monde médiatique qui a fait du rire, gras, obtus, blasphématoire, une nouvelle vache sacrée », selon l’éditorialiste Maire-Joëlle Guillaume (Famille chrétienne du 17 au 23 février). En l’occurrence, elle s’en prend indirectement au soutien inconditionnel donné par la plupart des médias et d’hommes politiques à Charlie Hebdo, fameux hebdo athée en procès les 7 et 8 février devant la chambre correctionnelle à Paris pour avoir publié trois caricatures sur Mahomet. La journaliste explique : « La liberté d’expression, dont on se gargarise, vaut pour tout le monde ou ne vaut rien. A quoi rime-t-il de hurler à « la police de la pensée » quand on est épinglé en flagrant délit de bassesse et d’injure et de trouver normal que, dans le même temps, le député Vanneste soit condamné en justice pour avoir exprimé en conscience sur l’homosexualité, et sans la moindre attaque à l’égard des personnes, un jugement que toutes les civilisations ont partagé jusqu’à présent ? Cela n’a pas de bon sens. »

Par delà les excès éditoriaux de par et d’autre, on distingue nettement un clivage entre ceux qui trouvent inacceptable de se moquer des religions et ceux qui défendent et exploitent le droit de facto de ridiculiser les croyances. La première opinion est partagée par quelques rares médias et surtout par une forte majorité des Français, selon un étonnant sondage paru dans le Pèlerin du 8 février. La deuxième option est celle de l’immense majorité des médias. Elle est politiquement correcte. La voie exprimée par les catholiques conservateurs et aussi par beaucoup de musulmans traditionnels ne serait pas compatible avec une société moderne. Ainsi, un hebdomadaire qui se veut libertaire et très méchamment satirique réussit paradoxalement à recueillir le soutien de pratiquement tous les candidats présidentiels dans un moment de rare consensus apparent. Oubliée la violence extrême avec laquelle les dessinateurs de Charlie Hebdo injurient chaque semaine les responsables religieux. Oublié aussi le caractère profondément malsain de Jyllands-Posten, quotidien danois populiste de droite et islamophobe, et dont Charlie Hebdo a repris les dessins afin de « défendre la liberté de la presse ». « Il faut soutenir Charlie Hebdo », expliquent le quasi-ensemble des médias, tout en ajoutant que les dessins sont nuls. Témoignage chrétien, hebdo chrétien de gauche, précise que son soutien inconditionnel de principe se fait « sans avoir l’impression de vivre un grand moment de la presse » (Témoignage chrétien du 7 février).

Toujours dans le registre très médiatique et spectaculaire, l’hebdomadaire La Vie (du 15 février) met en une trois mots censés provoquer un choc : « Homos, Cathos, Hulot ». Ils sont accompagnés par ces mots : « Quand les lobbies battent la campagne ». Dans une enquête sur les groupes de pression, on retient notamment le volet consacré aux manifestations et coups médiatiques des groupes « gays ». La journaliste Clara Georges explique notamment comment l’Association des parents et futurs parents gays et lesbiens (APGL) et l’Interassociative lesbienne, gay, bi et trans (Inter-LGBT) se concentrent sur « l’outil médiatique » avec le succès que l’on connaît. La question des homosexuels serait aussi devenue une occasion « de se placer dans le camp progressiste » pour la gauche, favorable à la fois au mariage gay et au droit d’adoption des parents homosexuels. Il n’empêche, la droite a aussi ses militants, notamment GayLib, qui se contenterait d’une union civile. Pour la droite, le mariage gay serait « choquant pour l’institution religieuse », apprend-on dans cet excellent article.

Chez les protestants, le débat sur les droits à accorder ou non aux couples homosexuels fait rage, comme chacun ne le sait pas. Divisés, les réformés et les luthériens (plutôt pour) et les évangéliques (plutôt contre). Dans Réforme, l’hebdomadaire de référence du protestantisme historique, la journaliste Bernadette Sauvaget revient sur la « déclaration interreligieuse » à Lyon contre le mariage homosexuel (Réforme du 15 février). Responsables catholiques, protestants, juif et musulmans, ils ont tous signé l’appel. Tous ? Non, l’Eglise réformée de Lyon a refusé de se plier à cet exercice, en expliquant, par la voie de son président Guillaume de Clermont, que cela relève d’une « certain opportunisme » destiné à contraindre les candidats à prendre des engagements sur une question importante. Effectivement, le président de la Fédération protestante de France, Jean-Arnold de Clermont, estime lui aussi que « ces questions de société ne relèvent pas d’une appartenance politique ». Or, c’est la question du lobbying religieux qui est posée, comme l’explique Bernadette Sauvaget. Les évêques catholiques, avec le cardinal Barbarin comme chef de fil, ainsi que plusieurs responsables évangéliques y semblent favorables. Chez les réformés et chez les luthériens, qui n’ont d’ailleurs pas encore adopté une position officielle sur la famille, on n’aime pas l’idée de lobbying.

Terminons cette revue de presse par quelques informations insolites. Les catholiques (très) critiques de Golias, revue qui publie entre autres une édition hebdomadaire sur le net, s’intéressent beaucoup à la société qui se détourne de leur Eglise. Ainsi par exemple les non-croyants, dont le philosophe athée Michel Onfray. Dans une analyse remarquable consacrée à ce penseur au ton violent publiée le 9 février, on apprend qu’Onfray a refusé le dialogue avec la revue « se prétendant poursuivi par la haine chrétienne ! ». La réaction est d’autant plus étonnante de la part de quelqu’un qui se veut rationnel que Golias est probablement l’unique organe de presse chrétien à vouloir adresser la parole à Onfray. « Cette fin de non recevoir ressemble étrangement à l’attitude de bien de nos épiscopats ou de clercs frileux et doctrinaires, qui eux aussi refusent de dialoguer avec nous », regrette Golias (golias.ouvaton.org).

Retenons, pour finir, une autre analyse, moins fine celle-là, sur les Eglises évangéliques en région parisienne. Nous l’avons débusquée dans le Nouvel Obs dans son supplément pour Paris et Ile-de-France daté du 15 février. « Les évangéliques à l’offensive », annonce-t-il en une. On voit une photo de jeunes gens en louange. L’objectif est d’expliquer entre autres comment, en Ile-de-France, « un ouragan venu d’Amérique attise les ardeurs des fidèles ». Ceux qui se souviennent du dossier délirant sur « la secte évangélique à la conquête du monde » publiée par le Nouvel Obs il y a quelques années – c’est notre cas – craignent forcément le pire. Au fait, nous avons été plutôt rassurés en parcourant ce dossier de huit pages. La journaliste Louise Couvelaire s’est donnée la peine de se rendre à plusieurs cultes évangéliques différents. Elle a interviewé des pasteurs et aussi des maires. Puis elle a lu au moins un livre du sociologue Sébastien Fath qu’elle a aussi rencontré. Du coup, il y a peu d’erreurs factuelles. On regrette seulement le manque manifeste de vouloir comprendre les raisons d’être profondes de ces Eglises évangéliques. A force d’utiliser des concepts de sociologie et des idées toutes faites, la journaliste passe totalement à côté de la foi individuelle des gens, la rencontre personnelle avec Jésus, qui est pourtant la clé de l’évangélisme. Observateur extérieur, utilisant des clichés se voulant sans doute critiques (« déferlante hystérique », « méthodes américaines », « bande d’allumés illuminés » …), elle fait passer le message politiquement correct de l’hebdomadaire : évangéliques, danger ! Et on la comprend. L’inverse aurait été impensable. Mais, soyons compréhensifs, le Nouvel Obs a fait d’énormes progrès. Un jour, peut-être, s’intéressera-t-il aussi à ce qui se passe dans le cœur des gens.

Henrik Lindell