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A la rencontre de Maxence Van Der Meersch

Depuis toujours, les livres ont fait partie de mon univers. Enfant, ils m’ont offert des moments d’évasion, des voyages imaginaires à travers le temps et l’espace. Adolescente et adulte, ils ont contribué à la construction de mon identité, et m’ont aidé à donner du sens, de la compréhension, de l’espérance dans ce monde qui m’entoure.

C’est sans doute la raison pour laquelle je suis devenue une “amoureuse” du livre en tant qu’objet et pour son contenu et qu’un de mes passe-temps favoris consiste à rechercher des “perles rares” méprisées et abandonnées dans les ventes et les vides greniers les plus divers. Ils sont d’ailleurs nombreux dans la région du Nord où je demeure depuis plusieurs années.

C’est ainsi qu’en 2007, par un beau dimanche de printemps, lors d’une vente en plein air dans le centre de Lille, mon regard a été accroché par un titre inattendu “L’élu”. Je me saisis alors de ce vieux livre tout gris et écorné qui traînait là au bord d’une table en espérant trouver un résumé qui puisse satisfaire ma curiosité : en effet, qui, à part un auteur d’origine juive ou chrétienne, aurait pu choisir un tel titre et évoquer le thème de l’élection.

Et voici, que m’attendent une déception, il n’y a pas de résumé, et une surprise, l’auteur de cet ouvrage n’est autre que Maxence Van der Meersch. Peu de temps auparavant, j’avais lu dans la presse régionale, plusieurs articles relatant la vie de cet écrivain et les manifestations organisées en l’honneur du centenaire de sa naissance. Cela avait suscité en moi le désir de découvrir son œuvre, à la fois à cause de ses convictions, de son attachement au Nord dont il était natif, du choix de ses personnages et pour son réalisme. Ce qui me troublait également, c’était l’oubli dont il faisait l’objet après avoir connu un réel succès avec le prix Goncourt en 1936 et une grande audience après guerre.

Certaine d’avoir péché la perle rare, j’achète alors sans aucune hésitation cet ouvrage prédestiné. Engagée dans d’autres lectures, sans compter les aléas quotidiens, j’ai attendu plusieurs mois pour le lire. Et puis, peut-être fallait-il que soient réunis le moment propice et la disposition d’esprit nécessaires à cette rencontre. Finalement, je m’engageais totalement dans cette aventure littéraire pour en ressortir enthousiasmée.

“L’élu” plonge le lecteur dans une fabrique de dynamite du Nord et se concentre sur la vie d’un homme, le directeur, qui n’a que le travail pour valeur, et dont l’idéal s’arrête au respect de l’ordre, de la régularité tant dans sa vie professionnelle que familiale. Cet homme va être dépouillé à la fois de tout son système de pensée bien établi et de tout ce qui est précieux pour lui. Ses principes vont être complètement remis en question ; ce dépouillement le conduira à une révélation, celle du Christ avec Sa Lumière et Sa Vie. Cet homme sortira libre et transfiguré par cette expérience qui ne va pas sans rappeler celle de Job.

Enthousiasmée par cette première lecture, j’ai aussitôt enchaîné avec une autre œuvre de Maxence Van der Meersch : “Corps et âmes” retrace l’itinéraire et les choix de plusieurs médecins. Ce roman a été écrit en hommage au Docteur Paul Carton, contemporain de Maxence Van der Meersch, en marge des pratiques de l’époque dans la mesure où il prônait une médecine globale et naturelle.

Dans cette histoire, se confrontent deux catégories de médecins : les uns rêvent d’obtenir une chaire en faculté et les honneurs humains quel qu’en soit le coût, les autres n’ont pour objectif que de servir humblement les personnes avec une médecine adaptée même s’ils doivent en être méprisés par leurs pairs. Au milieu de ces destins entremêlés, apparaît de façon particulière la “rédemption” d’un médecin qui après avoir fait des choix désastreux, emprunte un chemin de conversion et d’espérance.

Il y a peu de temps, j’ai poursuivi avec deux romans qui racontent la vie de l’épouse de Maxence Van der Meersch : “Le péché du monde” et “Le cœur pur” révèlent comment une personne, dès l’enfance, reste un cœur pur au milieu de la violence, de la vulgarité et de la déchéance humaine, et comment au moment où le désespoir semble triompher, la Providence se manifeste et libère ce cœur pur. J’ai été interpellée par la puissance de la bonté et de la compassion, par le courage et la force des caractères au milieu de la pauvreté et de la misère morale et physique.

S’agissant d’une histoire vraie, le témoignage de cette vie me rappelle à l’ordre quand je suis tentée par l’indifférence, la lâcheté, la fatigue ou le découragement. A l’image des témoins, héros de la foi connus et anonymes mentionnés dans l’épître aux Hébreux au chapitre 11, et de tous ceux qui ont triomphé dans la discrétion au cours des siècles, la vie de cette héroïne m’inspire encore aujourd’hui dans mon choix et ma détermination pour tout ce qui est bon, beau, pur et désintéressé.

Merci Monsieur Van der Meersch et merci à Celui qui inspire les écrivains et les poètes et qui est à l’origine de mes lectures.

 

Nadine

 

 

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