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Cultes participatifs. Eglise protestante unie des « Terres du milieu » . Un an après le lancement, l’expérience s’amplifie.

Un an après le lancement, nos cultes participatifs, se poursuivent avec régularité (1). Le changement principal va dans le sens d’une amplification ; désormais, ils se poursuivent même pendant les vacances scolaires. L’intérêt des participants, montre que c’est vraiment une opportunité pour l’Eglise Protestante Unie, de proposer des cultes où les personnes sont invitées à être particulièrement acteurs. 

            Le moment de chants, d’une demi heure, choisis par le groupe, permet au moins de participer au choix des chants.

           Le temps d’échange après la prédication (pas toujours facile, mais toujours important), rend chacun moteur dans le partage de l’Evangile, et ce, de façon communautaire.

            Une petite moitié du groupe reste pour le pique-nique qui suit, cela fait l’équivalent de 2 repas paroissiaux par mois ; on comprend que la communauté commence à être soudée 🙂

             Depuis la rentrée de septembre 2012, nous avons été 22 en moyenne. Lorsque nous sommes proches des 15, on trouve que ce n’est pas beaucoup, mais lorsque nous sommes autour de 25, on sent une dynamique tout à fait porteuse.

             Le culte réunit à la fois des habitués des cultes dominicaux et des personnes tout à fait nouvelles.

             Le côté intergénérationnel, reste un atout et une bénédiction : Tous les cultes jusqu’à présent, ont été au bénéfice de la présence de 2 ou 3 enfants, de 1 ou 2 ados et de 1 ou 2 jeunes couples. Sur un groupe de 22, ça fait une belle proportion de jeunesse. La moyenne d’âge des adultes, est elle aussi, plus basse que celle des cultes du dimanche. 

            Les offrandes se montent à 2 000 € et quelques offrandes nominatives en plus ; cela a financé toutes les Bibles des catéchumènes et tout le matériel catéchétique des enfants et adolescents. Le symbole est fort ! 

            Les catéchumènes de notre Ensemble sont invités à venir une fois par mois à ces cultes, comme un des éléments forts de leur formation ; un certain nombre d’entre eux est assez régulièrement présent. 

            Les 5 ou 6 musiciens qui font partie du projet, permettent que le chant soit en général conduit par 2 ou 3 d’entre eux, ce qui est une chance. 

            Les questions et défis qui se poseront certainement dans les années à venir sont (entre autres) le lien des nouveaux membres avec les formes classiques de vie d’Eglise (participation aux Associations cultuelles, dons, activités lucratives comme les kermesses…). 

Tout en intégrant les éléments fondamentaux de la liturgie réformée, l’enjeu clef de ce projet est de proposer une forme de  culte avec une forte orientation d’accueil et d’évangélisation.

 

Georges Fauché     Mars 2013

 

(1)   Cet article nous rapporte la manière dont se poursuit l’expérience innovante des cultes participatifs entreprise durant l’année 2011-2012 dans l’ Eglise Réformée de France (Eglise protestante unie) des « Terres du milieu », entre Nîmes et Montpellier. Cette expérience a été l’objet d’un article très approfondi rédigé par ses animateurs : Georges Fauché et Françoise Delannoy, pasteurs de cette église, ** Lire l’article publié sur ce site en  juillet 2012 ** 

Quand l’Église n’est plus au centre du village

L’Eglise en postchrétienté d’après Stuart Murray

« Etre et faire Eglise en postchrétienté » (1) nous appelle Gabriel Monet dans la publication de sa thèse sur l’Eglise émergente. Et, sur le site de Témoins, depuis le début des années 2000, nous cherchons à comprendre les transformations sociales et culturelles en cours, et, en regard, à rechercher la pertinence des pratiques d’Eglise. Ainsi,  en 2003,  nous avons accueilli Stuart Murray (2), et, en 2004, présenté un de ses livres majeurs : « Post-Christendom. Church and mission in a strange new world » (3). Stuart Murray s’y montre historien et sociologue. C’est aussi un théologien qui envisage l’avenir de l’Eglise.

Lorsqu’on consulte la biographie de Stuart Murray, on découvre un itinéraire à la fois constant et diversifié. Dans une mouvance anabaptiste, c’est un missionnaire, au sens moderne du mot, qui, au fil des années, œuvre pour l’implantation de nouvelles églises, particulièrement en milieu urbain. Et, dans cette perspective, il cherche à comprendre et à faire comprendre notre culture et notre société. Il nous appelle au discernement. Grâce aux Editions mennonites, cette expérience et ce savoir sont aujourd’hui accessibles en langue française, dans un recueil : « Quand l’Eglise n’est plus au centre du village » (4). Ce recueil rassemble des conférences de Stuart Murray lors d’une retraite de la Pastorale mennonite romande du 17 au 19 octobre 2013. « Ce théologien et implanteur d’Eglises, fondateur du réseau anabaptiste en Grande-Bretagne et en Irlande dans les années 1990, a partagé sa vision de l’Eglise dans un contexte occidental de postchrétienté ». Ces conférences ont été traduites, puis rédigées et présentées par un pasteur, Michel Ummel. Il en résulte un livre particulièrement accessible  qui communique la pensée de Stuart Murray à un vaste public : « Après avoir expliqué le passage de la chrétienté à la postchrétienté, il a redéfini les missions et les tâches de l’Eglise dans ce contexte. Il a montré les possibilités considérables d’action de l’Eglise, les possibilités d’implantation d’Eglise et a imaginé différents scénarios  pour l’Europe à l’heure de la postchrétienté ». Quelques notations permettront de mettre en évidence l’importance de ce livre et d’appeler à sa lecture.

 

De la chrétienté à la postchrétienté

Stuart Murray nous rappelle l’histoire et les caractéristiques d’une « civilisation façonnée par l’histoire, la langue, les symboles et les rythmes du christianisme »  et marquée par un arrangement politique dans lequel l’Eglise et l’Etat se soutenaient l’un l’autre de façon souvent tumultueuse » (p 15). Ce système a régné en Europe pendant des siècles. Aujourd’hui, cette ère se termine. « La notion de société chrétienne se termine. Imposer le christianisme n’a pas fonctionné. L’alliance entre le pouvoir, la richesse et le statut est aujourd’hui une pierre d’achoppement. L’Eglise est considérée instinctivement comme une institution obsolète et oppressive » (p  16). Nous entrons donc dans une culture nouvelle. « Une tentative de définition de la postchrétienté peut être formulée ainsi : c’est la culture qui émerge lorsque la foi chrétienne perd sa force de cohésion dans une société façonnée par l’histoire chrétienne et où décline l’influence des institutions qui exprimaient des convictions chrétiennes » (p 17). Cette transformation se manifeste par un certain nombre de changements. « Les Eglises passent du centre aux marges. Les chrétiens sont devenus minoritaires… Les chrétiens, outre leurs privilèges, perdent de leur importance dans un contexte de pluralité.  On évolue du contrôle social vers le témoignage. C’est le passage du statu quo vers la mission. On passe de l’institution au mouvement. » (p 18). Comment réagir dans cette transition ? Certains refusent le changement et se replient dans l’imaginaire du passé. Stuart Murray met en évidence la complexité de la situation et il appelle au discernement. « Il faut recourir à une approche qui soit provisoire, exploratoire et flexible, dans un environnement changeant… Il faut rechercher dans une approche « capable de discerner dans le contenu culturel ce qu’il faut adopter et adapter du passé, une approche qui passe par une réflexion théologique patiente et prudente » ( p 22).

 

Participer à la Mission de Dieu, « Missio Dei »

En chrétienté, l’Eglise régnait sans partage. La mission était tournée vers l’extérieur. Elle se conjuguait souvent avec une imposition politique ou culturelle. Aujourd’hui elle passe au premier plan. « Elle va de partout à partout ». « On assiste à un renouveau théologique radical en redécouvrant le Dieu missionnaire qui, par amour, tend les bras à toute la création » (p 29). Dans sa thèse sur l’Eglise émergente, Gabriel Monet nous appelait à entrer dans la vision de la mission de Dieu à laquelle participe « une Eglise missionnelle » (1). C’est aussi la perspective que Stuart Murray met ici en évidence. « La « Missio Dei », la Mission de Dieu, c’est la compréhension de la mission à l’époque de l’Eglise primitive. La mission est une action divine. C’est la manière d’agir de la Trinité. L’Eglise est prise dans ce flux de la mission. « Comme le Père m’a envoyé, moi aussi je vous envoie » (Jean 20.21). L’Eglise n’est donc pas « l’expéditeur », mais « l’envoyée ». L’expéditeur, c’est Dieu » (p 30). « La mission de Dieu est cosmique et universelle. Elle inclut « la restauration de toutes choses » (Actes 3.21). C’est le grand dessein de Dieu, le rêve de Dieu, la « grande histoire » de la Bible » (p 31).

Les barrières et les prétentions institutionnelles tombent. Nous voici dans une dynamique ouverte. « La vision de Dieu avance dans l’Eglise, en dépit de l’Eglise, au delà de l’Eglise et vers l’EgliseLa portée de la mission est très large : l’évangélisation, le soin de la création, le travail pour la justice, l’implantation d’Eglises, le renouveau culturel, l’activisme politique, l’éducation, la guérison des esprits et des corps… La mission n’est pas seulement liée à l’Eglise. Dieu est déjà à l’œuvre dans tous les contextes et la mission du chrétien est de participer à la mission de Dieu. Le chrétien n’apporte pas Dieu avec lui, même s’il a quelque chose de frais à apporter dans toute situation. Il doit discerner ce que Dieu fait et ce que Dieu l’appelle à faire dans un tel contexte. Il doit aussi repérer comment Dieu est à l’œuvre par d’autres peut-être d’une manière surprenante. La tâche de l’Eglise est d’équiper et de soutenir ses membres à participer à la mission de Dieu » (p 33). Si l’on envisage la pratique courante et les représentations qui l’inspirent dans nombre d’Eglises, cette vision nous paraît libératrice et révolutionnaire.

Stuart Murray perçoit l’importance du changement. « Il faut reconnaître qu’il s’agit là d’un changement de paradigme » (p 33).

Et, dans le chapitre suivant, il nous invite à  nous interroger en écoutant les personnes qui ont quitté les Eglises (p 47-49) (5). D’une manière ou d’une autre, leurs aspirations ne rejoignent-elles pas la vision nouvelle de l’Eglise exprimée dans les termes de la « Missio Dei » ?

 

Implanter de nouvelles Eglises

Depuis des années, depuis le début de sa vie active,  Stuart Murray est engagé dans un travail pour l’implantation d’Eglises nouvelles.  Pourquoi et comment implanter des Eglises après la chrétienté ? Un chapitre du livre traite de cette question.

L’implantation d’Eglises prend tout son sens dans ce temps de changement culturel. Il existe donc de nombreuses raisons pour implanter des Eglises aujourd’hui. Il n’est pas surprenant que l’implantation d’Eglises soit de nouveau d’actualité ou que le langage de l’Eglise missionnelle ou de l’Eglise émergente soit utilisé (6). Il faut toutefois souligner que seuls certains types d’implantation d’Eglise vont réussir. Une partie des implantations d’Eglise réalisées au cours des dernières années n’a  pas été vraiment utile » (p 54).  « Le contexte de la postchrétienté exige à la fois le renouveau et l’implantation » (p 58). Mais Stuart Murray énonce toutes les bonnes raisons qui justifient l’implantation de nouvelles Eglises. Cette activité permet une expérimentation, une recherche, un dialogue, l’approche de milieux nouveaux.

Fondateur du « Réseau anabaptiste » en Grande-Bretagne, Stuart Murray s’inspire de l’exemple de la création de nouvelles Eglises par les anabaptistes au XVIè siècle, communautés croyantes à l’encontre des pesanteurs institutionnelles de la chrétienté. Stuart Murray nous rapporte également son expérience personnelle de l’implantation d’Eglises dans le cadre de « Urban expression ». « Urban expression » est une agence missionnaire active dans les villes en Grande-Bretagne qui recrute, équipe et envoie des équipes de pionniers dans des quartiers pauvres économiquement et pauvres en Eglises, pour y vivre une foi chrétienne de manière créative et pertinente » ( p 63). Ici, plutôt que de recourir à une grande équipe où une « Eglise-mère » exerce un contrôle, l’équipe a plus de liberté et d’incitation à être créative » (p 65) (7).

Si des sociologues nous aident à comprendre une réalité sociale en pleine évolution (8), celle-ci est certes complexe. Stuart Murray est prudent dans ses analyses. Il reste qu’on peut constater une transformation majeure qui s’opère dans le long terme, ainsi le passage de la chrétienté à la post chrétienté. Et, en regard, se pose la vision théologique de la Missio Dei, de la Mission de Dieu. Lorsque Stuart Murray porte attention aux observations des gens qui ont quitté les Eglises, il accorde de l’importance à une expression d’expérience. Cette expérience peut trouver réponse dans une nouvelle manière de reconnaître l’œuvre de Dieu et d’envisager le rôle des Eglises.

En traduisant les conférences de Stuart Murray, en les recueillant  dans un livre, les Editions mennonites ont fait œuvre utile. En effet, cet ouvrage est particulièrement bien présenté, tant en ce qui concerne son organisation qu’à travers les introductions de Michel Ummel. Ainsi, ce livre est un outil qui peut contribuer à modifier les représentations et à les rendre plus pertinentes. C’est dire qu’il mérite une large diffusion bien au delà d’un public prédéterminé.

Jean Hassenforder

(1) Gabriel Monet. « L’Eglise émergente. Etre et faire Eglise en Postchétienté. LIT Verlag, 2014

« Des outres neuves pour du vin nouveau. Interview de Gabriel Monet, auteur de « L’Eglise émergente. Etre et faire Eglise en postchrétienté » : http://www.temoins.com/des-outres-neuves-pour-le-vin-nouveau-interview-de-gabriel-monet-auteur-de-leglise-emergente-etre-et-faire-eglise-en-postchretiente/

(2) « Eglise en devenir. Compte-rendu par Françoise Rontard de la rencontre avec Gabriel Monet (novembre 2003) » : http://www.temoins.com/eglise-en-devenir/

(3) « Faire Eglise en postchrétienté. Le livre de Stuart Murray : Post-Christendom. Church and mission in a strange new world  (2004) » : http://www.temoins.com/faire-eglise-en-post-chretiente/

(4) Stuart Murray. Quand l’Eglise n’est plus au centre du village. Editions mennonites, 2018 Le livre est disponible pour un achat en ligne sur le site des Editions mennonites

(5) « Chrysalide. La métamorphose de la foi. Une ressource pour des chrétiens en recherche ». Mise en perspective d’un livre d’Alan Jamieson à partir de l’expérience de chrétiens ayant quitté les Eglises (Empreinte, 2014) : http://www.temoins.com/chrysalide-les-metamorphoses-de-la-foi-une-ressource-pour-des-chretiens-en-recherche/

(6) Les « Fresh expressions » britanniques s’inscrivent dans ce courant de l’Eglise émergente et se développent rapidement, expression d’initiative et d’innovation, à la fois autonomes et en lien avec des Eglises comme l’Eglise anglicane et l’Eglise méthodiste. « Les Fresh expressions en Grande-Bretagne : point de vie d’un pionnier. Propos de Michael Moynagh » : http://www.temoins.com/les-fresh-expressions-en-grande-bretagne-point-de-vue-dun-pionnier-propos-de-michael-moynagh-recueillis-par-pippa-soundy-en-reponse-aux-questions-dalain-gubert-et-de-je/

(7) « Urban expression. An interview with Stuart Murray Williams » : https://themennonite.org/urban-expression-interview-stuart-murray-williams/

(8) « Le Christianisme en Europe. Quelles perspectives ? » : « Europe, The exceptional case » par la sociologue Grace Davie : http://www.temoins.com/le-christianisme-en-europe-quelles-perspectives/

A l’Église qui vient

Article Témoins, recherche et innovationFoi, expérience et prospective selon Laurent Schlumberger

Si nous considérons la crise actuelle que nous vivons comme une mutation, un passage vers une autre société, une civilisation nouvelle, nous regarderons vers ce monde qui vient et nous participerons à sa construction.

Si, en regard du message de l’Evangile, nous percevons la décomposition des formes d’église associées à un vieux monde hiérarchique et patriarcal, alors nous regarderons vers une nouvelle église et nous participerons à sa venue.

Nous sommes en chemin dans la nouvelle création que Dieu suscite en Christ ressuscité et nous regardons vers ce nouvel univers où Dieu sera tout en tous. Nous regardons à la venue de Dieu (1).

Dans ce mouvement, en regardant vers l’avenir, nous pouvons recevoir le titre du livre de Laurent Schlumberger : « A l’Eglise qui vient » (2). Cette voix s’appuie sur une expérience particulièrement riche et originale : la présidence d’une grande Eglise française pendant plusieurs années : l’Eglise réformée, puis l’Eglise Protestante Unie de 2010 à 2017. Ainsi, il peut nous faire part d’une réflexion qui se fonde sur une observation et qui, à travers une expérience, recherche les voies de l’avenir pour en faire une contribution à « cette Eglise qui vient ».

 

Le mouvement de l’innovation en chemin dans des contextes chrétiens variés.

Nous accueillons ici cette réflexion à travers notre propre parcours au sein du groupe de recherche de Témoins. Il y a maintenant près de vingt ans, dans la conscience d’un écart croissant entre les pratiques d’Eglise et les aspirations spirituelles, celles des croyants et de tous ceux qui sont en recherche et en attente de sens, nous avons fait appel à la recherche française et internationale pour analyser les causes de cet écart, le manque de pertinence des pratiques dominantes confrontées à un changement social et culturel de plus en plus rapide (3). Et, en regard, nous avons étudié les tentatives pour remédier à cet écart, et, plus particulièrement, les innovations où de nouvelles expériences de foi sont apparues, en phase avec les sensibilités nouvelles. Ce mouvement a été particulièrement vigoureux dans des pays où la créativité a pu s’exercer dans une approche pragmatique et une moindre dépendance hiérarchique. Parfois les institutions elles-mêmes ont été réceptives comme ce fut le cas en Grande-Bretagne lorsque l’Eglise anglicane a accepté de reconnaître des expressions nouvelles au même titre que les formes traditionnelles (4). Bref, un grand courant est apparu dans les termes d’une Eglise émergente. A Témoins, nous avons fait connaître en France l’apport de ce mouvement innovant à travers de nombreux articles et des journées d’étude (5). Notre ami, Gabriel Monet, a soutenu et publié une thèse sur cette manière « d’être et de faire église en post-chrétienté » (6). Cependant, en France même, le mouvement s’est peu développé. Les initiatives, présentes dans des contextes divers, sont restées marginales (7). Dans la gouvernance des églises, peu de voix se sont élevées en faveur de transformations majeures. Dans l’Eglise catholique, Albert Rouet, évêque de Poitiers, a engagé une réforme en profondeur de son diocèse en appelant des laïcs à prendre la responsabilité des communautés locales (8). Cependant, il a aujourd’hui quitté sa fonction. A la même époque, en milieu évangélique, Stéphane Lauzet a suscité un groupe de recherche : « Evangile et culture » (9) avec lequel Témoins a collaboré. Très tôt, une collaboration s’est établie avec Andy Buckler, pasteur dans l’Eglise réformée, pour faire connaître les « Fresh expressions » britanniques (10) et nous nous sommes réjouis lorsque cette Eglise a fait appel à lui pour la promotion de l’évangélisation et de la formation. Aujourd’hui, nous voyons dans l’Eglise protestante Unie, une prise de conscience du besoin d’innovation en regard du changement socioculturel.

 

« Une Eglise qui vient » : un livre qui témoigne d’une Eglise en mouvement

Cette ouverture apparaît dans le livre de son président : « L’Eglise qui vient ». C’est un recueil de textes : « Pendant les sept années de son mandat de président de l’Eglise réformée, puis de l’Eglise Protestante Unie, Laurent Schlumberger a saisi maintes occasions pour partager une lecture de la Bible, une compréhension de l’Evangile et une conviction quant au rôle des chrétiens dont les maîtres mots sont confiance et espérance ». Ces textes sont très variés : des prédications, des hommages, des interventions qui ouvrent la voie dans les synodes qui ont jalonné la vie de son Eglise pendant des années. Ainsi dans le chapitre : « Une Eglise qui fait signe », les titres traduisent des orientations : « Jalons pour une Eglise d’hospitalités » ; « Jalons pour une Eglise d’attestation » ; « De la peur à l’encouragement » ; « Réconciliés en Jésus-Christ, Dieu nous fait ensemble accoucheurs d’espérance ».

Durant cette présidence, l’Eglise a fait du chemin.

On peut imaginer tout ce qui a été requis et mis en œuvre pour réussir le rassemblement de l’Eglise Luthérienne et de l’Eglise réformée en une Eglise commune. Et, par la suite, on a entendu parler des prises de décisions en ce qui concerne la bénédiction des couples de même sexe. Voici une initiative qui a demandé du courage et qui ne s’est pas opérée sans engendrer des conflits entre des représentations opposées. Ainsi, cette période a été marquée par le mouvement, tout le contraire de l’immobilisme. On perçoit dans ce livre des qualités qui se sont manifestées dans le leadership de Laurent Schlumberger : attention aux réalités humaines, discernement, inspiration évangélique.

 

Une Eglise exposée au changement socioculturel

Cependant, dans cette analyse, nous nous attacherons à la manière dont Laurent Schlumberger perçoit les rapports entre le changement socioculturel et l’évolution de l’Eglise.

Tout d’abord, il aborde ces questions de front. «  Nous peinons à nous laisser travailler en Eglise par les questions de notre temps. Je ne pense pas d’abord à ces interpellations qui voudraient nous entrainer à réagir en produisant sans délai des déclarations publiques. Bien sûr, cela peut et, parfois, cela doit arriver. Ce fut d’ailleurs le cas au cours de l’année écoulée, à propos de la xénophobie et du racisme… Mais lorsque je dis que nous avons de la peine à nous laisser travailler en Eglise par les questions de notre temps, je pense bien plus à ce travail en profondeur dans lequel nos convictions se trouvent exposées aux questions de nos contemporains… Fin de vie, bénédiction des personnes et des couples… Il nous arrive donc de nous saisir de questions qui ne viennent pas de nous. Mais cela me semble trop rare. En particulier dès qu’il s’agit de questions touchant au travail, à l’économie, à la justice, à la culture, au sens de la vie personnelle et sociale, nous sommes très prudents… Peut-être ne sommes-nous pas assez confiants dans la communion qui nous est donnée. J’y reviendrai. Et si nous entendons être une Eglise de Témoins, nous ne pouvons l’être qu’en prenant pleinement en compte les attentes de  nos contemporains, car c’est auprès d’eux et non de nous que nous sommes appelés à être témoins » (p  137-138).

L’association Témoins, dans son cheminement (11), rejoint (très modestement !) l’approche de Laurent Schlumberger qui est aussi celle de l’Eglise Protestante Unie et qui se manifeste dans un projet : devenir une Eglise de témoins. Au fil de ce livre, Laurent Schlumberger nous en dit l’esprit. « La conviction fondamentale, c’est que l’Eglise existe pour ce qu’elle n’est pas et pour ceux qui n’y sont pas. L’Eglise existe pour ce qu’elle n’est pas. Elle n’existe pas en vue d’elle-même, mais pour annoncer et manifester déjà le règne de Dieu qui vient. Et l’Eglise existe pour celles et ceux qui n’y sont pas. Elle n’a pas pour but de rassembler et de mettre à part le peuple des élus. Elle est envoyée pour témoigner de l’Evangile auprès de tous » (p 129).

Dans ce mouvement Laurent Schlumberger sait observer et analyser le changement socioculturel pour en tirer les conséquences.

Ainsi constate-t-il l’effacement d’un monde où le protestantisme se fortifiait dans sa condition de minorité. « Ce monde a changé. Et même, il a disparu. Les institutions religieuses sont désormais marginales, les convictions sont individualisées, les affiliations sont fluctuantes… C’est ainsi. C’est sans doute la chance de trouver une nouvelle manière d’être Eglise protestante dans ce monde ci ». Ainsi peut-il tracer des orientations. « Il s’agit pour notre protestantisme de passer de la connivence au partage, de l’entre-deux à la rencontre, d’une Eglise qui se serre les coudes à une Eglise qui ouvre les bras, d’une Eglise de membres à une Eglise de témoins… Cette mutation n’est pas à venir. Elle est en cours. Nous y sommes déjà engagés » (p 106).

Mais ce livre ne nous entretient pas seulement de la transformation de l’Eglise. Il sait aussi mettre en évidence les aspirations de nos contemporains : besoin de reconnaissance, besoin de fraternité, besoin de confiance. Et il sait appeler l’Eglise à y répondre.

 

Vers un christianisme post-confessionnel

Parce qu’il sait observer les changements en cours, Laurent Schlumberger peut anticiper les changements à venir. Il est capable de dépasser les enfermements dans des formes rigides. A cet égard, le dernier chapitre : « Vers un christianisme post-confessionnel » nous paraît tout-à-fait remarquable. Il rejoint l’expérience de Témoins qui s’inscrit maintenant dans la durée, près de trente ans écoulés (11). Sans les mentionner, il rejoint les approches de la recherche sociologique. C’est, bien sur, le processus de l’autonomie croyante telle que Danièle Hervieu Léger l’a mis en évidence (12). Comme le montre de nombreuses recherches, l’individualisation croissante brouille de plus en plus les identités confessionnelles. Les raidissements fondamentalistes, si forts soient-ils, sont eux-mêmes à contre courant.

Selon Laurent Schlumberger, le mouvement vers un christianisme interconfessionnel est sans doute « une des évolutions profondes et durables du christianisme ». Ce n’est pas seulement une évolution -à venir-, nous y sommes déjà. Et cette évolution aux racines assez anciennes, déjà entamée, va se poursuivre et s’accentuer. Où et comment peut-on la percevoir, la décrire ? Comment peut-on l’analyser sur la longue durée ?

La transformation est en cours. « Je fais l’hypothèse que nous assistons à une mue du christianisme qui change de carapace. Dans ce christianisme mué, les identités confessionnelles seront beaucoup moins déterminantes, beaucoup moins structurantes » (p 283).

Quelques exemples de cette évolution :

Parmi les cent millions de chrétiens (protestants) en Chine, très peu se réfèrent à une dénomination. Dans un pays où le développement des églises est récent, cette question n’a pas grand sens.

A Taizé, sur place, les différences confessionnelles s’estompent. Les confessions chrétiennes sont respectées, mais elles sont considérées comme en voie de dépassement.

A Strasbourg, il y a une dizaine de communautés qui rassemblent environ 3000 fidèles le dimanche, bien plus que les quelques 500 personnes participant au culte des églises protestantes classiques. C’est une nébuleuse de communautés où la structuration tient principalement à la langue, à l’origine (immigration) et à l’initiative d’un homme…

Enfin, dans ce panorama des tendances post-confessionelles, une des premières d’entre elles est le mouvement charismatique. On peut y voir aujourd’hui une sorte de post-confessionalisme transversal (données p 284-287).

« Par éclosion primaire, dépassement, recomposition ou développement transversal, nous assistons à un phénomène que je crois profond et durable. Je ne suis nullement en train de dire que les étiquettes confessionnelles auront disparu d’ici une génération. Mais leur importance aura fortement régressé. Les identités confessionnelles seront sans doute de moins en moins structurantes, et plus encore de moins en moins pertinentes pour les chrétiens eux-mêmes » (287-290). On pourrait ajouter à cette description, le courant de l’Eglise émergente (13).

Laurent Schlumberger s’engage également dans la voie d’une interprétation. « Le christianisme occidental a connu une longue période dans laquelle les questions doctrinales furent prépondérantes. Mais l’urgence missionnaire et le mouvement œcuménique ont non seulement relativisé cette prépondérance doctrinale. Ils l’ont dévalué. Cette évolution va s’accentuer et s’accélère pour trois motifs : la sécularisation, la globalisation et l’individualisation » (p 290).

Et dans cette grande transformation, un phénomène majeur apparaît. C’est le primat de l’expérience. L’auteur situe ce phénomène en rapport avec les trois tendances annoncées : sécularisation, individualisation et globalisation. « Ce qui devient décisif, c’est la cohésion de la personne, ou ce qui est ressenti comme tel. Autrement dit, ce qui devient décisif, c’est l’expérience. » (p 295). Ce constat rejoint les données de la recherche qui met en évidence une tendance de fond : la progression  de l’individualisation dans la longue durée avec pour corollaire le primat de l’expérience (14).

« A l’Eglise qui vient » : ce livre est bien nommé. Ainsi avons-nous évoqué la profondeur de cette réflexion fondée sur la foi, l’observation, l’expérience et engagée dans un mouvement en avant, dans un regard vers l’avenir, dans une démarche prospective. En considérant la littérature française à ce sujet, cet engagement d’un dirigeant d’église dans une approche prospective, nous parait original et précieux. Ce livre nous incite à accueillir et à préparer  « l’Eglise qui vient ».

Jean Hassenforder

  1. Moltmann (Jürgen). La venue de Dieu. Eschatologie chrétienne. Cerf,   Voir sur ce site le parcours théologique de Jürgen Moltmann, théologien de l’espérance : « Une théologie pour notre temps. L’autobiographie de Jürgen Moltmann » : http://www.temoins.com/une-theologie-pour-notre-temps-lautobiographie-de-juergen-moltmann/
  2. Schlumberger (Laurent). A l’Eglise qui vient. Préface de frère alois de la communauté de Taizé. Olivétan, 2017
  3. Questions de recherche à Témoins : « La dynamique de Témoins » : http://www.temoins.com/jean-hassenforder-la-dynamique-de-temoins/
  4. En 2004, l’Eglise anglicane reconnaît la nécessité et la légitimité de nouvelles formes d’Eglise. C’est le rapport : Mission-shaped Church (une Eglise pour la mission) (Church House Publishing, 2004). Sur la trajectoire des « Fresh expressions en Grande-Bretagne : « Interview de Michaël Moynagh. Où en est l’Eglise émergente en Grande-Bretagne ? » : http://www.temoins.com/ou-en-est-leglise-emergente-en-grande-bretagne/
  5. « Le courant de l’Eglise émergente. Dix ans de recherche » : http://www.temoins.com/le-courant-de-leglise-emergente-dix-ans-de-recherches/
  6. Monet (Gabriel). L’Eglise émergente. Etre et faire Eglise en postchrétienté. Préface d’Elisabeth Parmentier. Posface de Jean Hassenforder. LIT Verlag, 2014. Interview de Gabriel Monet sur sa thèse : « Des outre neuves pour le vin nouveau » : http://www.temoins.com/des-outres-neuves-pour-le-vin-nouveau-interview-de-gabriel-monet-auteur-de-leglise-emergente-etre-et-faire-eglise-en-postchretiente/ Cette thèse en préparation a été présentée par Gabriel Monet à la journée d’étude de Témoins le 11 novembre 2011 : « L’Eglise émergente. Une mise en perspective » http://www.temoins.com/des-outres-neuves-pour-le-vin-nouveau-interview-de-gabriel-monet-auteur-de-leglise-emergente-etre-et-faire-eglise-en-postchretiente/ Vidéo présentant la journée : http://www.temoins.com/la-rencontre-du-11-novembre-2011-en-video/
  7. « Une perspective comparative sur l’Eglise émergente : La Grande-Bretagne en mouvement. La France en attente » : http://www.temoins.com/une-perspective-comparative-sur-leglise-emergente-la-grande-bretagne-en-mouvement-la-france-en-attente/ Plus récemment, voir l’article d’Andy Buckler : « Des « Fresh expressions » aux « French expressions »,  dans : Perspectives missionnaires, N° 71, 2016 En janvier 2015, l’hebdomadaire Réforme a publié un excellent dossier, présentant, à partir de quelques expériences, un visage de l’Eglise émergente en France : http://www.temoins.com/eglise-emmergeante-eglise-demain/
  8. Rouet (Albert) et collectif. Un nouveau visage d’Eglise. Les communautés locales à Poitiers. Bayard, 2005 ; Rouet (Albert). Le gout d’espérance. Un Nouveau visage d’Eglise. Bayard, 2008. Présentation sur ce site : « La dynamique de la confiance. L’expérience des communautés locales à Poitiers » : http://www.temoins.com/une-dynamique-de-la-confiance-lexperience-des-communautes-locales-a-poitiers/
  9. Au début des années 2000, Stéphane Lauzet, président de l’Alliance Evangélique Française a suscité un groupe de recherche : Evangile et Culture. Des journées d’études ont été organisées en collaboration par Evangile et Culture et Témoins . Ainsi, en 2003, « Eglise en devenir » autour de Stuart Murray :  http://www.temoins.com/eglise-en-devenir/ En 2004, « Le vécu, la pratique et la théologie de l’Eglise émergente » autour de Michaël Moynagh :   http://www.temoins.com/le-vecu-la-pratique-et-la-theologie-de-leglise-emergente-conference-de-m-moynagh-5-juin-2004/
  10. Andy Buckler a participé à l’animation et est intervenu aux journées organisées par Témoins  depuis la rencontre du 20 octobre 2007 : « Innovations dans les Eglises. Le courant de l’Eglise émergente » : http://www.temoins.com/reunion-du-20-octobre-2007-innovations-dans-les-eglises-le-courant-de-leglise-emergente/ Depuis plusieurs années, Andy Buckler est responsable de la coordination Evangélisation et formation à l’Eglise protestante Unie de France. Il a écrit récemment un article dans Perspectives missionnaires (N° 71, 2016) : « Des Fresh expressions » aux « French expressions ».
  11. « La genèse de Témoins, communauté chrétienne interconfessionnelle » (1973-1986) : http://www.temoins.com/la-genese-de-temoins-communaute-chretienne-interconfessionnelle-1973-1986-redaction-en-1996/
  12. Publié en 1999, le livre de Danièle Hervieu-Léger : « Le pèlerin et le converti » garde toute sa pertinence pour éclairer une transformation qui se poursuit. Interview sur ce site : « L’autonomie croyante. Questions pour les églises » : http://www.temoins.com/jean-hassenforder-lautonomie-croyante-questions-pour-les-eglises/
  13. Une approche sociologique de l’Eglise émergente qui éclaire, entre autres, son aspect post-confessionnel : Marti (Gerardo), Ganiel (Gladys). The deconstructed church. Understanding emerging christianity. Oxford University Press, 2014. Sur ce site : « Une recherche sociologique sur le mouvement de l’église émergente » http://www.temoins.com/comprendre-le-christianisme-emergent-une-recherche-sociologique-sur-le-mouvement-de-leglise-emergente/
  14. Le progrès de l’individualisation, dans la longue et la courte durée, débouche sur un christianisme post-confessionnel, mais interroge également plus largement sur le rapport aux institutions. « L’âge de l’authenticité. Un contexte nouveau pour la vie spirituelle et religieuse, selon le philosophe Charles Taylor » : http://www.temoins.com/lage-de-lauthenticite/ « Spiritualité post-moderne et culture de l’individualisme. Une transformation des mentalités selon S Dominika Motak » : http://www.temoins.com/spiritualite-postmoderne-culture-de-lindividualisme-transformation-mentalites/ Plus généralement, les grands courants spirituels à l’échelle du monde traversent les confessions religieuses : « Raphaël Liogier. La guerre des civilisations n’aura pas lieu. CNRS éditions, 2016. Sur ce site : « Tendances de fond dans un monde globalisé » : http://www.temoins.com/tendances-de-fond-monde-globalise/  En terme de prospective, on peut imaginer un autre paysage religieux : « Les germes d’une nouvelle société. Une nouvelle sensibilité spirituelle et religieuse » : http://www.temoins.com/germes-dune-nouvelle-societe-nouvelle-sensibilite-spirituelle-religieuse/

 

 

 

 

 

 

Le paternalisme : un problème dans l’Eglise ?

Le regard d’une sociologue britannique : Linda Woodhead

Linda Woodhead Linda Woodhead est professeur de sociologie de la religion à l’Université de Lancaster. Elle a mené des recherches importantes dans le champ de la religion et dans le domaine du genre (1). Aujourd’hui, en Grande-Bretagne, elle est considérée comme une experte et elle est souvent consultée. Ainsi a-t-elle été interviewée sur le thème de la relation entre le féminisme et l’Eglise aujourd’hui (2).

On connaît la progression de la place des femmes dans le clergé de l’Eglise anglicane, mais le processus a été ardu et suscite encore des frictions. Linda Woodhead s’interroge sur les obstacles qui rendent si difficile l’égalité des genres dans les églises alors que celle-ci progresse beaucoup plus rapidement dans la vie publique. Linda Woodhead impute ce conservatisme à un paternalisme ambiant dans les églises.

« Plus j’y pense, plus j’estime que le paternalisme est le mot juste pour décrire et débloquer ce qui se passe dans les églises. Il décrit plus directement ce qui est en jeu mieux que les mots : patriarcat, sexisme ou misogynie. Le mot paternalisme décrit l’autorité des pères. Le père est à la tête de la famille avec femme et enfants sous sa direction. Cette direction se veut bienveillante -comme celle de Dieu le Père- mais il est le maître. Papa sait mieux ».

Est-ce que le paternalisme est répandu dans le christianisme aujourd’hui ?

« Oui, les églises en sont imprégnées. C’est une partie majeure de leur symbolisme et de leur langage… Dieu le Père ; le pape, père ; le prêtre, père… et cela se reflète dans les structures et les hiérarchies du pouvoir. Parler de l’Eglise comme d’une famille est généralement un reflet de cette attitude. C’est une famille sous l’autorité d’un père.

Mais les églises sont également paternalistes dans un sens plus large. C’est le sens dans lequel les sociologues de la politique utilisent le mot. C’est l’opposé de « libéral ». Un libéral est quelqu’un qui croit que les individus devraient être libres de se faire leur propre opinion sur la manière dont ils voient leur propre vie. Par contraste, un paternaliste est quelqu’un qui croit que les gens doivent s’en remettre à une autorité plus élevée. Cette autorité peut être un homme ou une femme, la Bible ou Dieu, mais s’il y a conflit, cette autorité devrait l’emporter sur votre conscience ou votre propre jugement ».

Mais en quoi, dans la pratique, peut-on voir ce paternalisme ?

« Je pense qu’il apparaît avec évidence dans le refus continu des églises à rendre leurs structures plus démocratiques, plus participatives et rendant davantage compte. Il est évident dans le manque d’intérêt pour ce que leurs membres pensent et croient. Il est évident dans beaucoup de leurs pratiques… Aujourd’hui où est-ce qu’on s’attendrait à recevoir un prêche ailleurs que dans une église ? Mais les esprits évoluent de plus en plus. D’après mes enquêtes, je sais que la majorité des gens, y compris ceux qui se disent chrétiens, ne veulent plus de cela ».

Cependant, le paternalisme reste puissant. Comment cette situation peut-elle évoluer ? « Le paternalisme est profondément tissé dans la structure et le symbolisme des églises. Ses défenseurs peuvent se référer à des parties de l’Ecriture et de la tradition. Mais il ne prend pas racine dans la personne de Jésus. S’il y a une chose que Jésus n’a jamais faite, c’est de se présenter comme un père. Et il ne se soumettait pas à un régime familial enfermant. Une bonne partie de la tradition chrétienne le suit en ce sens. C’est le côté spirituel du christianisme. Cette partie de la tradition qui ne dénie pas « la nature », mais regarde à travers elle à son essence spirituelle, à la grâce qui parfait. Dans les relations humaines, elle regarde là où la division et l’inégalité s’en vont et où une plus grande communauté d’amour fleurit. C’est le monde à l’envers du Royaume dans lequel les vallées sont élevées et les montagnes abaissées, où les puissants sont renversés de leurs trônes et où les collecteurs d’impôt et les prostituées entrent au ciel avant nous. L’enseignement de Jésus porte sur l’amour. Pendant des siècles, certains ont interprété le message chrétien d’une manière paternaliste. Mais, en dépit de toute l’ambiguïté dans les évangiles, il ne semble pas que Jésus ait rendu les gens dépendants de lui. Il leur a offert la même relation avec Dieu et le même Esprit qui l’inspiraient. Et Paul, à son meilleur, fait de même.

Linda Woodhead s’interroge lorsqu’on lui demande si il y a un espoir de voir l’église future en amie du féminisme. En effet, elle mesure l’importance du paternalisme dans ce qui est transmis par l’église. La transformation requiert une vraie révolution, une révision du sommet au bas de l’échelle, et des leaders qui aient le désir et la capacité de faire cela… ».

Depuis la publication de cet article en 2013, des femmes ont accédé à la fonction d’évêque dans l’Eglise anglicane, ce qui semblait très difficile quelques années plus tôt. Une évolution est en cours. Manifestement, il y a beaucoup d’écarts entre les églises dans cette évolution. Certaines sont plus égalitaires et fraternelles ; d’autres sont encore très hiérarchisées et sont constituées à la tête par un  univers masculin qui exclue les femmes des responsabilités ecclésiales. L’interview de Linda Woodhead nous aide à prendre conscience de l’ampleur des changements à réaliser.  A un moment où, dans les sociétés occidentales, remontent des pulsions d’autoritarisme et de rejet, on constate que le respect porté à la place des femmes dans la société est un critère de civilisation. Leur mobilisation récente dans les « women’s march » est un jalon dans une évolution qui se poursuit malgré les aléas. La question du rôle des femmes dans les églises est donc un enjeu majeur dans la recherche de pertinence par rapport aux gens d’aujourd’hui.

Jean Hassenforder

Vers une Eglise « liquide »

Un regard nouveau dans le paysage catholique francophone

« Les mutations du rapport entre l’Eglise et la société mettent en question le modèle traditionnel de la paroisse. Des essais de nouvelles paroisses sont tentés. L’hypothèse est d’appliquer aux communautés chrétiennes le qualificatif de « liquide » emprunté au sociologue Zygmunt Bauman. Cela permettrait de retisser des liens entre les communautés chrétiennes et l’ensemble de la société ». Cet avant-propos introduit l’article d’Arnaud Join-Lambert : « Vers une Eglise « liquide » publié en février 2015 dans la revue « Etudes » (1). Cet article nous paraît mériter une attention particulière. En effet, dans son contexte socio-religieux, il pose, en termes originaux, les problèmes suscités par « la radicalité et l’irréversibilité du changement dans le rapport entre Eglise et société ».

Prenant acte de la fin de la chrétienté « annoncée, puis constatée par de nombreux auteurs depuis une cinquantaine d’années », du « reflux et de la marginalisation progressive des églises » en Europe, il met en évidence l’inadéquation des paroisses traditionnelles. « En ne faisant que répondre aux besoins religieux de certains, les paroisses actuelles ignorent ou négligent de fait la soif spirituelle du plus grand nombre ». « Les modèles anciens touchent à leurs limites, notamment en terme d’épuisement des agents pastoraux ».

Arnaud Join-Lambert (2) est un théologien catholique français, professeur à l’Université de Louvain et auteur de nombreuses publications. Cet article paraît dans une revue réputée, créée et animée par des jésuites et apportant une réflexion de fond à un public cultivé. Cependant, l’intérêt de cet article ne tient pas seulement à la qualité de son auteur, mais il nous paraît particulièrement original par la conjonction d’une analyse sociologique et d’une approche théologique, dans une dimension internationale. Arnaud Join-Lambert se réfère en effet à l’apport du sociologue Zygmunt Bauman, qui, à partir des années 1990, étudie les sociétés occidentales contemporaines en les qualifiant d’abord de postmoderne, puis de « liquide ». Très vite, en 2002, un théologien britannique, Pete Ward en tire les conséquences dans ses propositions pour une « Eglise liquide », capable d’accompagner cette nouvelle société (3). Aujourd’hui, Arnaud Join-Lambert poursuit cette réflexion en l’appliquant au catholicisme dans un esprit d’ouverture inspiré par le Concile Vatican II. Puisqu’à Témoins, nous étudions depuis 15 ans, le rapport entre société et Eglise,  dans une perspective internationale et interconfessionnelle, nous saluons la démarche innovante d’Arnaud Join-Lambert.

 

Un nouveau chemin

 

Quels sont les principaux points évoqués par cet article particulièrement dense et bien informé ?

 

Société liquide et Eglise liquide

 

En quoi le concept de « société liquide » peut-il aujourd’hui nous éclairer ? « Une société liquide se caractérise par le primat de la relation, de la communication, de la logique des réseaux par rapport avec une société solide qui privilégie les institutions et la stabilité géographique ». Le théologien britannique, Pete Ward, en a tiré des enseignements : « Appliquée à l’Eglise, la liquidité traduit plusieurs déplacements dont une vie chrétienne basée sur l’activité spirituelle et non sur des structures, un décentrement de l’office dominical, une part croissante de commençants et de recommençants et le passage limité dans le temps au sein d’une église précise ».

Dans cette perspective, Pete Ward rejoint d’autres théologiens qui mettent en évidence l’inadaptation des paroisses traditionnelles en regard d’un changement social rapide et profond. S’il y a aujourd’hui des nouveautés dans certaines paroisses (groupes de prière, parcours alpha, groupes bibliques etc), « On constate à l’usage que ces initiatives renouvellent ceux du « dedans », fidélisent quelques uns du « dehors », mais peinent à aller plus loin », constate Arnaud Join-Lambert. Et il entend le reproche de Ward : « Il est urgent de réformer lorsque l’Eglise locale commence à ressembler à un club ».

Eglise pour tous. Eglise en réseau. « Cette église club est une réponse à la question terriblement réaliste posée par Ward pourquoi si peu de gens voient-ils l’Eglise come un lieu où trouver ce qu’ils cherchent »

 

Dès lors, l’article d’Arnaud Join-Lambert propose un ensemble de perspectives et d’approches débouchant sur une nouvelle conception de l’Eglise. Bien informé, l’auteur nous fait part des innovations actuelles dans le domaine économique : « incubateurs » et « start up » qui sont aussi des formes sociales nouvelles. En quoi des formes sociales analogues font-elles aujourd’hui leur apparition dans l’Eglise ? Il y a bien effectivement quelques projets comparables (4). L’auteur nous décrit notammentles centres accueillants et créatifs qui se sont développés au cœur des grandes villes en Allemagne sous le vocable de « Citykirchen », tant dans la mouvance catholique que dans la mouvance protestante. « L’enjeu majeur, c’est de provoquer et soigner la rencontre ». « Qu’elles soient directement ou non à l’initiative de ces projets, on voit que les églises sont aujourd’hui  mises au défi de la « mission » pour tous, que les paroisses ne remplissent effectivement plus ».

 

Dans une société où les barrières s’abaissent, où les compartiments se dissolvent, où les relations ne sont plus enfermées dans un cadre étroit, le mouvement social et culturel se conjugue avec les idéaux évangéliques pour appeler une « Eglise pour tous » et une « Eglise en réseaux »

 

L’auteur évoque la pensée de Michel de Certeau sur « la figure de l’étranger » pour décrire le rapport de l’Eglise à la société émergente. « Tant que l’Eglise est elle-même une société, la « solid church » selon Ward, elle se construit en se différenciant. Elle pose un « dehors » pour qu’existe un « entre nous », pour qu’un «  nous » prenne corps » (5). Ainsi, pour de Certeau, déjà en 1945, « le risque inhérent à l’Eglise était la crispation et l’enfermement en tous domaines. Soixante dix ans plus tard, la situation accentue l’urgence du défi posé par ces frontières » Ajoutons une remarque personnelle : Cette tendance à l’exclusion se retrouvait également dans des conceptions théologiques. Dans l’Eglise catholique, l’ouverture date du Concile Vatican II.

 

En nous entretenant d’une Eglise en réseau (6), l’auteur s’inscrit dans la transformation accélérée de notre société communicationnelle. C’est dans cette approche qu’il distingue des lieux différents qui prennent place dans un ensemble en mouvement :

Les anciennes paroisses recentrées sur « l’accompagnement » tout au long de la vie.

Des projets nouveaux mettant l’accent sur « l’événement, le déploiement des charismes, la créativité  en vue de permettre « la rencontre, particulièrement avec l’autre » et de susciter un élan vers le périphéries existentielles au coeur de la culture contemporaine »

Des lieux assumant une dimension mystique : maisons de prière et de solitude bienfaisante, comme l’offre historiquement assumée par les religieux et religieuses, mais dans une relation plus ouverte au monde d’aujourd’hui.

 

Dans son approche sociologique, Zygmunt Bauman insiste également sur un effet négatif de la postmodernité : l’isolement croissant de l’individu dans la société de consommation. « La possibilité de communauté est, selon lui, problématique. Le désir en est utopique ». En regard, « les chrétiens sont donc confrontés au défi considérable de proposer diverses modalités afin que le « pour tous » soit honoré ». Cependant, il nous semble qu’en contrepartie de l’individualisme, il y a aujourd’hui une croissance des aspirations sociales en désir de convivialité et de relation. La prise en compte de ces aspirations est un facteur important du développement de communautés chrétiennes émergentes, comme les « Fresh expressions » (7) en Grande-Bretagne. Elle compte également dans le développement des églises évangéliques à travers le monde. Cette dynamique contribue à modifier en profondeur le paysage religieux.

On peut ajouter que la puissante montée d’internet, qui se manifeste dans le développement des réseaux sociaux modifie la donne en permettant également de nouvelles formes de rassemblement sur le plan local. Par rapport au paysage religieux décrit dans cet article, il y a là une source nouvelle de fluidité et de complexification.

 

Organisation, leadership et autorité

 

Comment nourrir et maintenir la communion entre les communautés dans les différentes dimensions esquissées par l’auteur ? C’est la « question connexe du leadership et des responsabilités ». L’auteur aborde ce problème dans un contexte catholique. Dans sa visée prospective, il envisage de nouveaux ensembles, des « paroisses liquides » qui rassemblent des lieux différenciés tels qu’ils ont déjà été décrits : anciennes paroisses recentrées sur la vie locale ; centres d’accueil et de rencontre ; maisons consacrées à la prière et à la vie spirituelle. L’auteur évoque cinq figures d’autorité au service de cette entreprise. On y retrouve des figures traditionnelles en milieu catholique comme le curé, l’aumônier et le moine. Mais ces titres fonctionnent pour une part comme des analogies, car l’intervention de nouveaux acteurs laïcs transparaît. La nouveauté est requise. Ainsi l’auteur envisage-t-il un « coordinateur professionnel » pour la régulation et l’animation de la « paroisse liquide ». Et, pour une réflexion en profondeur, il évoque le service d’un théologien . On assiste ainsi à une diversification des ministères et des responsabilités. Ainsi, dans ce nouveau contexte, la hiérarchie traditionnelle, si caractéristique du passé et si pesante, s’efface. Les fonctions sont désormais articulées « sans ordre de préséance ».

Le changement social et culturel requiert une nouvelle ecclésiologie dans la voie ouverte par le Concile Vatican II. « La paroisse liquide de demain sera la réalisation concrète de nombreuses affirmations du concile Vatican II. Il s’agit de valoriser efficacement les charismes et le vocations, exprimés dans les désirs et discernés en Eglise ».

 

Des pistes ouvrant la réflexion

 

Pour aller de l’avant, encore faut-il se détacher des séquelles du passé. Arnaud Join-Lambert remet en question le modèle traditionnel de la paroisse. « Les paroisses solides » sont de fait réservées à quelques uns, même si cela est contraire à leur raison d’être  (Elles visent en principe le « pour tous »). Le cadre de cet article ne se prêtait pas à une rétrospective historique et sociologique montrant l’ampleur du porte à faux de la « civilisation paroissiale » par rapport à la société actuelle comme ce constat résulte de l’analyse de Danièle HervieuLéger dans son livre fondateur paru en 1999 : « Le pèlerin et le converti » (8). Elle y évoque la figure du « pratiquant régulier » qui fut longtemps un étalon dans la sociologie du catholicisme. Cette figure s’inscrit dans une civilisation paroissiale caractérisée par « l’extrême centralité du pouvoir clérical et par la forte territorialisation des appartenances communautaires ». Aujourd’hui, le changement social et culturel « atteint tout particulièrement le catholicisme et le modèle de la civilisation paroissiale qu’il a élaboré en réponse aux contestations de la Réforme et aux avancées de la modernité. L’Eglise catholique est d’autant plus démunie pour y faire face que cette crise met en question radicalement la structure hiérarchique et centralisée du pouvoir sur laquelle elle repose ». Cette page est en train de se tourner. Arnaud Join-Lambert tire les conséquences du changement accéléré qui s’opère aujourd’hui dans cette « société liquide » où la communication sur le web prend une place majeure. Il met en évidence les formes nouvelles de la vie sociale et économique et les innovations chrétiennes qui s’y inscrivent. Certes, l’auteur reste attaché au terme de « paroisse » puisqu’il le transpose dans un nouveau vocable « paroisse liquide ». C’est parce qu’il voit dans le concept de paroisse la mise en oeuvre  d’un objectif qui est évidemment majeur : « Annoncer une bonne nouvelle pour tous ». Il est difficile pour nous de le suivre dans l’attachement à ce terme parce que l’image à laquelle il a été associé est trop marquée par le passé. C’est un problème mineur de vocabulaire.

 

Cette rétrospective historique nous amène cependant à évoquer une autre dimension du problème : le rapport étroit entre la paroisse « solide » et une conception centralisée et hiérarchique de l’autorité. Cette conception, déjà remise en cause par le processus démocratique à l’œuvre depuis plusieurs siècles, est évidemment encore plus inacceptable dans une société fluide et participative. Comment imaginer de nouveaux modes de leadership et de régulation ? Dans son chapitre sur les figures d’autorité au service de la communion, Arnaud Join-Lambert met en scène une diversification des ministères et des nouveaux modes d’interrelation « sans ordre de préséance ». Et il met en scène une nouvelle ecclésiologie dans la voie ouverte par le concile Vatican II jusqu’à « la mise en œuvre réelle du sacerdoce commun dont on parle tant depuis 50 ans ».

 

Il y a dans cet article à la fois une vision innovante de l’Eglise et une expression de foi alliant conviction et ouverture. Les deux dimensions sont conjointes. C’est un aspect  qui contribue à donner à l’article toute sa valeur. « Le cœur de la mission » des chrétiens (énoncés dans cet article en terme de catholiques), « c’est d’annoncer la bonne nouvelle pour tous, dans toutes les nations ». C’est la motivation de l’auteur telle qu’elle s’exprime tout au long de ce texte. Cette mission ne prend pas la forme qu’on a pu connaître autrefois : faire rentrer les convertis dans une institution. L’auteur évoque en ce sens la pensée de Michel de Certeau : Celui-ci suggère « de faire place à Dieu à l’image de l’étranger sur la route d’Emmaüs ».          L’annonce de la bonne nouvelle se déploie à travers la rencontre, particulièrement avec « l’Autre ». « L’essence de ces initiatives variées est la circulation de la parole, qui, pour le chrétien, n’est jamais très loin de la Parole ». « Le primat de la relation est une vraie chance pour le christianisme, car il appartient à son génie propre (sans monopole) de prendre au sérieux et d’accompagner concrètement l’être humain comme un être en relation ».

 

L’auteur nous appelle à « un élan vers les périphéries existentielles, au cœur de la culture contemporaine ». Ainsi, « l’appartenance des chrétiens à une Eglise liquide ne le situe pas hors de la société liquide, mais les invite à lui donner sens sans limitation ». Pour nous, cette démarche évoque la vision d’une Eglise missionnelle telle que Gabriel Monet la décrit dans son livre sur « L’Eglise émergente. Etre et faire Eglise en postchrétienté » (9) : « En situation de postchrétienté, l’Eglise a perdu son rôle central dans la communauté humaine. C’est une perte et un regret pour certains. Nous voulons croire que c’est aussi et surtout une chance et une occasion pour l’Eglise devenue vulnérable de laisser Dieu reprendre le gouvernail et de le laisser guider la communauté ecclésiale sur des chemins nouveaux afin de découvrir des horizons insoupçonnés. Non seulement, Dieu envoie, mais là où il envoie, il accompagne ceux qu’Il a envoyés. Et même il les précède. Cet envoi, c’est la mission et c’est la raison pour laquelle la véritable Eglise ne peut être que missionnelle ».

 

Dans son contexte, inspiré par l’esprit du Concile Vatican II, Arnaud Join-Lambert récuse les enfermements : « L’enjeu pour l’Eglise est de devenir une minorité qui reste catholique (ouverte à l’universel) et non refermée sur elle-même, une minorité assumée et non subie ». Ainsi la mission pourra-t-elle s’exercer dans une ouverture aux hommes et une ouverture à l’Esprit. Cette contribution d’Arnaud Join-Lambert s’inscrit dans un vaste champ. Dans des contextes différents, une dynamique nouvelle est en marche.

 

Jean Hassenforder

 

(1)            Join-Lambert (Arnaud). Vers une Eglise « liquide ». Etudes, février 2015, p 67-78  Site de la revue : Etudes : http://www.revue-etudes.com/index.php

(2)            Parcours d’Arnaud Join-Lambert : http://fr.wikipedia.org/wiki/Arnaud_Join-Lambert

(3)            Ward (Pete). Liquid church. A flexible, fluid way of being church. Paternoster Press, 2002 Mise en perspective sur ce site : « Faire Eglise » : http://www.temoins.com/faire-eglise

(4)            L’auteur évoque par exemple l’Eglise Notre Dame de la Pentecôte à la Défense. Présentation sur ce site : « Chrétiens en quartier d’affaires. Une Eglise à la Défenses : enjeux pastoraux et théologiques » : http://www.temoins.com/chretiens-en-quartier-daffaires-une-eglise-a-la-defense-enjeux-pastoraux-et-theologiques

(5)            Sur le blog : Vivre et espérer : « DedansDehors… Face à l’exclusion, vivre une commune humanité » : http://www.vivreetesperer.com/?p=439

(6)            Une remarquable analyse des nouvelles formes d’Eglise en réseau : Friesen (Dwight J). Thy Kingdom connected. What the church can learn from facebook, the internet and other network. Baker, 2009. Présentation sur ce site : « Le Royaume de Dieu : un univers connecté » : http://www.temoins.com/le-royaume-de-dieu-un-univers-connectetisser-une-tapisserie-spirituelle

(7)            L’expérience des « Fresh expressions » en Grande-Bretagne a été présentée à de nombreuses reprises sur ce site : « Les « Fresh expressions en Grande-Bretagne : point de vue d’un pionnier » (Voir aussi les articles sur le site auquel cette interview renvoie) : http://www.temoins.com/les-fresh-expressions-en-grande-bretagne-point-de-vue-dun-pionnier-propos-de-michael-moynagh-recueillis-par-pippa-soundy-en-reponse-aux-questions-dalain-gubert-et-de-je/

(8)            Hervieu-Léger (Danièle).  Le pèlerin et le converti Flammarion, 1999 (voir en livre de poche). Sur ce site, interview de Danièle Hervieu-Léger : « L’autonomie croyante. Questions pour les églises » : http://www.temoins.com/jean-hassenforder-lautonomie-croyante-questions-pour-les-eglises

(9)            Monet (Gabriel). L’Eglise émergente. Etre et faire Eglise en postchrétienté. Munster. LIT Verlag, 2014. Sur ce site : interview de Gabriel Monet : « Des outres neuves pour un vin nouveau » : http://www.temoins.com:des-outres-neuves-pour-le-vin-nouveau-interview-de-gabriel-monet-auteur-de-l’eglise-émergente-etre-et-faire-eglise-en-postchrétienté&catid=4&Itemid=63