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Rubrique Rechecher et innovation avril 2017Telles qu’elles nous sont rapportées (1), ces trois histoires de vie nous paraissent très proches. Elles sont marquées par la souffrance d’une imposition religieuse et elles sont à la recherche de voies nouvelles.

Colette, Bernadette, Véronique : c’est une génération née entre 1966 et 1971 et qui a donc grandi dans une période post 1968. Et pourtant, dans un milieu catholique traditionnel provincial, elles ont toutes été plus ou moins confrontées à des pressions et des impositions conservatrices qui ont engendré de grandes difficultés dans leur vie.

Aujourd’hui, entre 45 et 50 ans, elles sont mères, et, désormais en rupture avec un héritage religieux traditionnel, elles recherchent une forme de spiritualité.

Les difficultés, auxquelles elles ont été confrontées, se situent au moment de leur passage dans la vie adulte et elles sont en rapport avec une relation conflictuelle entre leurs parents et la manière dont elles sont entrées dans une vie de couple.

Véronique s’est vue dans l’obligation d’un mariage prématuré. Bernadette s’est vue interdire un mariage de son choix et est tombée ensuite dans une relation piègeante. Colette a pu choisir son conjoint, mais elle a subi ensuite des pressions religieuses. Dans les trois cas, les interférences parentales relevaient à la fois d’une autorité abusive et d’impératifs religieux traditionnels.

A partir de là, ces trois femmes ont cherché à vivre ou à survivre. Sur le plan spirituel, elles ont suivi des chemins nouveaux en dehors de l’Eglise d’origine.

Cependant, à un moment, l’une d’elle, Colette, a fréquenté un groupe caractérisé par la présence d’un prêtre ouvert. Son déplacement dans une autre région a marqué la fin de cette expérience. Par ailleurs, Véronique a pu s’insérer dans un mouvement inspiré par un catholicisme ouvert : Fondacio. Il n’empêche que les allergies passées, à certains moments, viennent frapper à la porte.

Bernadette, dans une situation difficile, s’est trouvée en relation avec un mouvement caritatif évangélique, le SEL, où elle a trouvé un milieu d’accueil et de soutien, créant une opportunité de contact avec des membres de l’Eglise Protestante Unie. Colette a trouvé dans le reiki, une spiritualité concernant à la fois le corps et le mental qui a répondu à un besoin d’équilibre et de pacification. Elle continue à cheminer dans une activité relationnelle et une entraide solidaire.
Ainsi, ayant quitté des formes religieuses traditionnelles, ces trois femmes poursuivent une quête spirituelle à travers de nouveaux relais et de nouveaux recours.
J H

(1) Ces histoires de vie ont été établies par une personne connaissant bien les intéressées et ayant pu ainsi les interviewer. Nous remercions Ide pour cette collecte qui nous permet de percevoir l’évolution d’un milieu et des itinéraires où on peut discerner une quête spirituelle.

Colette

Colette (née en 1966) la fille aînée de 9 enfants, famille catholique traditionnelle, plutôt intégriste. Elevée en pension catholique (les soeurs de St François de Sales) jusqu’à la terminale.
Mère très engagée ! Militante FLN au moment de l’Algérie française ! Puis sur l’avortement, etc.
Père peu croyant, avant d’épouser sa femme ! Et encore plus “rigide”
Elle a fait ses études dans la ville où habitaient ses parents, donc elle vivait chez eux.
Elle a pris le large dès qu’elle a commencé à travailler et qu’elle a obtenu son premier poste sur Paris.
Elle a rencontré son mari, chez des cousins de son côté à elle. Il n’était pas spécialement pratiquant ni très engagé dans l’église catholique, mais pour faire plaisir à ses futurs beaux parents il a accepté le mariage à l’église.
Après, tout le processus… il y a eu forcément baptême pour les quatre enfants… mais pas vraiment mordus pour aller à la messe tous les dimanches. Sauf que Colette travaillait dans un lycée catholique, et que certaines collègues étaient plus engagées… et l’ont invitée à s’engager un peu plus dans son village.

Ils sont allés à plusieurs rencontres ; le prêtre était super… écoutant, aidant, stimulant… pendant 5 ans, ils ont cheminé avec lui et l’équipe des quatre autres couples… Puis, il a été muté dans une autre région et le remplaçant ne leur a pas du tout plu ! Et aller à la messe par devoir ! NON et pour y entendre des sornettes et pas du concret, du vécu, du réel ! NON
Quelqu’un en difficulté, on l’aide ! On ne lui dit pas simplement, je vais prier pour vous et c’est tout ! Alors qu’ils pouvaient faire plus !

Ils se sont donc éloignés de plus en plus de l’église catholique !
Après, ils ont de gros pépins de santé tous les deux. Aucun des chrétiens de l’église n’est venu les dépanner, les encourager, les écouter, les soulager ! Alors, ils ont cherché ailleurs !

Colette a découvert le Reiki ! Ils ont suivi tous les deux un stage d’un week-end. Ils ont beaucoup apprécié et cela les a beaucoup soulagés et les a rendus plus sereins, plus confiants. Colette a suivi la formation ! Elle en est au niveau III. Il lui reste le dernier niveau à poursuivre, mais il faut un laps de temps entre les deux niveaux.

Elle a donc acquis un certain calme, une certaine sérénité… Elle ne conçoit pas de retourner à l’église catholique où cela manque de concret, d’efficacité, de solidarité, de soutien ! Elle reste tolérante et accueillante aux autres, mais le Reiki lui suffit pour vivre au mieux sa vie sociale et familiale. Elle reste très attentive très à l’écoute et au soutien des uns et des autres, elle accueille sans juger, elle se veut être “bienveillante” et ouverte à tout et à tous ! Mais, elle n’a pas besoin de ce Dieu que l’on propose dans l’église catholique ! Où ce sont de belles paroles, du blablabla, mais peu dans l’action et le concret.
Ses deux filles sont engagées ! L’une avec les réfugiés politiques et les émigrés, l’autre avec les prostituées ! Elles font un travail surprenant de dévouement, de soutien, d’écoute… Elles donnent plus que leur temps ! Mais, elles ne le font pas sous l’étiquette “chrétienne”. Il ne faut surtout pas leur en parler !!

Elles aiment bien leurs grands parents, les parents de Colette, mais dès qu’ils abordent le thème religieux, elles s’enfuient !
Colette a découvert, de par ses différents stages et formation, qu’en habitant son intériorité, en laissant descendre au fond de ses entrailles, la pensée qu’elle avait, elle savait choisir ce qu’elle avait à faire ou ne pas faire ! Aussi, elle n’a pas besoin de l’église catholique !
Par contre, elle voudrait pouvoir aider, soutenir des familles de réfugiés… par l’intermédiaire de la banque alimentaire, ou autre organisme….

Bernadette

Bernadette (née en 1969) 3è de 8 enfants, issue d’une famille catholique traditionnelle. Père issue d’une famille d’industriels très connue sur la ville, d’où réputation très importante ! Père très rigide, a été en pension chez les Jésuites. La mère plus cool, catholique pratiquante, mais plus ouverte.
Elevée comme tous les autres, dans une école catholique jusqu’à la seconde. Puis, lycée mixte d’état pour les trois dernières années.
Les parents, au début de leur mariage, faisaient partie des équipes Notre Dame : ils se sont faits très vite beaucoup d’amis sur la région ! Sauf que le père n’appréciait pas cette règle du “droit de s’asseoir” pour parler avec son conjoint ! Du coup, ils sont assez vite sortis des équipes !

Bernadette est partie faire ses études sur Paris ! Elle est d’abord partie dans un foyer du Chemin Neuf, pendant deux ans. Puis, elle a habité avec son frère aîné et sa soeur ainée dans le même appartement pendant deux ans.
Ses études terminées, elle est revenue sur sa région, pour retrouver son copain qui avait fait ses études de droit sur Reims. Elle le fréquentait depuis cinq ans passés et ils espéraient se marier, mais le père a refusé catégoriquement ! Elle n’a pas osé s’y opposer ! Mais, elle est partie travailler sur Reims, là où il exerçait ! Mais, ils sont juste restés amis ! Il était très engagé dans le Chemin neuf et elle l’accompagnait au groupe de prières.

Peu après, elle a rencontré le papa de son fils ! C’était un bel homme et il lui a promis de l’épouser dès que le divorce serait prononcé ! Or, il n’était pas en “instance de divorce” mais il trompait sa femme depuis longtemps déjà et il avait déjà une petite fille hors mariage ! Que Bernadette a découvert longtemps après ! Par hasard !

Elle a donc attendu le bébé seule et s’est repliée sur elle-même et sur son fils, quand il est né. Heureusement, ses parents ne les ont pas rejetés, et elle a pu avoir leur soutien “discret” pour que le gamin ait une image masculine ! Mais, très vite, ils ont mis la pression sur Bernadette pour qu’elle le fasse baptiser. Elle a cédé.

Puis, elle a fait un burn-out ! Son travail d’infirmière sur toute la région de Reims était très fatiguant ! Elle a donc tout arrêté et s’est retrouvé pratiquement sans le sou ! à part l’allocation de mère isolée. Elle a alors pris contact avec le S.E.L. et là, elle a découvert une solidarité, une simplicité, et beaucoup de gentillesse… Elle a bien sûr sympathisé avec certaines en particulier et elle fonctionne très bien – économe et écologique ! Parmi ces contacts, deux ou trois dames qu’elle voit plus régulièrement ! En particulier, une dame protestante (église réformée) qui lui a proposé de venir assister à un culte ! Ce qu’elle a fait par curiosité ! Elle était venue au culte avec moi, sur Abbeville ! Elle avait bien aimé.
Elle est en interrogation … mais reste très méfiante…. elle ne veut pas être récupérée ! Je sais qu’elle prie régulièrement ! Comme elle parlait des protestants, je lui ai donné la revue : « Sa Parole pour aujourd’hui » ! J’ai toujours une revue en plus, pour donner si cela est nécessaire. Voilà ! Elle est donc partie avec !

Mais, là encore, elle ne veut pas être récupérée, ni enfermée dans une appartenance ! Elle veut pouvoir aller et venir sans qu’on lui mette la pression. Et elle ne veut absolument pas qu’on lui fasse raconter son histoire passée ! Au culte, elle a été touchée par une parole, et un frère s’est approché d’elle et a voulu l’aider à parler et prier pour elle, elle s’est rebiffée ! Alerte rouge ! Elle est sortie de l’église.
 
 

Véronique

 
Véronique (jumelle avec un garçon nés en 1971 Donc 6è ou 7è d’une fratrie de 9 enfants ! mais elle se trouve encadrée par un garçon avant elle, son jumeau et deux petits frères. Elle a trois soeurs au-dessus d’elle, dont Colette.
Même contexte familial… parents catholiques intégristes +++ et très légalistes.
 
En pension catholique jusqu’à la seconde, puis lycée où elle a rencontré son futur mari qui venait de perdre son papa. Spontanément, elle a essayé de l’entourer, de l’écouter. Sa maman se retrouvait veuve avec trois enfants à élever et il était l’aîné.
Elle est partie faire ses études sur Paris (agrégation de lettres classiques : grec, latin). Son ami-copain venait la rejoindre sur Paris où elle vivait dans un petit studio prêté par des amis de ses parents. Les deux parents ignoraient totalement leurs rencontres sur la capitale. Jusqu’au jour où la maman de Véronique a appris la nouvelle et a donc forcé la main à sa fille, pour qu’ils se marient, étant donné qu’ils avaient couché ensemble !
Véronique s’est trouvée acculer à se marier alors que pour elle, ce n’était qu’un copain de classe… et pas forcément un mari éventuel. Ils ont accepté le mariage imposé et ils ont eu cinq enfants. Ils ont appris à mieux se connaître et à éprouver de l’amour l’un envers l’autre.  Mais, il y a eu des moments très difficiles dans le couple, parce que son mari carriériste veut toujours le meilleur, le mieux, le plus performant ! Il travaille deux ou trois ans pour une boite puis il cherche ailleurs et se vend au plus offrant ! D’où déménagement régulier, etc…
 
Par contre, comme il gagnait bien sa vie, elle a surtout fait du bénévolat à droite à gauche, pour s’occuper, pour donner ce qu’elle savait faire. Quand son mari a trouvé un poste sur la région de Poitiers, ils ont décidé d’acheter une maison ! Et c’est là qu’elle s’est investie à fond dans Fondacio suite à des rencontres de personnes de la paroisse qui s’y trouvaient engagés !
Elle est artiste ! Elle dessine très bien, elle joue de la guitare à merveille, et elle aime beaucoup chanter !!! Aussi, elle a été vite appréciée par ses compétences à Fondacio.
 
Après, que s’est-il passé ? C’est sûr qu’ils n’allaient pas régulièrement à la messe, mais elle était tellement investie dans Fondacio qu’elle ne voyait pas vraiment la nécessité d’aller encore à l’église catholique, dont bien sûr, elle a l’image de ce que ses parents leur ont montré. Après, elle a fait son burn-out au moment où une de ses soeurs s’est engagée définitivement chez des religieuses soignantes ! Alors que sa soeur était médecin en entrant dans cette communauté et qu’elle sait que sa soeur n’a pas le droit d’exercer son savoir ! Elle est attachée à la cuisine et aux petites tâches de la communauté ! Cela l’a rendu folle de rage et l’a définitivement éloigné de l’église catholique.
 
Pour le moment, elle est dans une clinique psychiatrique où visiblement elle peut sortir et vivre ses qualités d’artiste ! Elle va très souvent chanter dans un bistro pas très loin de la clinique. Je sais qu’elle chante des chants charismatiques la plupart du temps. Mais, elle n’est pas prête non plus de retourner dans une église ! Elle veut pouvoir penser et exister sans que personne ne lui mette la pression et décide à sa place de ce qui est bien ou pas bien.

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