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Cultes participatifs. Eglise protestante unie des « Terres du milieu » . Un an après le lancement, l’expérience s’amplifie.

Un an après le lancement, nos cultes participatifs, se poursuivent avec régularité (1). Le changement principal va dans le sens d’une amplification ; désormais, ils se poursuivent même pendant les vacances scolaires. L’intérêt des participants, montre que c’est vraiment une opportunité pour l’Eglise Protestante Unie, de proposer des cultes où les personnes sont invitées à être particulièrement acteurs. 

            Le moment de chants, d’une demi heure, choisis par le groupe, permet au moins de participer au choix des chants.

           Le temps d’échange après la prédication (pas toujours facile, mais toujours important), rend chacun moteur dans le partage de l’Evangile, et ce, de façon communautaire.

            Une petite moitié du groupe reste pour le pique-nique qui suit, cela fait l’équivalent de 2 repas paroissiaux par mois ; on comprend que la communauté commence à être soudée 🙂

             Depuis la rentrée de septembre 2012, nous avons été 22 en moyenne. Lorsque nous sommes proches des 15, on trouve que ce n’est pas beaucoup, mais lorsque nous sommes autour de 25, on sent une dynamique tout à fait porteuse.

             Le culte réunit à la fois des habitués des cultes dominicaux et des personnes tout à fait nouvelles.

             Le côté intergénérationnel, reste un atout et une bénédiction : Tous les cultes jusqu’à présent, ont été au bénéfice de la présence de 2 ou 3 enfants, de 1 ou 2 ados et de 1 ou 2 jeunes couples. Sur un groupe de 22, ça fait une belle proportion de jeunesse. La moyenne d’âge des adultes, est elle aussi, plus basse que celle des cultes du dimanche. 

            Les offrandes se montent à 2 000 € et quelques offrandes nominatives en plus ; cela a financé toutes les Bibles des catéchumènes et tout le matériel catéchétique des enfants et adolescents. Le symbole est fort ! 

            Les catéchumènes de notre Ensemble sont invités à venir une fois par mois à ces cultes, comme un des éléments forts de leur formation ; un certain nombre d’entre eux est assez régulièrement présent. 

            Les 5 ou 6 musiciens qui font partie du projet, permettent que le chant soit en général conduit par 2 ou 3 d’entre eux, ce qui est une chance. 

            Les questions et défis qui se poseront certainement dans les années à venir sont (entre autres) le lien des nouveaux membres avec les formes classiques de vie d’Eglise (participation aux Associations cultuelles, dons, activités lucratives comme les kermesses…). 

Tout en intégrant les éléments fondamentaux de la liturgie réformée, l’enjeu clef de ce projet est de proposer une forme de  culte avec une forte orientation d’accueil et d’évangélisation.

 

Georges Fauché     Mars 2013

 

(1)   Cet article nous rapporte la manière dont se poursuit l’expérience innovante des cultes participatifs entreprise durant l’année 2011-2012 dans l’ Eglise Réformée de France (Eglise protestante unie) des « Terres du milieu », entre Nîmes et Montpellier. Cette expérience a été l’objet d’un article très approfondi rédigé par ses animateurs : Georges Fauché et Françoise Delannoy, pasteurs de cette église, ** Lire l’article publié sur ce site en  juillet 2012 ** 

Pour une Eglise au cœur de la vie quotidienne

Daniel SCHAERER est bien connu des amis de l’association Témoins, dont il est proche depuis quasiment ses origines. Initiateur et responsable en France puis dans les pays francophones de centres de formation de disciples de Jeunesse en Mission, il a acquis une expérience solide de la diffusion de l’évangile ainsi que de la vie ecclésiale dans notre pays et, au delà, dans les pays francophones où il a œuvré. Il est déjà l’auteur de plusieurs livres où il relate les évènements fondateurs qui ont orienté son engagement. « Allez par le monde » raconte la naissance de Jeunesse en Mission en France ainsi que son engagement personnel. «  L’Église en toute simplicité » (1) ouvre sur la nécessité de vivre l’Evangile au cœur de nos maisons, dans des petites cellules.

En juin 2018 paraît son dernier ouvrage intitulé « L Eglise au cœur des maisons et au cœur de la société. Une vision pour le peuple de Dieu » (2). Le sous titre du livre donne le ton de l ouvrage. Daniel SCHAERER nous partage l’expérience qu il a maintenant acquise depuis 1994 de la création et du fonctionnement de ces cellules de maison et bien sûr des principes bibliques qui soutiennent cette action.

Ainsi dans cet ouvrage il identifie un certain nombres de facteurs clés qui, s’appuyant sur l’expérience neotestamentaire des premières communautés chrétiennes, ouvrent sur une proposition renouvelée de la façon de « faire Église » et « d’être en Eglise » : présenter un message intégral de l’Evangile qui ne se limite pas au salut de l’individu mais dont l’objectif est d’avoir un impact global sur l’Homme et son environnement ; servir la société et la transformer par un message incarné, des actes de solidarité, d’amour et de Justice, des signes de la puissance de Dieu. Ces expressions se vivent dans une relation fraternelle fondée sur la simplicité et l’authenticité, « la proximité, la chaleur et la complicité que l’on retrouve entre les membres d’une fratrie » (p 18) ; cet « ensemble organique, entité vivante » (p 29) est animé d’une expression charismatique de la Foi à travers l’exercice, par chacun, des dons qu’il a reçus et mis au service des missions de l’Eglise dont celle de faire des disciples eux mêmes engendrant d’autres disciples afin que la puissance de l’Evangile trouve sa pleine dynamique de levain transformant nos sociétés.

Ce livre au service de « l’Eglise au cœur des maisons et au cœur de la société » éclaire également les aspects très concrets du fonctionnement des cellules de maison.

Daniel a l’étoffe non seulement de pionnier mais aussi de prophète, convaincu de la nécessité de partager sa conviction, servie par son expérience, qu’une expression renouvelée de l’Eglise doit être développée.

Alain et Geneviève Gubert

 

Femmes et hommes en coresponsabilité dans l’Eglise

Dialogue théologique entre Elisabeth Moltmann-Wendel et Jürgen Moltmann

Depuis les années 1960, on a vu apparaître une vision nouvelle de l’humanité portée par la dynamique d’une communion spirituelle. Un aspect de cette évolution réside dans la montée d’un nouveau rapport entre les hommes et les femmes, le recul de la domination masculine permettant l’émergence d’une égalité responsable entre les genres. Ainsi, si l’égalité croissante entre les hommes et les femmes est un mouvement à l’œuvre au cours des deux derniers siècles, il s’est accéléré dans les dernières décennies. En arrière-plan, c’est toute une organisation sociale fondée sur le patriarcat et plusieurs fois millénaire, la prépondérance des hommes et celle des pères qui est en train de s’effondrer. Cette évolution, qui est aussi une révolution, se heurte à de fortes résistances, tout particulièrement dans le monde religieux. Les églises chrétiennes sont, pour la plupart, encore marquées par la prépondérance masculine (1). Et pourtant, les Evangiles témoignent de l’engagement de Jésus dans une entière reconnaissance de la personnalité féminine, ouvrant la voie à l’apparition de « communautés d’hommes et de femmes » (2). L’histoire nous montre comment la société patriarcale a étouffé ou circonscrit ce changement. Le recul actuel de cette société ouvre  un  nouvel espace pour un christianisme en phase avec son inspiration première.  Dans ce contexte, une réflexion s’est opérée et on a vu apparaître une théologie féministe. Cette théologie fait entendre la voix des femmes dans sa diversité. Elisabeth Moltmann-Wendel a été une des premières théologiennes féministes. Elle s’exprime dans une configuration originale en fonction de son mariage avec une des plus grands théologiens de l’époque, Jürgen Moltmann (3). Ainsi, à la fin du XXè siècle, la théologie féministe ouvre un regard nouveau sur la foi chrétienne.  Certes, depuis cette époque, le contexte a évolué. La parité entre hommes et femmes s’est imposée dans de nombreux pays. Dans les églises, quelques unes se sont engagées dans une pleine reconnaissance des femmes et des hommes  dans l’exercice à toutes les responsabilités. En France, c’est le cas de l’Eglise Protestante Unie. Par contre, dans d’autres milieux, dans des formes variées et dans des langages différents, la  prépondérance masculine, la tonalité patriarcale continue à s’exercer, même si elles perdent du terrain, ça et là. Les prises de conscience s’opèrent progressivement. Et il est important de mettre en évidence tous les engagements en ce sens comme le texte de Joseph Moingt : « Les femmes et l’avenir de lEglise » dans la revue Etudes (4) et le livre de Joëlle Sutter-Razanajohary : « Qui nous roulera la pierre ? Les femmes dans l’Eglise » (5), présenté aujourd’hui sur ce site. Parce qu’il éclaire cette évolution à partir de ses débuts, il nous paraît opportun de présenter un texte déjà ancien puisqu’il remonte à 1981 : un dialogue entre Elisabeth Moltmann-Wendel et Jürgen Moltmann à la conférence œcuménique internationale de Sheffield en juillet 1981. Ce dialogue est intitulé : «  Devenir des personnes dans la communauté nouvelle des hommes et des femmes » (6). Voici succinctement la trame de ce dialogue.

 

L’empreinte du système patriarcal

 

Elisabeth met en évidence le petit groupe de femmes qui a entouré Jésus et qui l’a soutenu jusqu’au bout. L’Histoire de l’Eglise a commencé à la rencontre entre Jésus ressuscité et les femmes qui l’avaient suivi. Mais l’histoire officielle l’a reportée à l’envoi des hommes apôtres. « Aujourd’hui, presque toutes les Eglises sont gouvernées et modelées par des hommes et s’appuient sur des catégories masculines. Dieu lui-même est envisagé dans des termes en prédominance masculins ». « L’expérience des femmes, que Jésus est un ami qui partage leurs vie, qui donne chaleur, intimité et tendresse à tous ceux qui sont abandonnés et sans soutien, est oubliée » ( p 1). « Le Féminisme, le mouvement des femmes dans le monde occidental, a donné à beaucoup de femmes le courage de se découvrir, d’exprimer à nouveau leurs propres expériences de Dieu, de lire la Bible avec des yeux nouveaux et de recouvrir leur rôle unique et original dans l’Evangile ».

Elisabeth incrimine le système patriarcal. «  Ce système est incompatible avec l’identité et les conceptions des femmes ». Le système patriarcal s’est également exprimé dans le colonialisme et le racisme, le capitalisme et le sexisme. « Aujourd’hui, les femmes comprennent Jésus comme ce qu’il a été pour elles. Elles veulent se débarrasser de la domination du système patriarcal ».

 

Elisabeth se garde de tout radicalisme. Sa pensée féministe est en phase avec un idéal social pour une société où le pouvoir est partagé et où la vie des femmes est respectée. «  Nous voulons une vie pleine qui joigne le corps, l’âme et l’esprit, une vie qui ne soit plus divisée entre la sphère publique et la sphère privée  et qui nous remplisse de confiance et d’espoir par delà la mort biologique ». Et, dans cette perspective, elle se réfère à des passages bibliques  comme la vision de paix du prophète Esaïe.

Dans cette volonté d’échapper au système patriarcal, il y a des femmes qui s’éloignent de l’Eglise et de Dieu. Qu’en pense Jürgen ? »

 

La réponse de Jürgen Moltmann est particulièrement incisive.

« Vous me demandez si Dieu est du côté du système patriarcal. Je voudrais tenter une réponse en m’interrogeant : quel est le Dieu du système patriarcal ? »

Ce système patriarcal n’est pas venu dans le monde à travers le christianisme. « L’ordre du pouvoir patriarcal est ancien et répandu. A un stade précoce, l’Eglise a été reprise en main dans une culture patriarcale. En conséquence, le potentiel libérateur du christianisme a été paralysé ». On a parlé de la captivité constantinienne de l’Eglise. La théologie féministe participe à la critique de cet enfermement. Ainsi, la libération des femmes et, en conséquence, celle des hommes, pour sortir du système patriarcal, est connectée avec la redécouverte de liberté de Jésus et une nouvelle expérience des énergies de L’Esprit. Nous devons laisser derrière nous le Dieu monothéiste des Seigneurs et des males, et découvrir, depuis les origines du christianisme, le Dieu de la communauté qui est riche en relations, capable de souffrance et apporte l’unité. C’est le Dieu vivant, le Dieu de la vie que le système patriarcal a déformé à travers les idoles de la domination. En  lui, les hommes aussi expérimentent une libération de la distorsion dont les femmes ont souffert et souffrent encore comme conséquence du système patriarcal ». Jürgen Moltmann  dénonce une éducation qui a imposé aux garçons et aux jeunes gens un rôle dominant et une pression de contrôle sur eux-mêmes. Les jeunes hommes ont été coupés en deux dans une survalorisation de la raison et de la volonté et le refoulement des émotions. Dans sa grandeur, le Dieu patriarcal reflète la misère qui s’exprime dans un male divisé et isolé. Pour  connaître ce Dieu-là, on remonte du père de famille au père des peuples, du père des peuples au père de l’Eglise et on parvient au Père de Tout au ciel. Puis, on redescend à nouveau du Père céleste pour légitimer les autorités. Ce Père de Tout au ciel n’a rien à voir avec le mystère du cher père, Abba, de Jésus

 

Dans des formes chrétiennes, cela aboutit à la séquence suivante : l’homme est la tête de la femme, Christ est la tête de l’homme, Dieu est la tête du Christ. C’est seulement sous la tête de l’homme que la femme est à l’image de Dieu…. ». Ce Dieu du système patriarcal est un Dieu solitaire et dominateur. Aujourd’hui, les hommes avec les femmes,  doivent se débarrasser de la pression du patriarcat comme un cauchemar et en finir avec cette répression de la vraie vie pour devenir une personne complète. Jürgen Moltmann rappelle l’expérience de Pâques où les femmes ont montré le chemin. « Dans le mouvement de la pleine résurrection, nous les hommes devons découvrir « la nouvelle communauté des hommes et des femmes » (2) qui nous délivre des distorsions du système patriarcal et nous ouvre à une pleine vie humaine ».

 

Une théologie pour une vie nouvelle.

En évoquant certains signaux qui sont communiqués par la Bible et par l’Eglise, Elisabeth en déduit une influence qui amène les femmes à envisager leur vie comme supplément à celle de l’homme, une vie de l’esprit et de la parole, mais non de l’unité de corps, de l’âme et de l’esprit. « Pendant trop longtemps, dans la tradition patriarcale, nos corps ont été considérés comme embarrassants, impurs et choquants. Ceci n’est pas la plénitude de vie, mais une vie à moitié.

Est-ce que la tradition chrétienne  peut nous aider de sortir de cette vie à moitié ? Où est-ce que nous pouvons trouver des sources et des motivations pour notre identité ? Quelles traditions chrétiennes peuvent nous guider vers la plénitude ? Quelles traditions chrétiennes peuvent aussi aider les hommes à avoir une vie pleine ? » (p 7).

 

La réponse de Jürgen Moltmann nous rejoint en plusieurs étapes (p 7-10).

« Les traditions de la Bible, du christianisme ou de l’Eglise ont été effectivement  écrites et rassemblées par des males dominants. L’histoire, a-t-on dit, est toujours  écrite par les vainqueurs. Les perdants sont dépouillés de la conscience de leur propre histoire. Maintenant, nous pouvons lire ces traditions « d’en haut », mais nous pouvons aussi les lire, contrairement à la manière dont elles ont été rapportées, « d’en bas » . Dans l’histoire des gouvernants,  nous trouverons ainsi l’histoire refoulée des révoltes contre leurs dominateurs. En ce sens, il y a aussi une histoire des femmes dans et par dessous l’histoire masculine de l’Eglise.  Vous-même, vous en avez redécouverte une partie. Mais, ici et là, on peut aussi trouver des histoires de liberté dans l’histoire masculine ».

 

°  Moltmann regarde le nouveau départ après le second récit de la chute entrainée par la corruption de l’humanité et du monde en Genèse 6.11-13. « Ce mal là, c’était la généralisation de la violence. Ainsi, la perte, à son origine, n’est rien d’autre que des actes de violence. La rédemption réside dans une « une vie non violente » du genre de celle à laquelle Jésus appele dans le Sermon sur la Montagne. Aurions-nous davantage écouté cette histoire, nous n’aurions jamais généré le mythe de l’infériorité de la femme ».

° Aujourd’hui, les femmes s’insurgent : « Est-ce que Dieu est un homme ? Selon la doctrine actuelle, les personnes divines semblent masculines. Mais est-ce le cas ? il y a une tradition refoulée de la maternité du Saint Esprit. Jürgen Moltmann renvoie ainsi aux communautés gnostiques, à l’Eglise éthiopienne, aux Pères grecs et à la redécouverte de cette perception par le comte Zinzendorf au XVIIIè siècle. Moltman ajoute : « Si l’Esprit est notre mère, alors je puis sentir que je ne suis pas « sous Dieu », mais « en Dieu ». Cette approche me libère des images monothéistes, partiales du Père et m’aide à faire l’expérience du Dieu plénier dans la plénitude de mon être. Elle m’aide à trouver un Dieu qui est communauté ».

° Enfin, « je découvre que l’approfondissement de la doctrine de la Trinité dans la représentation chrétienne de Dieu a aussi déjà préparé le remplacement d’un Seigneur Dieu male. Dans le passé, une compréhension individualiste des êtres humains et une compréhension monothéiste de Dieu ont grandi ensemble. Si maintenant, nous considérons les êtres humains en tant qu’unité du corps, de l’âme et de l’esprit, et qu’ils trouvent leur salut dans la totalité de leur vie, alors l’image de Dieu sur Terre ne peut pas être seulement leurs âmes. Dans leur nature corporelle, dans la communauté des femmes et des hommes, ils correspondent à Dieu. Mais quel Dieu ? Surement, le Dieu qui est riche en relations, qui unit, qui forme communauté, en bref, le Dieu triun. Ce Dieu ne gouverne pas en divisant et en isolant (Diviser et régner), mais il est présent dans l’unification de ce qui est séparé et la guérison de ce qui est divisé. Le male puissant peut être une imitation du Tout Puissant, mais seule une communauté humaine peut être l’image du Dieu triun. Cette idée m’aide à  chercher Dieu non seulement au dessus au Ciel, seulement profondément dans mon âme, mais, avant tout, « parmi nous », dans notre communauté ».

° « Vous m’avez demandé :  Quelles sont les traditions chrétiennes qui peuvent nous mener dans un chemin de totalité Les espoirs passés, les expériences passées sont constamment enregistrés dans nos traditions. Cela a de la valeur, mais une valeur seulement limitée. Aucune tradition ne peut engendrer le futur. Au mieux, les traditions peuvent préparer le chemin vers le futur. L’Esprit lui-même crée constamment de nouvelles réalités et nous apporte plein de surprises. L’Esprit n’est pas lié aux traditions, mais il leur empreinte ce qui tend vers l’avenir. Le christianisme, c’est plus qu’une tradition, c’est une espérance » (p 10).

Le dialogue se poursuit au sujet de la transformation des églises dans le mouvement de la promotion féminine. A ce point, Jürgen Moltmann met en évidence les affinités que certains hommes vont rencontrer dans le changement de rôle et d’attitude qui leur est demandé, car cela requiert une transformation profonde de leur personnalité. Il y a aussi un pas à franchir dans la conception de l’église. « C’est seulement si l’église qui se sent responsable d’en haut, devient la communauté des gens, qu’elle accueillera sur un plan d’égalité les femmes, les travailleurs, les handicapés et les envisagera dans la dynamique de l’Esprit » ( p 13).

 

Un jalon qui nous parle encore aujourd’hui

Dans son livre autobiographique : « A broad place », Jürgen Moltmann consacre un chapitre à son engagement avec Elisabeth, son épouse dans une recherche théologique inspirée par la question féministe (7). De fait, l’impulsion est venue d’Elisabeth qui a commencé à suivre cette voie à partir de 1974. Dans cet itinéraire, la conférence  œcuménique organisée à Sheffield par le Conseil Mondial des Eglises à laquelle Jürgen et Elisabeth Moltmann ont été appelés à produire ce dialogue a été un épisode important. Le texte correspondant remonte donc à 1981 Cette intervention s’inscrit donc ainsi dans le premier tiers du parcours théologique de Jürgen Moltmann (8). On trouve donc dans ce texte des intuitions, des orientations, parfois dans des expressions encore peu élaborées. On découvre là des thèmes que Moltmann va approfondir et développer dans les années 1980 et 1990  dans de grandes œuvres :  Trinité et Royaume de Dieu (1980), Dieu dans la création (1985), Jésus, le Messie de Dieu (1988), L’Esprit qui donne la vie (1991) (9). Quatre décennies se sont écoulées depuis cette intervention conjointe de Jürgen et d’Elisabeth. On peut donc se demander si ce texte garde encore une actualité. De fait, si le contexte a changé, les questionnements gardent leur pertinence. Certes, l’égalité des femmes et des hommes a beaucoup progressé dans la société. A cet égard, la situation est tout à fait différente . Mais en est-il de même dans les églises ? Dans le champ religieux, si des progrès importants sont apparus dans certains secteurs, les résistances restent considérables. Et plus généralement, dans le monde, la participation conjointe des femmes et des hommes à la vie sociale, politique et religieuse apparaît comme un enjeu puisqu’en face, on rencontre encore une volonté de puissance et de domination Ainsi ce texte peut continuer à nourrir notre réflexion.

Jean Hassenforder

 

  • Dans un pays comme la Grande-Bretagne où les églises ont fait des pas très importants vers la reconnaissance des ministères féminins, la sociologue Linda Woodhead diagnostiquait encore récemment la persistance du paternalisme. http://www.temoins.com/paternalisme-probleme-leglise/
  • « La communauté des hommes et des femmes. Une vision de l’Eglise selon Jürgen Moltmann » : http://www.temoins.com/la-communaute-des-hommes-et-des-femmes-une-vision-de-leglise/
  • « Une théologie pour notre temps. L’autobiographie de Jürgen Moltmann » : http://www.temoins.com/une-theologie-pour-notre-temps-lautobiographie-de-juergen-moltmann/
  • « Joseph Moingt sj Les femmes et l’avenir de l’Eglise. Etudes  Janvier 2011 ». Dans ce remarquable article, Joseph Moingt, théologien renommé, met en évidence le fossé qui se creuse entre l’univers féminin et l’Eglise catholique. Il montre les différents aspects de ce déphasage et notamment la tendance actuelle à dénier aux femmes des responsabilités ecclésiales. C’est « une attitude suicidaire ». En regard, Joseph Moingt rappelle l’approche du  Concile Vatican II : https://www.cairn.info/revue-etudes-2011-1-page-67.htm
  • Joëlle Sutter-Razanajohary. Qui nous roulera la pierre ? Les femmes dans l’Eglise. Empreinte, 2018. L’auteure a un rôle actif comme pasteur dans la mouvance baptiste. Ce livre est présenté sur ce site par Françoise Rontard
  • Becoming persons in a new community of women and men. The joint opening lecture at an oecumenical conference on « The community of Women And Men in the Church » Sheffield, England , 11-18 july 1981 » p 1-16 dans : Elisabeth Moltman-Wendel. Jürgen Moltmann.  His and Hers  SCM Press, 1991
  • Jürgen Moltmann. A broad place. An autobiography. SCM Press, 2007 Chapter 24 : God-His and Hers. Joint theology with Elisabeth p 321-333
  • Colloque organisé en 1988 à New York avec Jürgen et Elisabeth Moltman pour faire le point sur la réception de la théologie de l’espérance , vingt ans après le livre pionnier de Jürgen Moltmann sur cette question. On y verra aussi l’intervention d’Elisabeth Moltmann-Wendel : http://www.vivreetesperer.com/?p=2674
  • Ici les dates de parution sont celles de l’édition allemande. Ces livres ont été traduits en français et publiés aux éditions du Cerf.

Quand l’Église n’est plus au centre du village

L’Eglise en postchrétienté d’après Stuart Murray

« Etre et faire Eglise en postchrétienté » (1) nous appelle Gabriel Monet dans la publication de sa thèse sur l’Eglise émergente. Et, sur le site de Témoins, depuis le début des années 2000, nous cherchons à comprendre les transformations sociales et culturelles en cours, et, en regard, à rechercher la pertinence des pratiques d’Eglise. Ainsi,  en 2003,  nous avons accueilli Stuart Murray (2), et, en 2004, présenté un de ses livres majeurs : « Post-Christendom. Church and mission in a strange new world » (3). Stuart Murray s’y montre historien et sociologue. C’est aussi un théologien qui envisage l’avenir de l’Eglise.

Lorsqu’on consulte la biographie de Stuart Murray, on découvre un itinéraire à la fois constant et diversifié. Dans une mouvance anabaptiste, c’est un missionnaire, au sens moderne du mot, qui, au fil des années, œuvre pour l’implantation de nouvelles églises, particulièrement en milieu urbain. Et, dans cette perspective, il cherche à comprendre et à faire comprendre notre culture et notre société. Il nous appelle au discernement. Grâce aux Editions mennonites, cette expérience et ce savoir sont aujourd’hui accessibles en langue française, dans un recueil : « Quand l’Eglise n’est plus au centre du village » (4). Ce recueil rassemble des conférences de Stuart Murray lors d’une retraite de la Pastorale mennonite romande du 17 au 19 octobre 2013. « Ce théologien et implanteur d’Eglises, fondateur du réseau anabaptiste en Grande-Bretagne et en Irlande dans les années 1990, a partagé sa vision de l’Eglise dans un contexte occidental de postchrétienté ». Ces conférences ont été traduites, puis rédigées et présentées par un pasteur, Michel Ummel. Il en résulte un livre particulièrement accessible  qui communique la pensée de Stuart Murray à un vaste public : « Après avoir expliqué le passage de la chrétienté à la postchrétienté, il a redéfini les missions et les tâches de l’Eglise dans ce contexte. Il a montré les possibilités considérables d’action de l’Eglise, les possibilités d’implantation d’Eglise et a imaginé différents scénarios  pour l’Europe à l’heure de la postchrétienté ». Quelques notations permettront de mettre en évidence l’importance de ce livre et d’appeler à sa lecture.

 

De la chrétienté à la postchrétienté

Stuart Murray nous rappelle l’histoire et les caractéristiques d’une « civilisation façonnée par l’histoire, la langue, les symboles et les rythmes du christianisme »  et marquée par un arrangement politique dans lequel l’Eglise et l’Etat se soutenaient l’un l’autre de façon souvent tumultueuse » (p 15). Ce système a régné en Europe pendant des siècles. Aujourd’hui, cette ère se termine. « La notion de société chrétienne se termine. Imposer le christianisme n’a pas fonctionné. L’alliance entre le pouvoir, la richesse et le statut est aujourd’hui une pierre d’achoppement. L’Eglise est considérée instinctivement comme une institution obsolète et oppressive » (p  16). Nous entrons donc dans une culture nouvelle. « Une tentative de définition de la postchrétienté peut être formulée ainsi : c’est la culture qui émerge lorsque la foi chrétienne perd sa force de cohésion dans une société façonnée par l’histoire chrétienne et où décline l’influence des institutions qui exprimaient des convictions chrétiennes » (p 17). Cette transformation se manifeste par un certain nombre de changements. « Les Eglises passent du centre aux marges. Les chrétiens sont devenus minoritaires… Les chrétiens, outre leurs privilèges, perdent de leur importance dans un contexte de pluralité.  On évolue du contrôle social vers le témoignage. C’est le passage du statu quo vers la mission. On passe de l’institution au mouvement. » (p 18). Comment réagir dans cette transition ? Certains refusent le changement et se replient dans l’imaginaire du passé. Stuart Murray met en évidence la complexité de la situation et il appelle au discernement. « Il faut recourir à une approche qui soit provisoire, exploratoire et flexible, dans un environnement changeant… Il faut rechercher dans une approche « capable de discerner dans le contenu culturel ce qu’il faut adopter et adapter du passé, une approche qui passe par une réflexion théologique patiente et prudente » ( p 22).

 

Participer à la Mission de Dieu, « Missio Dei »

En chrétienté, l’Eglise régnait sans partage. La mission était tournée vers l’extérieur. Elle se conjuguait souvent avec une imposition politique ou culturelle. Aujourd’hui elle passe au premier plan. « Elle va de partout à partout ». « On assiste à un renouveau théologique radical en redécouvrant le Dieu missionnaire qui, par amour, tend les bras à toute la création » (p 29). Dans sa thèse sur l’Eglise émergente, Gabriel Monet nous appelait à entrer dans la vision de la mission de Dieu à laquelle participe « une Eglise missionnelle » (1). C’est aussi la perspective que Stuart Murray met ici en évidence. « La « Missio Dei », la Mission de Dieu, c’est la compréhension de la mission à l’époque de l’Eglise primitive. La mission est une action divine. C’est la manière d’agir de la Trinité. L’Eglise est prise dans ce flux de la mission. « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jean 20.21). L’Eglise n’est donc pas « l’expéditeur », mais « l’envoyée ». L’expéditeur, c’est Dieu » (p 30). « La mission de Dieu est cosmique et universelle. Elle inclut « la restauration de toutes choses » (Actes 3.21). C’est le grand dessein de Dieu, le rêve de Dieu, la « grande histoire » de la Bible » (p 31).

Les barrières et les prétentions institutionnelles tombent. Nous voici dans une dynamique ouverte. « La vision de Dieu avance dans l’Eglise, en dépit de l’Eglise, au delà de l’Eglise et vers l’EgliseLa portée de la mission est très large : l’évangélisation, le soin de la création, le travail pour la justice, l’implantation d’Eglises, le renouveau culturel, l’activisme politique, l’éducation, la guérison des esprits et des corps… La mission n’est pas seulement liée à l’Eglise. Dieu est déjà à l’œuvre dans tous les contextes et la mission du chrétien est de participer à la mission de Dieu. Le chrétien n’apporte pas Dieu avec lui, même s’il a quelque chose de frais à apporter dans toute situation. Il doit discerner ce que Dieu fait et ce que Dieu l’appelle à faire dans un tel contexte. Il doit aussi repérer comment Dieu est à l’œuvre par d’autres peut-être d’une manière surprenante. La tâche de l’Eglise est d’équiper et de soutenir ses membres à participer à la mission de Dieu » (p 33). Si l’on envisage la pratique courante et les représentations qui l’inspirent dans nombre d’Eglises, cette vision nous paraît libératrice et révolutionnaire.

Stuart Murray perçoit l’importance du changement. « Il faut reconnaître qu’il s’agit là d’un changement de paradigme » (p 33).

Et, dans le chapitre suivant, il nous invite à  nous interroger en écoutant les personnes qui ont quitté les Eglises (p 47-49) (5). D’une manière ou d’une autre, leurs aspirations ne rejoignent-elles pas la vision nouvelle de l’Eglise exprimée dans les termes de la « Missio Dei » ?

 

Implanter de nouvelles Eglises

Depuis des années, depuis le début de sa vie active,  Stuart Murray est engagé dans un travail pour l’implantation d’Eglises nouvelles.  Pourquoi et comment implanter des Eglises après la chrétienté ? Un chapitre du livre traite de cette question.

L’implantation d’Eglises prend tout son sens dans ce temps de changement culturel. Il existe donc de nombreuses raisons pour implanter des Eglises aujourd’hui. Il n’est pas surprenant que l’implantation d’Eglises soit de nouveau d’actualité ou que le langage de l’Eglise missionnelle ou de l’Eglise émergente soit utilisé (6). Il faut toutefois souligner que seuls certains types d’implantation d’Eglise vont réussir. Une partie des implantations d’Eglise réalisées au cours des dernières années n’a  pas été vraiment utile » (p 54).  « Le contexte de la postchrétienté exige à la fois le renouveau et l’implantation » (p 58). Mais Stuart Murray énonce toutes les bonnes raisons qui justifient l’implantation de nouvelles Eglises. Cette activité permet une expérimentation, une recherche, un dialogue, l’approche de milieux nouveaux.

Fondateur du « Réseau anabaptiste » en Grande-Bretagne, Stuart Murray s’inspire de l’exemple de la création de nouvelles Eglises par les anabaptistes au XVIè siècle, communautés croyantes à l’encontre des pesanteurs institutionnelles de la chrétienté. Stuart Murray nous rapporte également son expérience personnelle de l’implantation d’Eglises dans le cadre de « Urban expression ». « Urban expression » est une agence missionnaire active dans les villes en Grande-Bretagne qui recrute, équipe et envoie des équipes de pionniers dans des quartiers pauvres économiquement et pauvres en Eglises, pour y vivre une foi chrétienne de manière créative et pertinente » ( p 63). Ici, plutôt que de recourir à une grande équipe où une « Eglise-mère » exerce un contrôle, l’équipe a plus de liberté et d’incitation à être créative » (p 65) (7).

Si des sociologues nous aident à comprendre une réalité sociale en pleine évolution (8), celle-ci est certes complexe. Stuart Murray est prudent dans ses analyses. Il reste qu’on peut constater une transformation majeure qui s’opère dans le long terme, ainsi le passage de la chrétienté à la post chrétienté. Et, en regard, se pose la vision théologique de la Missio Dei, de la Mission de Dieu. Lorsque Stuart Murray porte attention aux observations des gens qui ont quitté les Eglises, il accorde de l’importance à une expression d’expérience. Cette expérience peut trouver réponse dans une nouvelle manière de reconnaître l’œuvre de Dieu et d’envisager le rôle des Eglises.

En traduisant les conférences de Stuart Murray, en les recueillant  dans un livre, les Editions mennonites ont fait œuvre utile. En effet, cet ouvrage est particulièrement bien présenté, tant en ce qui concerne son organisation qu’à travers les introductions de Michel Ummel. Ainsi, ce livre est un outil qui peut contribuer à modifier les représentations et à les rendre plus pertinentes. C’est dire qu’il mérite une large diffusion bien au delà d’un public prédéterminé.

Jean Hassenforder

(1) Gabriel Monet. « L’Eglise émergente. Etre et faire Eglise en Postchétienté. LIT Verlag, 2014

« Des outres neuves pour du vin nouveau. Interview de Gabriel Monet, auteur de « L’Eglise émergente. Etre et faire Eglise en postchrétienté » : http://www.temoins.com/des-outres-neuves-pour-le-vin-nouveau-interview-de-gabriel-monet-auteur-de-leglise-emergente-etre-et-faire-eglise-en-postchretiente/

(2) « Eglise en devenir. Compte-rendu par Françoise Rontard de la rencontre avec Gabriel Monet (novembre 2003) » : http://www.temoins.com/eglise-en-devenir/

(3) « Faire Eglise en postchrétienté. Le livre de Stuart Murray : Post-Christendom. Church and mission in a strange new world  (2004) » : http://www.temoins.com/faire-eglise-en-post-chretiente/

(4) Stuart Murray. Quand l’Eglise n’est plus au centre du village. Editions mennonites, 2018 Le livre est disponible pour un achat en ligne sur le site des Editions mennonites

(5) « Chrysalide. La métamorphose de la foi. Une ressource pour des chrétiens en recherche ». Mise en perspective d’un livre d’Alan Jamieson à partir de l’expérience de chrétiens ayant quitté les Eglises (Empreinte, 2014) : http://www.temoins.com/chrysalide-les-metamorphoses-de-la-foi-une-ressource-pour-des-chretiens-en-recherche/

(6) Les « Fresh expressions » britanniques s’inscrivent dans ce courant de l’Eglise émergente et se développent rapidement, expression d’initiative et d’innovation, à la fois autonomes et en lien avec des Eglises comme l’Eglise anglicane et l’Eglise méthodiste. « Les Fresh expressions en Grande-Bretagne : point de vie d’un pionnier. Propos de Michael Moynagh » : http://www.temoins.com/les-fresh-expressions-en-grande-bretagne-point-de-vue-dun-pionnier-propos-de-michael-moynagh-recueillis-par-pippa-soundy-en-reponse-aux-questions-dalain-gubert-et-de-je/

(7) « Urban expression. An interview with Stuart Murray Williams » : https://themennonite.org/urban-expression-interview-stuart-murray-williams/

(8) « Le Christianisme en Europe. Quelles perspectives ? » : « Europe, The exceptional case » par la sociologue Grace Davie : http://www.temoins.com/le-christianisme-en-europe-quelles-perspectives/

A l’Église qui vient

Article Témoins, recherche et innovationFoi, expérience et prospective selon Laurent Schlumberger

Si nous considérons la crise actuelle que nous vivons comme une mutation, un passage vers une autre société, une civilisation nouvelle, nous regarderons vers ce monde qui vient et nous participerons à sa construction.

Si, en regard du message de l’Evangile, nous percevons la décomposition des formes d’église associées à un vieux monde hiérarchique et patriarcal, alors nous regarderons vers une nouvelle église et nous participerons à sa venue.

Nous sommes en chemin dans la nouvelle création que Dieu suscite en Christ ressuscité et nous regardons vers ce nouvel univers où Dieu sera tout en tous. Nous regardons à la venue de Dieu (1).

Dans ce mouvement, en regardant vers l’avenir, nous pouvons recevoir le titre du livre de Laurent Schlumberger : « A l’Eglise qui vient » (2). Cette voix s’appuie sur une expérience particulièrement riche et originale : la présidence d’une grande Eglise française pendant plusieurs années : l’Eglise réformée, puis l’Eglise Protestante Unie de 2010 à 2017. Ainsi, il peut nous faire part d’une réflexion qui se fonde sur une observation et qui, à travers une expérience, recherche les voies de l’avenir pour en faire une contribution à « cette Eglise qui vient ».

 

Le mouvement de l’innovation en chemin dans des contextes chrétiens variés.

Nous accueillons ici cette réflexion à travers notre propre parcours au sein du groupe de recherche de Témoins. Il y a maintenant près de vingt ans, dans la conscience d’un écart croissant entre les pratiques d’Eglise et les aspirations spirituelles, celles des croyants et de tous ceux qui sont en recherche et en attente de sens, nous avons fait appel à la recherche française et internationale pour analyser les causes de cet écart, le manque de pertinence des pratiques dominantes confrontées à un changement social et culturel de plus en plus rapide (3). Et, en regard, nous avons étudié les tentatives pour remédier à cet écart, et, plus particulièrement, les innovations où de nouvelles expériences de foi sont apparues, en phase avec les sensibilités nouvelles. Ce mouvement a été particulièrement vigoureux dans des pays où la créativité a pu s’exercer dans une approche pragmatique et une moindre dépendance hiérarchique. Parfois les institutions elles-mêmes ont été réceptives comme ce fut le cas en Grande-Bretagne lorsque l’Eglise anglicane a accepté de reconnaître des expressions nouvelles au même titre que les formes traditionnelles (4). Bref, un grand courant est apparu dans les termes d’une Eglise émergente. A Témoins, nous avons fait connaître en France l’apport de ce mouvement innovant à travers de nombreux articles et des journées d’étude (5). Notre ami, Gabriel Monet, a soutenu et publié une thèse sur cette manière « d’être et de faire église en post-chrétienté » (6). Cependant, en France même, le mouvement s’est peu développé. Les initiatives, présentes dans des contextes divers, sont restées marginales (7). Dans la gouvernance des églises, peu de voix se sont élevées en faveur de transformations majeures. Dans l’Eglise catholique, Albert Rouet, évêque de Poitiers, a engagé une réforme en profondeur de son diocèse en appelant des laïcs à prendre la responsabilité des communautés locales (8). Cependant, il a aujourd’hui quitté sa fonction. A la même époque, en milieu évangélique, Stéphane Lauzet a suscité un groupe de recherche : « Evangile et culture » (9) avec lequel Témoins a collaboré. Très tôt, une collaboration s’est établie avec Andy Buckler, pasteur dans l’Eglise réformée, pour faire connaître les « Fresh expressions » britanniques (10) et nous nous sommes réjouis lorsque cette Eglise a fait appel à lui pour la promotion de l’évangélisation et de la formation. Aujourd’hui, nous voyons dans l’Eglise protestante Unie, une prise de conscience du besoin d’innovation en regard du changement socioculturel.

 

« Une Eglise qui vient » : un livre qui témoigne d’une Eglise en mouvement

Cette ouverture apparaît dans le livre de son président : « L’Eglise qui vient ». C’est un recueil de textes : « Pendant les sept années de son mandat de président de l’Eglise réformée, puis de l’Eglise Protestante Unie, Laurent Schlumberger a saisi maintes occasions pour partager une lecture de la Bible, une compréhension de l’Evangile et une conviction quant au rôle des chrétiens dont les maîtres mots sont confiance et espérance ». Ces textes sont très variés : des prédications, des hommages, des interventions qui ouvrent la voie dans les synodes qui ont jalonné la vie de son Eglise pendant des années. Ainsi dans le chapitre : « Une Eglise qui fait signe », les titres traduisent des orientations : « Jalons pour une Eglise d’hospitalités » ; « Jalons pour une Eglise d’attestation » ; « De la peur à l’encouragement » ; « Réconciliés en Jésus-Christ, Dieu nous fait ensemble accoucheurs d’espérance ».

Durant cette présidence, l’Eglise a fait du chemin.

On peut imaginer tout ce qui a été requis et mis en œuvre pour réussir le rassemblement de l’Eglise Luthérienne et de l’Eglise réformée en une Eglise commune. Et, par la suite, on a entendu parler des prises de décisions en ce qui concerne la bénédiction des couples de même sexe. Voici une initiative qui a demandé du courage et qui ne s’est pas opérée sans engendrer des conflits entre des représentations opposées. Ainsi, cette période a été marquée par le mouvement, tout le contraire de l’immobilisme. On perçoit dans ce livre des qualités qui se sont manifestées dans le leadership de Laurent Schlumberger : attention aux réalités humaines, discernement, inspiration évangélique.

 

Une Eglise exposée au changement socioculturel

Cependant, dans cette analyse, nous nous attacherons à la manière dont Laurent Schlumberger perçoit les rapports entre le changement socioculturel et l’évolution de l’Eglise.

Tout d’abord, il aborde ces questions de front. «  Nous peinons à nous laisser travailler en Eglise par les questions de notre temps. Je ne pense pas d’abord à ces interpellations qui voudraient nous entrainer à réagir en produisant sans délai des déclarations publiques. Bien sûr, cela peut et, parfois, cela doit arriver. Ce fut d’ailleurs le cas au cours de l’année écoulée, à propos de la xénophobie et du racisme… Mais lorsque je dis que nous avons de la peine à nous laisser travailler en Eglise par les questions de notre temps, je pense bien plus à ce travail en profondeur dans lequel nos convictions se trouvent exposées aux questions de nos contemporains… Fin de vie, bénédiction des personnes et des couples… Il nous arrive donc de nous saisir de questions qui ne viennent pas de nous. Mais cela me semble trop rare. En particulier dès qu’il s’agit de questions touchant au travail, à l’économie, à la justice, à la culture, au sens de la vie personnelle et sociale, nous sommes très prudents… Peut-être ne sommes-nous pas assez confiants dans la communion qui nous est donnée. J’y reviendrai. Et si nous entendons être une Eglise de Témoins, nous ne pouvons l’être qu’en prenant pleinement en compte les attentes de  nos contemporains, car c’est auprès d’eux et non de nous que nous sommes appelés à être témoins » (p  137-138).

L’association Témoins, dans son cheminement (11), rejoint (très modestement !) l’approche de Laurent Schlumberger qui est aussi celle de l’Eglise Protestante Unie et qui se manifeste dans un projet : devenir une Eglise de témoins. Au fil de ce livre, Laurent Schlumberger nous en dit l’esprit. « La conviction fondamentale, c’est que l’Eglise existe pour ce qu’elle n’est pas et pour ceux qui n’y sont pas. L’Eglise existe pour ce qu’elle n’est pas. Elle n’existe pas en vue d’elle-même, mais pour annoncer et manifester déjà le règne de Dieu qui vient. Et l’Eglise existe pour celles et ceux qui n’y sont pas. Elle n’a pas pour but de rassembler et de mettre à part le peuple des élus. Elle est envoyée pour témoigner de l’Evangile auprès de tous » (p 129).

Dans ce mouvement Laurent Schlumberger sait observer et analyser le changement socioculturel pour en tirer les conséquences.

Ainsi constate-t-il l’effacement d’un monde où le protestantisme se fortifiait dans sa condition de minorité. « Ce monde a changé. Et même, il a disparu. Les institutions religieuses sont désormais marginales, les convictions sont individualisées, les affiliations sont fluctuantes… C’est ainsi. C’est sans doute la chance de trouver une nouvelle manière d’être Eglise protestante dans ce monde ci ». Ainsi peut-il tracer des orientations. « Il s’agit pour notre protestantisme de passer de la connivence au partage, de l’entre-deux à la rencontre, d’une Eglise qui se serre les coudes à une Eglise qui ouvre les bras, d’une Eglise de membres à une Eglise de témoins… Cette mutation n’est pas à venir. Elle est en cours. Nous y sommes déjà engagés » (p 106).

Mais ce livre ne nous entretient pas seulement de la transformation de l’Eglise. Il sait aussi mettre en évidence les aspirations de nos contemporains : besoin de reconnaissance, besoin de fraternité, besoin de confiance. Et il sait appeler l’Eglise à y répondre.

 

Vers un christianisme post-confessionnel

Parce qu’il sait observer les changements en cours, Laurent Schlumberger peut anticiper les changements à venir. Il est capable de dépasser les enfermements dans des formes rigides. A cet égard, le dernier chapitre : « Vers un christianisme post-confessionnel » nous paraît tout-à-fait remarquable. Il rejoint l’expérience de Témoins qui s’inscrit maintenant dans la durée, près de trente ans écoulés (11). Sans les mentionner, il rejoint les approches de la recherche sociologique. C’est, bien sur, le processus de l’autonomie croyante telle que Danièle Hervieu Léger l’a mis en évidence (12). Comme le montre de nombreuses recherches, l’individualisation croissante brouille de plus en plus les identités confessionnelles. Les raidissements fondamentalistes, si forts soient-ils, sont eux-mêmes à contre courant.

Selon Laurent Schlumberger, le mouvement vers un christianisme interconfessionnel est sans doute « une des évolutions profondes et durables du christianisme ». Ce n’est pas seulement une évolution -à venir-, nous y sommes déjà. Et cette évolution aux racines assez anciennes, déjà entamée, va se poursuivre et s’accentuer. Où et comment peut-on la percevoir, la décrire ? Comment peut-on l’analyser sur la longue durée ?

La transformation est en cours. « Je fais l’hypothèse que nous assistons à une mue du christianisme qui change de carapace. Dans ce christianisme mué, les identités confessionnelles seront beaucoup moins déterminantes, beaucoup moins structurantes » (p 283).

Quelques exemples de cette évolution :

Parmi les cent millions de chrétiens (protestants) en Chine, très peu se réfèrent à une dénomination. Dans un pays où le développement des églises est récent, cette question n’a pas grand sens.

A Taizé, sur place, les différences confessionnelles s’estompent. Les confessions chrétiennes sont respectées, mais elles sont considérées comme en voie de dépassement.

A Strasbourg, il y a une dizaine de communautés qui rassemblent environ 3000 fidèles le dimanche, bien plus que les quelques 500 personnes participant au culte des églises protestantes classiques. C’est une nébuleuse de communautés où la structuration tient principalement à la langue, à l’origine (immigration) et à l’initiative d’un homme…

Enfin, dans ce panorama des tendances post-confessionelles, une des premières d’entre elles est le mouvement charismatique. On peut y voir aujourd’hui une sorte de post-confessionalisme transversal (données p 284-287).

« Par éclosion primaire, dépassement, recomposition ou développement transversal, nous assistons à un phénomène que je crois profond et durable. Je ne suis nullement en train de dire que les étiquettes confessionnelles auront disparu d’ici une génération. Mais leur importance aura fortement régressé. Les identités confessionnelles seront sans doute de moins en moins structurantes, et plus encore de moins en moins pertinentes pour les chrétiens eux-mêmes » (287-290). On pourrait ajouter à cette description, le courant de l’Eglise émergente (13).

Laurent Schlumberger s’engage également dans la voie d’une interprétation. « Le christianisme occidental a connu une longue période dans laquelle les questions doctrinales furent prépondérantes. Mais l’urgence missionnaire et le mouvement œcuménique ont non seulement relativisé cette prépondérance doctrinale. Ils l’ont dévalué. Cette évolution va s’accentuer et s’accélère pour trois motifs : la sécularisation, la globalisation et l’individualisation » (p 290).

Et dans cette grande transformation, un phénomène majeur apparaît. C’est le primat de l’expérience. L’auteur situe ce phénomène en rapport avec les trois tendances annoncées : sécularisation, individualisation et globalisation. « Ce qui devient décisif, c’est la cohésion de la personne, ou ce qui est ressenti comme tel. Autrement dit, ce qui devient décisif, c’est l’expérience. » (p 295). Ce constat rejoint les données de la recherche qui met en évidence une tendance de fond : la progression  de l’individualisation dans la longue durée avec pour corollaire le primat de l’expérience (14).

« A l’Eglise qui vient » : ce livre est bien nommé. Ainsi avons-nous évoqué la profondeur de cette réflexion fondée sur la foi, l’observation, l’expérience et engagée dans un mouvement en avant, dans un regard vers l’avenir, dans une démarche prospective. En considérant la littérature française à ce sujet, cet engagement d’un dirigeant d’église dans une approche prospective, nous parait original et précieux. Ce livre nous incite à accueillir et à préparer  « l’Eglise qui vient ».

Jean Hassenforder

  1. Moltmann (Jürgen). La venue de Dieu. Eschatologie chrétienne. Cerf,   Voir sur ce site le parcours théologique de Jürgen Moltmann, théologien de l’espérance : « Une théologie pour notre temps. L’autobiographie de Jürgen Moltmann » : http://www.temoins.com/une-theologie-pour-notre-temps-lautobiographie-de-juergen-moltmann/
  2. Schlumberger (Laurent). A l’Eglise qui vient. Préface de frère alois de la communauté de Taizé. Olivétan, 2017
  3. Questions de recherche à Témoins : « La dynamique de Témoins » : http://www.temoins.com/jean-hassenforder-la-dynamique-de-temoins/
  4. En 2004, l’Eglise anglicane reconnaît la nécessité et la légitimité de nouvelles formes d’Eglise. C’est le rapport : Mission-shaped Church (une Eglise pour la mission) (Church House Publishing, 2004). Sur la trajectoire des « Fresh expressions en Grande-Bretagne : « Interview de Michaël Moynagh. Où en est l’Eglise émergente en Grande-Bretagne ? » : http://www.temoins.com/ou-en-est-leglise-emergente-en-grande-bretagne/
  5. « Le courant de l’Eglise émergente. Dix ans de recherche » : http://www.temoins.com/le-courant-de-leglise-emergente-dix-ans-de-recherches/
  6. Monet (Gabriel). L’Eglise émergente. Etre et faire Eglise en postchrétienté. Préface d’Elisabeth Parmentier. Posface de Jean Hassenforder. LIT Verlag, 2014. Interview de Gabriel Monet sur sa thèse : « Des outre neuves pour le vin nouveau » : http://www.temoins.com/des-outres-neuves-pour-le-vin-nouveau-interview-de-gabriel-monet-auteur-de-leglise-emergente-etre-et-faire-eglise-en-postchretiente/ Cette thèse en préparation a été présentée par Gabriel Monet à la journée d’étude de Témoins le 11 novembre 2011 : « L’Eglise émergente. Une mise en perspective » http://www.temoins.com/des-outres-neuves-pour-le-vin-nouveau-interview-de-gabriel-monet-auteur-de-leglise-emergente-etre-et-faire-eglise-en-postchretiente/ Vidéo présentant la journée : http://www.temoins.com/la-rencontre-du-11-novembre-2011-en-video/
  7. « Une perspective comparative sur l’Eglise émergente : La Grande-Bretagne en mouvement. La France en attente » : http://www.temoins.com/une-perspective-comparative-sur-leglise-emergente-la-grande-bretagne-en-mouvement-la-france-en-attente/ Plus récemment, voir l’article d’Andy Buckler : « Des « Fresh expressions » aux « French expressions »,  dans : Perspectives missionnaires, N° 71, 2016 En janvier 2015, l’hebdomadaire Réforme a publié un excellent dossier, présentant, à partir de quelques expériences, un visage de l’Eglise émergente en France : http://www.temoins.com/eglise-emmergeante-eglise-demain/
  8. Rouet (Albert) et collectif. Un nouveau visage d’Eglise. Les communautés locales à Poitiers. Bayard, 2005 ; Rouet (Albert). Le gout d’espérance. Un Nouveau visage d’Eglise. Bayard, 2008. Présentation sur ce site : « La dynamique de la confiance. L’expérience des communautés locales à Poitiers » : http://www.temoins.com/une-dynamique-de-la-confiance-lexperience-des-communautes-locales-a-poitiers/
  9. Au début des années 2000, Stéphane Lauzet, président de l’Alliance Evangélique Française a suscité un groupe de recherche : Evangile et Culture. Des journées d’études ont été organisées en collaboration par Evangile et Culture et Témoins . Ainsi, en 2003, « Eglise en devenir » autour de Stuart Murray :  http://www.temoins.com/eglise-en-devenir/ En 2004, « Le vécu, la pratique et la théologie de l’Eglise émergente » autour de Michaël Moynagh :   http://www.temoins.com/le-vecu-la-pratique-et-la-theologie-de-leglise-emergente-conference-de-m-moynagh-5-juin-2004/
  10. Andy Buckler a participé à l’animation et est intervenu aux journées organisées par Témoins  depuis la rencontre du 20 octobre 2007 : « Innovations dans les Eglises. Le courant de l’Eglise émergente » : http://www.temoins.com/reunion-du-20-octobre-2007-innovations-dans-les-eglises-le-courant-de-leglise-emergente/ Depuis plusieurs années, Andy Buckler est responsable de la coordination Evangélisation et formation à l’Eglise protestante Unie de France. Il a écrit récemment un article dans Perspectives missionnaires (N° 71, 2016) : « Des Fresh expressions » aux « French expressions ».
  11. « La genèse de Témoins, communauté chrétienne interconfessionnelle » (1973-1986) : http://www.temoins.com/la-genese-de-temoins-communaute-chretienne-interconfessionnelle-1973-1986-redaction-en-1996/
  12. Publié en 1999, le livre de Danièle Hervieu-Léger : « Le pèlerin et le converti » garde toute sa pertinence pour éclairer une transformation qui se poursuit. Interview sur ce site : « L’autonomie croyante. Questions pour les églises » : http://www.temoins.com/jean-hassenforder-lautonomie-croyante-questions-pour-les-eglises/
  13. Une approche sociologique de l’Eglise émergente qui éclaire, entre autres, son aspect post-confessionnel : Marti (Gerardo), Ganiel (Gladys). The deconstructed church. Understanding emerging christianity. Oxford University Press, 2014. Sur ce site : « Une recherche sociologique sur le mouvement de l’église émergente » http://www.temoins.com/comprendre-le-christianisme-emergent-une-recherche-sociologique-sur-le-mouvement-de-leglise-emergente/
  14. Le progrès de l’individualisation, dans la longue et la courte durée, débouche sur un christianisme post-confessionnel, mais interroge également plus largement sur le rapport aux institutions. « L’âge de l’authenticité. Un contexte nouveau pour la vie spirituelle et religieuse, selon le philosophe Charles Taylor » : http://www.temoins.com/lage-de-lauthenticite/ « Spiritualité post-moderne et culture de l’individualisme. Une transformation des mentalités selon S Dominika Motak » : http://www.temoins.com/spiritualite-postmoderne-culture-de-lindividualisme-transformation-mentalites/ Plus généralement, les grands courants spirituels à l’échelle du monde traversent les confessions religieuses : « Raphaël Liogier. La guerre des civilisations n’aura pas lieu. CNRS éditions, 2016. Sur ce site : « Tendances de fond dans un monde globalisé » : http://www.temoins.com/tendances-de-fond-monde-globalise/  En terme de prospective, on peut imaginer un autre paysage religieux : « Les germes d’une nouvelle société. Une nouvelle sensibilité spirituelle et religieuse » : http://www.temoins.com/germes-dune-nouvelle-societe-nouvelle-sensibilite-spirituelle-religieuse/