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C’est le titre du dernier livre de Frédéric de Coninck paru en juin dernier. Tout le livre vise une seule chose : réhabiliter l’action, souvent dévalorisée au profit de la relation à Dieu ou de l’intention de coeur… Pour vous donner envie, Daniel Goldschmidt, dans un article de la revue CHRIST SEUL (octobre 2006) nous sert de guide.

L’auteur bien connu à Témoins se fixe d’emblée un objectif clair et circonscrit : encourager les laïcs dans les diverses formes d’action où ils sont impliqués. Laïcs ? Entendez, vous et moi, honnêtes membres d’Eglise sans prétention à une compétence pointue dans une discipline universitaire.

Influences grecques malsaines
Frédéric de Coninck commence par déblayer le terrain encombré de multiples entraves. La philosophie grecque par exemple a encore une influence sur le chrétien aujourd’hui.
La manière allégorique d’interpréter les récits de l’Ancien Testament et de gommer leur dimension narrative doit beaucoup aux pères de l’Eglise sous l’influence du néo-platonisme. Qui n’a entendu lors d’une prédication transformer les histoires d’Abraham ou de David en une leçon morale « pour nous aujourd’hui » sans essayer d’abord de cerner ce que les personnages de l’époque ont vécu dans leur contexte ?
Pour ce qui est des enjeux pratiques de la foi, les chrétiens se sont souvent moulés sur les modes de pensée stoïciens (l’important est de rester raisonnable en tout, de ne pas laisser libre cours aux passions) ou platoniciens (mépris du corps).

Réforme radicale comme modèle pour l’action
Suit une fresque passionnante de l’histoire de l’Eglise depuis Augustin et jusqu’à la période médiévale. Pour les lecteurs évangéliques peu familiers de cette période, la découverte de François d’Assise est certainement vivifiante. La mise en perspective des options différentes au sein de la Réforme sera, je gage, également assez nouvelle. Dans toute cette section, les divers mouvements sont présentés d’une manière très attractive dans un langage courant et imagé, parfois teinté d’humour : chez Luther, par exemple, « le corps n’est pas complètement méprisé, mais il est sérieusement surveillé du coin de l’œil » (p. 142). Au sein de la Réforme radicale, Hubmaier et Marpeck font l’objet d’un traitement particulier pour l’équilibre qu’ils ont su garder dans leurs écrits et leur pratique.

Une action « trinitaire »
Si l’histoire des mentalités et la philosophie ne sont pas votre tasse de thé, vous pouvez très bien passer la première partie et picorer dans l’une des trois suivantes : Agir AVEC le Père, … A LA SUITE du Fils, … SOUS L’IMPULSION de l’Esprit. L’usage des lettres capitales est de nous certes, mais le choix de ces trois conjonctions est lourd de sens et abondamment fondé bibliquement par l’auteur. Ces développements se font en dialogue avec des représentants de multiples courants théologiques qui se sont intéressés à l’action. Cette présentation, sans technicité inutile, reste très abordable. Pour ceux qui « en veulent » davantage, quelques discussions plus spécialisées placées en note ou limitées à certains chapitres stimuleront leur réflexion.

Agir avec le Père
« Agir AVEC le Père » est une section du livre de laquelle se dégage une grande force libératrice. Oui, Dieu nous invite à travailler à ses côtés (les récits de la création). Il écoute nos suggestions (l’Exode). Il est prêt à changer ses projets (Jérémie, Ezéchiel). Il veut un partenaire à part entière (l’élection). Il nous fait une place dans l’établissement de son Royaume (Matthieu). Le don de la Loi doit aussi être entrevu comme « une promesse de vie qui nous met en mouvement ». Là aussi, style courant et humour rendent la lecture facile : par exemple, à propos du sabbat interprété comme « nécessité de prendre du recul », Frédéric de Coninck remarque que « ce n’est pas une raison pour que certains » (comme chez des peuples voisins d’Israël) « se spécialisent dans le recul pendant que d’autres restent le nez dans le guidon en permanence » (p. 284) !

Agir à la suite du Christ
« Agir A LA SUITE du Fils » rappellera le thème de la suivance du Christ cher aux anabaptistes (« Nachfolge Christi »). L’exposé de « l’œuvre du Fils par sa vie … et sa mort avec ses conséquences pour nous aujourd’hui » est d’une remarquable clarté. Le détour par les conceptions du sacrifice au travers des diverses cultures (approche anthropologique) permet une originalité bienfaisante sur la vision du sacrifice de Jésus. L’analyse de ce qui se passe lors de la conversion lève le voile sur un domaine rarement exploré ; de même le chapitre concernant les mécanismes du changement chez le chrétien, « processus ouvert, où interviennent Dieu, l’individu lui-même et ses semblables », notamment la communauté chrétienne. L’Eglise en effet, est appelée à être société alternative, à vivre au sein de la société des valeurs différentes sans se refermer sur elle-même.

Agir sous l’impulsion de l’Esprit
« Agir SOUS L’IMPULSION de l’Esprit » aborde entre autres la question du prophétisme, celle de l’interprétation de l’Ecriture et l’œuvre du Saint Esprit (et notre place dans cette œuvre). Il se clôt par quelques questions à la théologie politique au travers de divers mouvements (l’Action Catholique, la sécularisation, la théologie de la libération).

Un livre pour tous !
Avec « Agir, Travailler, Militer », Frédéric de Coninck est parvenu à la maturité de son art : rendre non seulement lisibles mais passionnants un parcours de la pensée sur l’action, puis une fresque biblique. Quant à l’objectif suivi, mission accomplie : ce livre pourrait être le compagnon du membre d’Eglise comme du théologien, de tout travailleur qui cherche à être chrétien aussi bien DANS que PAR son travail.

Références
Frédéric de coninck, « AGIR, TRAVAILLER, MILITER. Une théologie de l’action », Excelsis, 2006, 631 pages – vendu en ligne chez l’éditeur : www.xl6.com

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